In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 5 mai 2024

W. Ronis - Belleville, Paris (1947)
La veillée du dimanche. En ce joli mois de mai, deux clichés du photographe français Willy Ronis (1910-2009), déjà présenté en septembre 2009.
Grande figure de la photographie humaniste française, Willy Ronis découvre la photographie dès l’âge de 18 ans, d’abord comme amateur, avant de devenir reporter-photographe indépendant en 1936. C’est cette année-là, le 14 juillet, lors du défilé populaire organisé rue Saint-Antoine, qu’il réalise l’un de ses premiers grands clichés : celui d’une petite fille coiffée du bonnet phrygien, symbole d’une République populaire et fraternelle.

W.R. - Victoire du Front Populaire
(1936)
À partir de ce moment, Willy Ronis ne cessera de documenter les grands mouvements sociaux et les petites luttes du quotidien. Mais son regard dépasse toujours le simple témoignage : il cherche avant tout la présence humaine, la dignité de ses « frères humains », dans des vies parfois difficiles, mais traversées par l’espoir, la force et la ferveur.
Il sera choisi par Edward Steichen (voir mars 2010) pour figurer dans sa grande exposition itinérante The Family of Man, montée en 1955 pour célébrer l'universalité de l'aventure humaine.
FS1

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samedi 4 mai 2024

Zurbarán - Allégorie de la charité (détail)
(c.1655)
Une image et des mots. Un détail du tableau de Francisco de Zurbarán (1598-1664), l'Allégorie de la charité, que l'on peut admirer au Musée du Prado.

L'amour - nous y vivons, nous le respirons, nous le traversons. Sans cesse. Et pourtant nous n'y comprenons rien, ou presque, quand il surgit. Il naît et meurt en nous sans que nous le pressentions : nous ne l'apercevons que bien après son surgissement, et nous l'avons déjà tué depuis longtemps que nous le croyons toujours vivant. Il se déploie à travers nous, plus qu'en nous, comme sans nous. Sans cause, n'a-t-il donc aucune raison ? Nous concluons en effet qu'il n'obéit à aucune logique, pathos sans rigueur, délire sans borne, drogue de drame...
Il reste pourtant une autre voie : l'amour se dispense de toutes les logiques du monde, parce qu'il recèle et déploie de lui-même "... une raison merveilleuse et imprévue ..." (Rimbaud). L'amour suit une raison, mais la sienne, pas celle du monde. La sienne, absolument autre, paradoxale et invisible à ceux qui n'aiment pas. La penser et la dire, cela semble encore impossible. Du moins peut-on déjà en esquisser les prolégomènes : le mal, la liberté, l'éblouissement, la croisée des regards, la crise, l'absence. Et, dès ces préparations, l'amour impose déjà son autre nom - la charité.
Jean-Luc Marion, Prolégomènes à la charité (1986)
PS5

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dimanche 28 avril 2024

R-J - Café des 4 vents (1950)

La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe français René-Jacques (1908-2003), né René Giton à Phnom Penh. Arrivé en France en 1917, il découvre très jeune la photographie, qui devient rapidement une véritable vocation. Après avoir abandonné des études de droit, il adopte le pseudonyme de René-Jacques et se consacre pleinement à cet art qu’il abordera sous toutes ses formes. 
Dans les années 1930, il travaille comme reporter, photographe industriel, illustrateur et photographe de plateau. Mais au-delà de ces activités multiples, c’est un regard singulier qu’il construit : celui d’un homme attiré par les atmosphères, les lieux chargés de mystère et les détails qui échappent au regard pressé. Il illustre notamment Envoûtement de Paris de Francis Carco, photographiant une capitale nocturne et secrète, loin des images convenues. 
René-Jacques
Amoureux sur les quais, Paris (1945)

Son expérience sur le tournage de Remorques en 1941 révèle bien son tempérament. Plutôt que de se limiter aux portraits officiels des vedettes, il préfère photographier les moments hors caméra, les gestes, les silences, les scènes secondaires. Cette liberté de regard agace Jean Gabin et finit par provoquer son départ du film, mais témoigne d’une exigence qui ne le quittera jamais.
Après la guerre, il participe à la reconnaissance de la photographie française en rejoignant le groupe Rectangle groupe d’Emmanuel Sougez, puis en cofondant en 1946 le Groupe des XV avec notamment Robert Doisneau, Willy Ronis et Marcel Bovis.
Soucieux de transmettre son œuvre, il fera en 1991 don de plus de 20 000 tirages à l’État, aujourd’hui conservés à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie.

MG2

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samedi 27 avril 2024

Antonio Ciseri - L'exilé (1870)
Une image et des mots. Ce tableau d'Antonio Ciseri (1821-1891) me fait penser à un poème de Leopardi, "L'infini", que l'on peut entendre ICI, dit par Vittorio Gassman, et dont voici une traduction;

"Toujours elle me fut chère cette colline solitaire,
et cette haie qui dérobe au regard
tant de pans de l'extrême horizon.
Mais demeurant assis et contemplant,
au-delà d'elle, dans ma pensée j'invente
des espaces illimités, des silences surhumains
et une quiétude profonde; où peu s'en faut
que le coeur ne s'épouvante
.
Et comme j'entends le vent
bruire dans ces feuillages, je vais comparant
ce silence infini à cette voix;
en moi reviennent l'éternel,
et les saisons mortes et la présente
qui vit, et sa sonorité.
Ainsi, dans cette immensité se noie ma pensée:
et le naufrage m'est doux dans cette mer
."

A.N. Samokhvalov - Blue twilight (1960) La veillée du dimanche. Deux oeuvres du peintre et illustrateur russe Alexander Nikolaevich Samo...