In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 4 juillet 2021

Claudia Andujar - Yanomami (1974)
La veillée du dimanche. Deux clichés de la photographe brésilienne Claudia Andujar (b.1931), artiste et militante déjà présentée ici en mai 2014. Née en Suisse, élevée entre la Hongrie et la Suisse, elle fuit l'Europe en 1944 avec sa mère.
Sa famille paternelle, d'origine juive, sera presque entièrement assassinée dans les camps d'Auschwitz et de Dachau. Elle s'installe au Brésil en 1955 et commence à y travailler comme photographe.
Elle parcourt le pays et collabore notamment à la revue Realidade, pour laquelle elle réalise des reportages sur des populations et des milieux très différents.
C.A - Yanomami (1974)

C'est avec les Yanomami, qu'elle rencontre en 1971, que son travail va prendre une tout autre dimension. Elle retourne régulièrement en Amazonie, photographie la vie quotidienne, les fêtes, les rituels et les individus, et finit par consacrer une grande partie de sa vie à leur défense. Son engagement aboutira notamment à la création de la Commission Pro-Yanomami et à la longue lutte pour la reconnaissance de leur territoire, finalement homologué en 1992.
« Je suis liée aux Indiens, à la terre, à la lutte première. Tout cela me touche profondément. Tout me semble essentiel. Peut-être ai-je toujours cherché la réponse au sens de la vie dans ce noyau fondamental. J'ai été poussée là-bas, dans la forêt amazonienne, pour cette raison. C'était instinctif. C'est moi que je cherchais. »
Aux côtés du chaman et porte-parole yanomami Davi Kopenawa, Claudia Andujar a contribué à faire entendre une autre manière de penser le rapport entre les humains et le monde vivant. 
« Peuple de la marchandise, les Blancs détruisent l'Amazonie parce qu'ils ne savent pas rêver. »
 © Veilleur de Nuit – 2021
JC3

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samedi 3 juillet 2021

Carl Larsson - Grez-sur-Loing (1883)
Une image et des mots. L'image, c'est cette aquarelle du suédois Carl Larsson ( 1853-1919). Ici, dans ce village aux fenêtres muettes, et qui semble enveloppé dans le silence, bordé d'arbres nus et désertés, nulle autre trace humaine que la lessive étendue et un pot renversé.

"Afin de laisser parler le silence en nous-mêmes, il est nécessaire d’écouter par le cœur. La faculté d’émerveillement transforme l’homme en enfant, en cet être qui est encore ignorant de la parole, vierge face au monde et prêt à l’accueillir dans sa plénitude comme un miracle", écrit Cristina Noacco dans "La force du silence : petites notes sur le bruissement du monde" (2017).
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dimanche 27 juin 2021

J.N. - Rauwhiri Winitana Paki
Taupo Village, New Zealand
(2011)

La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe anglais Jimmy Nelson (b.1967), extraits de son livre Before they pass away, paru en 2013. Depuis plusieurs décennies, Jimmy Nelson parcourt le monde à la rencontre de peuples dont les modes de vie, les traditions et les territoires sont fragilisés par les bouleversements contemporains. Sa démarche est d'abord visuelle : costumes, parures, gestes rituels et paysages composent des images soigneusement construites, presque picturales, qui rendent hommage à la diversité des cultures humaines. La beauté de ces photographies est indéniable. Mais elle a aussi suscité des critiques. Certains lui reprochent un regard trop romantique, qui ferait de ces communautés les derniers vestiges d'un monde ancien, alors qu'elles sont aussi des sociétés vivantes, confrontées au présent et capables d'évoluer. Le titre même de son livre a été contesté par plusieurs représentants autochtones, qui refusent l'idée que leurs peuples seraient voués à disparaître.

J.N.AltansogtsBayab Olgii, Mongolia
(2011)
Cette question n'est pas nouvelle. Déjà, les magnifiques photographies d'Edward S. Curtis sur les peuples amérindiens (voir publications de février 2011, octobre 2015 et décembre 2018) portaient en elles cette ambiguïté : préserver une mémoire menacée tout en risquant de figer ceux que l'on voulait sauver de l'oubli. Avec Before They Pass Away, Jimmy Nelson revendique moins un travail anthropologique qu'un regard porté sur ces cultures, avec l'intention de les célébrer et de susciter l'émerveillement. Ses images nous invitent à regarder autrement ceux que nous connaissons mal, avec cette conviction qu'il résume ainsi :
« If you change the way you look at people, the people you look at change. And if that change is powerful enough, it will gather momentum to affect the whole of humanity. »
Le mois prochain, je reviendrai sur un autre regard porté sur les peuples autochtones : celui de Claudia Andujar, dont le travail auprès des Yanomami montre une approche radicalement différente, fondée non seulement sur la photographie, mais sur une relation étroite avec ceux qu'elle photographie et sur un engagement durable en faveur de leurs droits.
 © Veilleur de Nuit – 2021

IO3

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samedi 26 juin 2021

King George VI, Wembley (1930s)
Une image et des mots. L'image c'est cette photo anonyme, prise dans les années 30, qui nous donne à voir le roi George VI au comble de l'excitation dans un parc d'attractions.
Les mots sont un extrait d'un texte de Nicolas Go, intitulé Le rire philosophique et publié en 2002 dans le n°17 de la revue Le Philosophoire.

Il faut postuler la joie comme on pose un axiome mathématique, par un décret de la raison. Contre le dérisoire des réjouissances passagères, elle se doit d'être une réjouissance inconditionnelle de et à propos de l'existence. C'est ce qu'assure Clément Rosset pour qui "toute joie parfaite consiste en la joie de vivre, et en elle seule". Selon lui, le "vivre" confère à la joie toute sa perfection, sans quoi elle ne serait que virtuelle et en attente de sa propre complétude.
[....] La joie n'est pas fondée mais fondatrice. L'auteur de La force majeure la définit comme un secours qui, à l'instar de la grâce pascalienne, vient sauver du nihilisme, comme grande et unique règle, du "savoir-vivre", celui d'une vie menée en conscience et connaissance de cause. Alors même que tout concourt à nous décourager de la vie, la force paradoxale et impénétrable de la joie vient substituer aux accommodements névrotiques à la réalité - et tout spécialement celui de l'espérance -, le goût de vivre sans condition.

Sur la recherche de l'étourdissement et du vertige chez l'homme et chez l'animal, il faut lire aussi les lignes qu'y consacre Roger Caillois dans son ouvrage passionnant Les jeux et les hommes, publié en 1977 chez Gallimard.

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