In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 5 septembre 2010

L. Swank - Laundry and graffiti (1936)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de Luke Swank (1890-1944), pionnier aujourd'hui un peu oublié de la photographie moderniste américaine.
Après des études dans un lycée agricole de Pennsylvanie, il travaille successivement comme éleveur, quincaillier auprès de son père, puis mécanicien automobile après avoir servi pendant la Première Guerre mondiale. C’est à cette époque qu’il commence à photographier. Ses premiers clichés des aciéries de Bethlehem sont exposés à New York dès 1932.
L.S. - Mill scene (1933)

Nommé en 1935 photographe officiel de l’université de Pittsburgh, Swank documente abondamment la vie urbaine et l’architecture rurale de Pennsylvanie avant de disparaître prématurément en 1944. Ses photographies montrent une Amérique ouvrière et provinciale, faite d’aciéries, de rues modestes, de commerces et de scènes de la vie quotidienne.
En 1934, le rédacteur en chef de Vanity Fair, Frank Crowninshield, écrivait :
Not only is Luke Swank interested in interpreting American life, but in revealing what is particular to American light and air. Therein, we believe, lies his artistry.”
Et le critique Bruce Lockwood ajoutait :
He has exalted the snapshot, which most photographers shun, into an art. Luke Swank is doing for photography what Gustave Flaubert did for the novel.”
BB1

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samedi 4 septembre 2010

Brueghel l'Ancien - Le triomphe de la mort (1562)
Une image et des mots. De Pieter Brueghel l'Ancien, Le Triomphe de la Mort (1562), conservé au Musée du Prado, à Madrid. Dans son ouvrage La peur en Occident (1978), Jean Delumeau écrit ceci :
« Il n’y a pas à chercher bien loin où Brueghel a puisé l’idée de la charrette pleine de squelettes qui figure dans son Triomphe de la mort. Durant une vie d’homme de la ville, il était normal d’avoir vécu au moins une peste et assisté au stupéfiant va-et-vient des tombereaux entre les maisons et les fosses communes.»

Cette charrette, c'est mon lien avec le poème de Wilfred Owen (1893-1918) dont voici les derniers vers... Considéré comme le plus grand poète de guerre de langue anglaise, celui qui dans ces lignes dénonçait l'absurdité de la guerre est mort quelques jours avant l'armistice, à l'âge de vingt-cinq ans.

Dulce et decorum est.

If in some smothering dreams, you too could pace
Behind the wagon that we flung him in,
And watch the white eyes writhing in his face,
His hanging face, like a devil’s sick of sin;
If you could hear, at every jolt, the blood
Come gargling from the froth-corrupted lungs,
Obscene as cancer, bitter as the cud
Of vile, incurable sores on innocent tongues,—
My friend, you would not tell with such high zest
To children ardent for some desperate glory,
The old lie:
Dulce et decorum est pro patria mori.


***
(Traduction de Georges Gernot)

Si dans certains rêves suffocants, vous pouviez vous aussi
Marcher derrière la charrette où nous l'avions jeté,
Et voir les yeux tout blancs rouler dans son visage,
Son visage qui pend, comme celui d'un démon malade du péché ;
Si vous entendiez, à chaque cahot, le sang
Qui gargouille et s'écoule de ces poumons empoisonnés,
Cancer obscène, tel le reflux amer de plaies
Infectes et incurables sur des langues innocentes, —
Mon amie, vous mettriez moins de zèle à répéter
À des enfants en mal de gloire désespérée,
Le vieux mensonge :
Dulce et decorum est pro patria mori.
PF5
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dimanche 29 août 2010

Hannah Starkey - Untitled (1998)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'irlandaise Hannah Starkey (b.1971), photographe de la banalité, et qui revendique dans la pratique de son art l'attitude de la flâneuse.
Elle a étudié la photographie et le cinéma à la Napier University d'Édimbourg avant d’obtenir un Master en photographie au Royal College of Art de Londres en 1997.
H. Starkey - Untitled (1997)


Son histoire - elle a grandi pendant le conflit irlandais - est intéressante. Sa démarche également, qui l'amène à photographier principalement des femmes pour, dit-elle, "faire prendre conscience que l'on doit les représenter différemment." 
Ses images sont soigneusement cadrées et souvent baignées d’une lumière douce, pour saisir des instants de solitude, de contemplation ou d’interactions silencieuses - comme dans le premier de ces deux clichés ; elles nous donnent à voir des moments presque théâtraux du quotidien...
Vous apprendrez à vos frais qu’au cours du long voyage de la vie vous rencontrez beaucoup de masques et peu de visages, nous dit Pirandello.
KA1

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dimanche 22 août 2010

W. L. - La lectrice au perroquet
Le vide-grenier du dimanche. Deux œuvres du peintre allemand Wilhelm Lachnit (1899-1962), lié aux avant-gardes de l’entre-deux-guerres. Issu d’un milieu ouvrier, il étudie à l’École des arts appliqués de Dresde auprès de Richard Guhr, l’un des professeurs d’Otto Dix, dont l’influence marquera durablement son travail.
D’abord proche de l’expressionnisme, Lachnit se tourne ensuite vers la Nouvelle Objectivité (Neue Sachlichkeit), ), ce courant des années 1920 qui délaisse les élans lyriques pour une vision plus dure et plus lucide du monde. 
En 1924, il rejoint le Parti communiste allemand.

W.L. - Le pont (1922)
Lorsque les nazis prennent le pouvoir en 1933, son œuvre est classée parmi les arts 
« dégénérés » ; plusieurs tableaux sont confisqués, et une grande partie de son travail disparaît dans le bombardement de Dresde en 1945.
Après la guerre, il participe avec Hans Grundig à la fondation du Neue Gruppe et reprend son activité dans une Allemagne divisée. Sa peinture devient alors plus intériorisée, sans rien perdre de sa tension ni de sa sobriété.

NS2 ICI