In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 11 juillet 2010

C.D. - Mineur de charbon à Donetsk
(2006)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés de la photographe américaine Carolyn Drake (b.1971).
Formée à l’histoire à la Brown University, elle travaille d’abord dans le multimédia à New York avant de se tourner, à l’âge de trente ans, vers la photographie.
Son travail la conduit notamment en Asie centrale et dans le sud des États-Unis. D’abord remarquée pour ses reportages dans des régions frontalières ou marginalisées – l’Ouzbékistan, le Xinjiang ou le delta du Mississippi –, elle s’éloigne peu à peu du documentaire traditionnel. Ses photographies mêlent désormais images, archives, objets, textes ou dessins réalisés parfois par les personnes photographiées elles-mêmes.

C.D. - Zhetisay Hotel, Kazakhstan
(2009)
Dans Wild Pigeon (2014), par exemple, réalisé au Xinjiang, elle invite des Ouïghours à dessiner, écrire ou peindre directement sur ses photos, faisant ainsi du livre un objet hybride, entre enquête et récit à plusieurs voix.
Son travail, attentif aux lieux comme aux vies qui les traversent, explore la mémoire, l’effacement et la manière dont les histoires personnelles rencontrent la grande Histoire. Installée un temps en Ukraine puis à Istanbul, elle y poursuit notamment son projet Two Rivers, consacré aux anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale. Carolyn Drake est membre de Magnum Photos.
BS1

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dimanche 4 juillet 2010

J.C.L. - Sleeping Uncle Sam (1924)
Le vide-grenier du dimanche. L’illustration occupe une place centrale dans la culture visuelle américaine du XXe siècle, bien au-delà du seul cadre artistique.
Dès les premières décennies du siècle, elle séduit aussi bien les élites urbaines que les lecteurs des kiosques populaires.
Des magazines prestigieux comme The Saturday Evening Post, Collier's ou Life popularisent une illustration narrative et réaliste incarnée par des figures comme Norman Rockwell ou son grand précurseur J. C. Leyendecker, dont les couvertures sont devenues de véritables icônes de l’imaginaire américain.
En parallèle, les pulp magazines, imprimés sur papier bon marché à partir des années 1910, donnent naissance à une imagerie plus populaire, plus excessive aussi : science-fiction, fantastique, horreur, polar… Des illustrateurs comme Earle K. Bergey façonnent alors l’esthétique de genres entiers.
Cette iconographie foisonnante, parfois outrancière mais souvent d’une formidable inventivité, continue aujourd’hui d’influencer la bande dessinée, le cinéma ou le jeu vidéo.
E.K. Bergey - Amourette
(1934)

Dans les années 1940, c’est l’essor des pin-ups : des images qui mêlent glamour, érotisme suggéré et patriotisme bon enfant, popularisées par des artistes comme Gil Elvgren ou Alberto Vargas.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, on les retrouvait partout : sur les murs des baraquements, dans les poches des soldats jusque sous le feu… un idéal de beauté, comme un souffle léger dans une époque marquée par l’angoisse et le chaos.
Beaucoup de ces illustrateurs étaient des artistes techniquement remarquables, souvent formés dans des écoles exigeantes comme la Pennsylvania Academy of the Fine Arts ou l’Art Students League of New York. Pourtant, le monde de l’art officiel les a longtemps regardés avec condescendance, leur reprochant leur proximité avec la presse, la publicité ou la culture populaire. Leur influence sur le cinéma hollywoodien, la bande dessinée ou le design graphique n’en fut pas moins immense.
Ce qui me plaît tant dans cette forme d’art, au-delà de sa dimension esthétique, c’est sa valeur documentaire et sa capacité à raconter une histoire en une seule image : installer une atmosphère, suggérer un contexte, parfois condenser tout un drame dans une scène apparemment simple. Au fil de ce blog, je reviendrai donc sur ces artistes, les illustrateurs, que j’apprécie particulièrement, qu’ils soient célèbres ou injustement oubliés. En attendant, voici pour cette première publication deux images emblématiques : la première, en ce 4 juillet, est signée J.C. Leyendecker, figure tutélaire du Saturday Evening Post, maître du style Art déco et de la composition élégante, dont l’influence sur Rockwell sera décisive ; la seconde est une couverture pulp de Earle K. Bergey, illustrateur iconique des magazines populaires des années 1940.
Deux visions très différentes de l’illustration américaine… mais toutes deux puissantes, marquantes, et profondément ancrées dans notre imaginaire collectif.
FH1

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samedi 3 juillet 2010

Piero della Francesca - L'Annonciation (1471)
Une image et des mots. Voici deux documents qui nous invitent à penser l'idée de l’ordre et de l’harmonie, la mise en conformité du monde ou de sa représentation avec la vision que l’on en a.
… Le premier, l'image, est une leçon de perspective : l' Annonciation de Piero della Francesca (c. 1412-1492), conservée à la Galerie Nationale de Pérouse.

Comme le rappelle Gérard-Julien Salvy ("Cent énigmes de la peinture", ed. Hazan), La question de la perspective – l’élaboration de ses règles et leur application – fut au centre des préoccupations des artistes italiens dès l’aube de la Renaissance.
Pourquoi les peintres de cette époque ont-ils vu dans une affaire de géométrie de l’espace, voire de mathématique, la possibilité d’une réponse à une question d’ordre spirituel et théologique ?

Le second document, un extrait de La trahison des clercs (Julien Benda, 1927), est une réflexion sur cette conception erronée de l’ordre que peuvent invoquer les adversaires de la démocratie.

"L’idée d’ordre est couramment l’objet d’une équivoque dont usent, non pas seulement ceux qui l’exploitent, mais que paraissent admettre d’honnêtes esprits en toute bonne foi.
L’un de ceux-ci
(André Siegfried dans la Revue des Deux Mondes de 1941) nous parle de l’ordre,
idée à nous léguée, dit-il, par les Grecs, et ajoute, non sans quelque justesse, que l’ordre est une règle alors que la justice est une passion.
Rappelons que l’idée d’ordre telle que l’ont conçue les fils d’Homère, est l’idée de l’harmonie de l’univers, surtout de l’univers inanimé, l’idée de cosmos, de monde, ce mot signifiant l’ordonné par rapport à l’immonde.
Le rôle suprême de la divinité et son honneur, chez les philosophes helléniques, était, non pas d’avoir créé l’univers, mais d’y avoir introduit de l’ordre, c’est-à-dire de l’intelligibilité.
Or il n’y a aucun rapport entre cette contemplation sereine et toute intellectuelle, qui, en effet,
s’oppose à la passion, et l’état tout de passion par lequel certaines classes supérieures entendent maintenir, fût-ce par les moyens les moins harmonieux, leur mainmise sur les inférieures : passion qu’elles nomment le sens de l’ordre.
Je crois que l’historien pensera comme nous que l’auteur du Timée eût peu reconnu son idée de l’ordre dans les actes par lesquels certaines castes, au lendemain de revendications populaires qui les ont fait trembler, « rétablissent l’ordre »."
NC1

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dimanche 27 juin 2010

J.S.S. - F.L. Olmsted (1895)
Le vide-grenier du dimanche. Deux œuvres de John Singer Sargent (1856–1925), célèbre pour ses portraits de la haute société à la fin du XIXe siècle. Formé à Paris avant de s’installer à Londres, Sargent réalise une quantité impressionnante de portraits de commande pour les élites politiques, artistiques et financières de son temps. Mais derrière la virtuosité technique et l’éclat social de ces tableaux apparaît souvent un sens aigu du caractère, qui fait de ses portraits bien davantage que de simples représentations sociales.
J.S.S. - The Black brook (1908)

Mon choix s’est porté sur deux œuvres qui se distinguent justement par leur naturel.
La première – que j’ai préférée, d’un cheveu, à un portrait de Robert Louis Stevenson, simplement parce que j’aime Stevenson – représente Frederick Law Olmsted, le « père » de Central Park. Sargent le saisit dans une pose presque familière, adoucie par un buisson de fleurs blanches au premier plan.
Le second, au bord d’un torrent alpin, montre sa nièce Rose-Marie Ormond dans un moment simple et naturel, loin du formalisme des salons. Cette simplicité donne il me semble au tableau une présence rare chez Sargent, d'ordinaire plus brillant qu’intime.

NS2 ICI