In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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samedi 5 avril 2008

Bill Anton - So it begins
Une image et des mots. L'illustration est de Bill Anton (b.1957), un peintre américain spécialisé dans la représentation du mode de vie et des paysages du Far West. Évidemment, il faut aimer la mythologie cowboy, les grands espaces, les chevaux, les feux de camps, le whisky sans glaçons, et les embrouilles dans les saloons... C'est mon cas.

Pour l'accompagner, quelques mots de Nietzsche : "Qui est parvenu ne serait-ce que dans une certaine mesure à la liberté de la raison, ne peut rien se sentir d'autre sur terre que Voyageur. Pour un voyage toutefois qui ne tend pas vers un but dernier car il n'y en a pas. Mais enfin, il regardera les yeux ouverts à tout ce qui se passe en vérité dans le monde. Aussi ne devra-t-il pas attacher trop fortement son coeur à rien de particulier. Il faut qu'il y ait aussi en lui une part vagabonde dont le plaisir soit dans le changement et le passage." (Humain, trop humain, 1878).

EB1
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dimanche 30 mars 2008

Z. S. - Autoportrait au foulard (1911)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'artiste russe Zinaïda Serebriakova (1884-1967), formée à l’école privée Maria Tenicheva à Saint-Pétersbourg, puis à Paris. La Révolution d’Octobre bouleverse sa vie : son mari meurt, elle est séparée de ses enfants, et contrainte à l’exil.
En 1924, elle rejoint Paris, où elle vivra jusqu’à sa mort, peignant souvent de mémoire, parfois au fil de rares voyages.
Serebriakova revient toujours à ce qui lui est proche : sa famille, la vie domestique, les gestes simples, la campagne russe. Il y a chez elle des affinités avec la Renaissance italienne et avec certains impressionnistes français, mais elle reste en marge des écoles, fidèle à un regard tranquille, attentif, tourné vers des figures familières.

Z.S. - Panier avec des sardines (1930)
Comme j’aime beaucoup son travail, le choix des deux tableaux n’a pas été simple. Parmi plusieurs autoportraits – dont celui à la table de toilette, étonnamment moderne – j’ai retenu celui-ci : il pourrait être le portrait d’une jeune femme bohème d’aujourd’hui, tant l’attitude semble proche.
Pour le second, j’ai hésité avec sa Terrasse à Collioure – peut-être aussi un autoportrait, si l’on en croit le carton à dessins posé tout près – mais ce sera finalement ce panier de sardines, que j’aime pour sa simplicité et sa fraîcheur presque domestique.
SU1

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samedi 29 mars 2008

Willem van de Poll - Place Blanche (1936)
Une image et des mots. La Place Blanche et son Moulin Rouge, par le photographe de presse néerlandais Willem van de Poll.
Si l'on regarde attentivement sous l'enseigne allumée au bas de l'affiche Cinzano, on peut lire le nom du bar Cyrano, un des cafés dans lesquels André Breton "faisait la révolution".
Du chef de file du surréalisme et de ses amis, Frida Kahlo dit ce qu'elle pense dans cette lettre - en anglais, ICI - adressée le 16 février 1939, à son amant le photographe Nickolas Muray, alors qu'elle séjourne à Paris pour y exposer ses oeuvres.

Bon, quand tout a été plus ou moins réglé, comme je te l'ai expliqué, Breton m'a dit il y a quelques jours que l'associé de Pierre Colle, un vieux bâtard et fils de pute, avait vu mes tableaux et considéré que deux seulement pouvaient être exposés parce que le reste était trop choquant pour le public !! J'aurais pu tuer ce type et le bouffer ensuite, mais je suis tellement dégoûtée par toute cette affaire que j'ai décidé de tout envoyer au diable et de me tirer de ce foutu Paris avant de devenir dingue. Tu n'as pas idée du genre de salauds que sont ces gens. Ils me donnent envie de vomir. Ils sont si "intellos" et pourris que je ne peux plus les supporter. C'est vraiment trop pour moi. Je préfèrerais m'assoir par terre au marché de Toluca pour vendre des 'tortillas' que d'avoir encore affaire à ces putains d'"artistes" parisiens. Ils passent des heures à se réchauffer leur précieux derrière dans les cafés, à parler sans discontinuer de "culture", d'"art", de "révolution", et ainsi de suite, en se prenant pour les dieux du monde, en délirant sur les choses les plus absurdes et en polluant l'atmosphère avec des théories et des théories qui ne deviennent jamais réalité.
Le lendemain matin, ils n'ont rien à manger chez eux vu qu'aucun ne travaille, et ils vivent aux crochets d'un tas de riches vieilles peaux qui admirent le "génie" de ces "artistes". De la merde et rien que de la merde, voilà ce qu'ils sont. Je ne vous ai jamais vus, ni Diego ni toi, perdre votre temps en stupides commérages et en discussions "intellectuelles"; voilà pourquoi vous êtes de vrais hommes et pas des "artistes" bidon. Bon sang ! Ça valait le coup de venir, rien que pour voir pourquoi l'Europe est en train de pourrir, et pourquoi tous ces gens - des bons à rien - sont la cause de tous les Hitlers et Mussolinis. Je te parie ma vie que je vais haïr cet endroit et ses gens jusqu'à la fin de mes jours. Il y a chez eux quelque chose de tellement faux et irréel que ça me rend dingue.

Je n’ai jamais vraiment accroché à ce qu’elle peint, mais j’aime assez ce qu’elle écrit.
TI1

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dimanche 23 mars 2008

J. Brack - First daughter (1955)

Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre australien John Brack (1920-1999), natif de Melbourne et formé dans les années 1940 à la National Gallery School après avoir servi dans l’armée pendant la Seconde Guerre mondiale. Il s’inscrit très vite dans le courant du réalisme moderniste australien, avec une manière sobre, très urbaine et contemporaine.
Il fait partie, aux côtés de Charles Blackman, des frères Arthur et David Boyd, de Robert Dickerson, de John Perceval et de Clifton Pugh, du groupe des Antipodéens, formé pour affirmer l'importance de l'art figuratif en réaction à l'expressionnisme abstrait américain.

J.B. - North Balwyn tram terminus
(1954)
Brack regarde la ville, ses gestes mécaniques, ses décors neutres ; sa palette est souvent éteinte - bruns, beiges, gris, ocres -, et ses compositions rigoureusement construites. Il peint les bureaux, les cafés, les mariages, les files d’attente, avec une précision presque chirurgicale et un humour discret mais mordant, comme l'illustre par exemple son Collins St., 5 p.m.
What I'm interested in in painting is people, of course, principally, how they live, how they behave, how they get the faces they deserve, how they can bear to put up with a life which seems so curiously tragic.

Peter Turnley - New York (2013) Une image et des mots. Un cliché du photographe américain Peter Turnley, et quelques vers d'Emma Lazaru...