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| Goya Capricho 7, Asi no la distingue (1799) |
J’écrivais alors que je n’étais pas vraiment amateur de son œuvre, qui me laisse le plus souvent assez indifférent.
À une exception près, toutefois : ses Caprichos, dont j’aime beaucoup la fantaisie satirique. C’est la raison pour laquelle je leur consacre cette chronique, même si mon goût pour Goya reste très sélectif. Il y a bien aussi le portrait de la Señora Sabasa Garcia, que je trouve très beau, mais cela ne suffit pas encore à faire de moi un inconditionnel.
Goya reste pourtant l’une des grandes figures de la peinture européenne. Né à Fuendetodos, en Aragon, il se forme à Saragosse puis à Madrid avant de séjourner en Italie, où il découvre l’art classique et la peinture vénitienne.
Devenu peintre officiel de la cour de Charles IV, il dépasse rapidement les conventions du portrait et de la peinture de commande pour porter sur son époque un regard particulièrement lucide. Peintre et graveur, il explore toutes les facettes de la société espagnole de son temps : la fête, les croyances, la misère, le pouvoir et la violence.
Son œuvre passe ainsi des scènes lumineuses et populaires de ses débuts aux visions sombres et presque hallucinées de ses dernières années. Les Caprichos et les Désastres de la guerre témoignent de sa lucidité face aux excès humains, tandis que les Peintures noires révèlent un univers intérieur profondément tourmenté.
Publiés en 1799, les Caprichos sont une série de quatre-vingts gravures dans lesquelles Goya livre une satire féroce de son époque, dénonçant l’ignorance, l’hypocrisie, les abus et les injustices sociales. La plus célèbre est sans doute la n°43, où il avertit que « le sommeil de la raison engendre des monstres ».
Mais j’ai choisi aujourd’hui les n°7 et n°14.
« Ainsi il ne la voit pas », dit la première : un homme lorgne avec son monocle dans le décolleté d’une jeune femme qui minaude. Elle est prostituée ; lui est vêtu « à la française ». C’est un petimetre, un de ces hommes élégants et prétentieux qui affectaient les modes et les manières françaises. Entre eux, on aperçoit un visage.
Le Caprice n°14 dénonce une autre forme de violence sociale.
Goya nous donne à voir un couple de bourgeois qui offre sa fille à un homme beaucoup plus âgé qu'elle, difforme et disgracieux, mais riche. Les parents sont heureux, la jeune fille est malheureuse, la duègne sanglote.
Sous la fantaisie et l’humour, le regard de Goya sur son époque était impitoyable.
© Veilleur de Nuit – 2018

