In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 22 février 2026

R.DC. - Hand and coat (1962)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe américain Roy DeCarava (1919-2009). Né à Harlem, New York, DeCarava grandit au cœur du Harlem Renaissance, période d’effervescence artistique et culturelle afro-américaine. Formé à la Cooper Union, au Harlem Art Center et à la George Washington Carver Art School, il commence par la peinture et le dessin avant de se tourner vers la photographie, d’abord comme outil de référence pour ses peintures, puis comme médium central de son expression artistique.
DeCarava choisit le noir et blanc argentique pour rendre hommage à la vie quotidienne des communautés afro-américaines, en particulier à Harlem. Son approche se distingue du documentaire social : il s’attache moins à documenter des conditions sociales qu’à exprimer une sensibilité créative et personnelle, à capturer l’intériorité, la dignité et la richesse humaine de ses sujets.

R.DC. - Woman and children (1952)
Ses images célèbrent les textures, les ambiances et les gestes de la vie urbaine, dans une esthétique proche de la peinture, où la lumière et l’ombre composent autant que les formes et les corps. Dans les années 1950, il publie The Sweet Flypaper of Life (1955), collaboration avec l’écrivain Langston Hughes, qui combine ses photographies et le texte poétique de Hughes pour dresser un portrait sensible de la vie familiale à Harlem. DeCarava a également photographié des musiciens célèbres de jazz et ses œuvres ont été utilisées sur plusieurs pochettes d’album. Au fil d’une carrière de près de six décennies, il a contribué à faire reconnaître la photographie noir et blanc comme un art à part entière et a formé et soutenu de nombreux photographes au sein du Kamoinge Workshop, collectif de Harlem déjà évoqué ici le 2 décembre 2012.
Son travail, profondément humain et poétique, reste une référence dans l’histoire de la photographie américaine pour sa capacité à marier rigueur esthétique et engagement visuel, célébrant la dignité et la vie intérieure de ses sujets, souvent dans des contextes modestes ou ordinaires.

samedi 21 février 2026

L.D. - Mannequins, Nevada (1955)
Une image et des mots. Le cliché, pris sur le site de tests nucléaires de Yucca, dans le Nevada, est de l'américain Loomis Dean (1917-2005). Les mots pour aller avec sont de la philosophe Laure Devillairs, extraits de "La splendeur du monde" (2024) :

" Faut-il une disposition particulière pour aimer ce monde ? Doit-on être idéaliste pour voir en tout de la beauté ? Si l’on entend par ce mot le courage de croire qu’il demeure quelque chose à vivre de grand et d’inentamé, alors, oui, être capable de voir le beau témoigne d’idéalisme.
Ce n’est toutefois pas être aveugle à la laideur, qu’elle soit morale ou esthétique.
C’est nourrir la certitude que désespérer est trop facile. L’idéalisme n’autorise ni la naïveté ni le cynisme. Cette vie n’est ni l’enfer, où tout serait perdu, ni le paradis, où rien n’aurait besoin d’être défendu. C’est un fragile entre-deux, où il nous revient d’entrevoir parfois la beauté.
Ce n’est pas un luxe réservé à quelques privilégiés, artistes ou explorateurs.
C’est un salut à portée de nos yeux. Car lorsque ce monde nous offre sa beauté, ce n’est pas une simple consolation : c’est une guérison. Nous sommes relevés d’une chute, revenus d’un exil."

dimanche 15 février 2026

Amrita Sher-Gil - Autoportrait
Le vide-grenier du dimanche. Deux œuvres de l’artiste hungaro-indienne Amrita Sher-Gil (1913–1941).
Née à Budapest d’un père sikh aristocrate du Pendjab et d’une mère hongroise, chanteuse d’opéra, Amrita Sher-Gil grandit entre deux mondes. Très tôt, sa passion pour la peinture s’impose : à seize ans, elle est envoyée à Paris pour étudier à l’École des Beaux-Arts, où elle s’imprègne de Cézanne, Modigliani, Gauguin et d’un esprit moderne audacieux. Pourtant, elle se sent irrésistiblement attirée par l’Inde, où elle s’installe à partir de 1934 pour y accomplir ce qu’elle décrira comme sa véritable vocation.
Elle est aujourd’hui reconnue comme l’une des pionnières de l’art moderne indien.

A. S-G. - Hiver (1939)
Dès lors, Sher-Gil fusionne les techniques occidentales et les traditions picturales indiennes - fresques d’Ajanta, miniatures mogholes -, pour peindre une Inde intime, sa ruralité, ses femmes au quotidien, dans une œuvre qui reflète aussi ses propres expériences et son identité de femme métisse. 
« Ma peinture, disait-elle, est un acte de décolonisation. »
Les visages de femmes dans Bride’s Toilet, par exemple, issu de sa « trilogie sud-indienne » (1937), parlent de dignité, de solitude, de rites lourds d’enjeux. On y perçoit la synthèse de ses influences : la rigueur post-impressionniste de Gauguin et Cézanne, l’économie expressive des lignes, et l’architecture narrative des miniatures orientales.
Sa carrière, brève, s’achève tragiquement à l’âge de vingt-huit ans, mais l'influence de cette figure tutélaire de la modernité indienne n’a cessé de croître. Et si je ne peux pas dire que sa peinture me bouleverse, j’aime assez ces deux tableaux - en particulier le paysage ci-dessus -, pour les présenter ici.

dimanche 8 février 2026

Haywood Magee - Edinburgh (1950s)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe britannique Haywood Magee (1900-1981), déjà présenté en décembre 2023. Né à Goole, dans le Yorkshire, d’un père irlandais et d’une mère allemande, Magee apprend très tôt à regarder. Après une jeunesse plutôt solitaire, il entre en 1918 dans le Royal Flying Corps, où il se forme comme photographe de reconnaissance aérienne.
Cette expérience, décisive, lui donne très tôt le sens du récit visuel et de la photographie comme outil de travail, plus que comme terrain d’expression personnelle.

H.M. - Coventry (1942)
Dans les années 1930, il travaille pour la presse illustrée et rejoint bientôt Picture Post, où il devient l’un des piliers de la rédaction pendant la guerre. Magee photographie alors les bombardements, les marins, les soldats, mais aussi l’arrière – toujours du point de vue des individus ordinaires pris dans les événements.
Il ne cherche ni l’héroïsme ni l’image spectaculaire ; ses reportages avancent par séquences, par petites scènes, avec une attention constante aux visages et aux gestes.
Magee se définissait comme un simple « working photographer ». Il ne signait pas son œuvre d’un style reconnaissable ni d’un discours, ce qui explique sans doute sa relative confidentialité aujourd’hui. Pourtant, vu dans son ensemble, son travail raconte avec justesse la Grande-Bretagne de l’après-guerre : une photographie narrative, faite pour être lue autant que regardée.

samedi 7 février 2026

P. Brueghel l'Ancien
Les chasseurs dans la neige (détail)
Une image et des mots. L'image est un détail du célébrissime tableau de Brueghel l'Ancien, "Les chasseurs dans la neige" (1565). Les mots pour aller avec sont un poème de Georges-Emmanuel Clancier, dédié à son ami Guillevic et extrait de "Le paysan céleste" (1943).

Alors vieux camarade
Le vent du nord rigolait dur à la forêt.
Les saisons somnolaient dans la grange
Où parfois le chien hiver aboyait.
Nous respirions sans toi le passé qui mijote
Autour des lits campagnards et de la table.
L'air, le pain de l'amitié on croirait les partager
Avec ce soupir du noroît et le quignon mâchonné devant le poêle.

C'est comme si le vif de nos jours
Bien calés au creux, au chaud du temps,
Demeurait là, plus fort que toi,
Vieux camarade, plus fort que nous.
LD1

ICI

samedi 31 janvier 2026

Peter Turnley - New York (2013)
Une image et des mots. Un cliché du photographe américain Peter Turnley, et quelques vers d'Emma Lazarus, extraits de son poème The New Colossus (1883).

"Give me your tired, your poor,
Your huddled masses yearning to breathe free,
The wretched refuse of your teeming shore.
Send these, the homeless, the tempest-tossed to me,
I lift my lamp beside the golden door!"