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| Édouard Manet - L'asperge (1880) |
Une image et des mots. Des premières natures mortes de l'Antiquité aux oeuvres contemporaines de
Daniel Spoerri ou de
Carl Warner, la nourriture – et plus largement le fait alimentaire – est abondamment représentée par les artistes.
Le richissime collectionneur Charles Ephrussi avait commandé à Manet une nature morte représentant une botte d’asperges. Manet s'en acquitta si bien qu’Ephrussi lui versa 1000 francs au lieu des 800 demandés. Manet décida alors de peindre un second tableau, plus petit, qu’il lui offrit avec ces quelques mots : « Il en manquait une à votre botte. »
Il est aujourd’hui conservé au musée d’Orsay.
Pour accompagner cette petite histoire, voici quelques lignes de Michel Jeanneret, professeur de littérature française à l’université de Genève et spécialiste de la Renaissance. Elles sont extraites de La gourmandise, ouvrage collectif publié aux éditions Autrement sous la direction de la philosophe Catherine N’Diaye.
" La réprobation de la gourmandise – l’un des sept péchés capitaux – traverse les siècles de ses litanies édifiantes. […..] Dans sa campagne contre les impostures, Montaigne dénonce le terrorisme des bien-pensants. La prohibition des voluptés corporelles, dit-il, n’est pas moins suspecte que l’abus des plaisirs.
L’abstinence que prêchent les moralistes, les théologiens et leurs complices brime la nature. […..] Dans le mot « gastronomie » voisinent le nom de l’estomac et l’idée de coutume et de règle (nomos), suggérant que le plaisir du ventre ne perd rien à être maîtrisé, relayé et reconnu par la raison. Le bon mangeur se met à table sans perdre la tête. Tel est le moyen de sauvegarder la gourmandise et de célébrer en elle l’une des rares activités qui réconcilie l’homme avec lui-même. On conçoit, dans cette perspective, l’intérêt que lui témoignent les humanistes, eux qui cherchent justement à actualiser, sans restriction, toutes les puissances de l’humain. ˮ
Et Michel Jeanneret de rappeler, un peu plus loin, que Platon, dans Le Banquet, nous enseigne que la sagesse n’est pas de se dérober devant les réjouissances…