In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 7 décembre 2025

M.P - The Perry family; London (2012)
La veillée du dimanche. Deux oeuvres du photographe anglais Martin Parr (1952-2025), déjà présenté en mai 2020. Il nous a quittés hier, en laissant derrière lui une œuvre qui a profondément marqué la photographie documentaire anglaise et renouvelé notre manière de regarder.
Parr a su imposer la couleur dans un univers encore largement dominé par le noir et blanc, mais ce n’est pas seulement la couleur elle-même qui frappe dans ses photographies ; c’est la façon dont elle révèle le quotidien, les petites contradictions, les gestes triviaux.

M.P. - Liverpool, England (1984)
Vacances populaires, fêtes locales ou scènes de consommation banales, ses sujets peuvent paraître anecdotiques, mais ils deviennent sous son regard des révélateurs de nos habitudes et de nos comportements. Ses images nous donnent à voir de petits fragments de vie où l’on devine des histoires, des habitudes, des comportements parfois amusants, parfois incongrus... C’est ce que j’apprécie beaucoup chez lui, cet équilibre subtil entre l’ironie et la curiosité bienveillante, comme avec ce portrait « so British » des artistes contemporains Philippa et Grayson Perry avec leur fille Florence.
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samedi 6 décembre 2025

Phil Greenwood - Leaf fall (1979)

Une image et des mots. Une oeuvre du graveur et aquafortiste gallois Philip Greenwood (b.1943).
Et un poème de Nâzim Hikmet (1901-1963).

J'ai lu cinquante mille poèmes et romans
qui parlaient de la chute des feuilles en automne
j'ai vu cinquante mille films
sur la chute des feuilles en automne

j'ai vu cinquante mille fois tomber
les feuilles en automne
les feuilles qui tombent, qui traînent, qui
pourrissent sur le sol

cinquante mille fois j'ai entendu leur crissement sans vie
sous les semelles de mes souliers
entre mes paumes et au bout de mes doigts
et pourtant la chute des feuilles me serre toujours le cœur

surtout les feuilles qui tombent sur les boulevards
surtout s'il s'agit de feuilles de marronniers
surtout si des enfants passent par là
surtout s'il fait soleil

surtout si j'ai reçu ce jour-là une bonne nouvelle
me parlant d'amitié
surtout si mon cœur ne me fait pas trop mal
surtout si je crois que m'aime ma bien-aimée

surtout si ce jour-là je suis d'accord
avec les autres et avec moi-même
rencontrer la chute des feuilles en automne me serre le cœur
surtout celles qui tombent sur les boulevards
surtout s'il s'agit de feuilles de marronniers.

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dimanche 30 novembre 2025

L.M. - Navajo woman (1948)
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe américain d’origine manxo-britannique Leonard McCombe (1923-2015). Né sur l’île de Man, il commence à photographier dès l’âge de 16 ans. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il accompagne l’avance alliée en Europe pour le magazine Picture Post, avant de s’installer aux États-Unis en 1945, où il rejoint Life Magazine à l'âge de 22 ans.
Photographe de reportage, McCombe s’intéresse moins aux événements spectaculaires qu’aux moments ordinaires : la vie quotidienne, le travail, les visages, les gestes. Parmi ses travaux les plus connus figure Career Girl: Her Life and Problems (1948), consacré au quotidien d’une jeune diplômée new-yorkaise. Cette série me plaît beaucoup et j’y reviendrai sans doute, parce qu’elle me donne à voir, à travers le parcours d’une jeune femme, tout un visage de l’Amérique urbaine de l’après-guerre.

L.M. - Texas cowboy (1949)
Les deux clichés que j'ai choisis aujourd'hui montrent deux autres aspects de son travail. Le premier appartient à son reportage consacré à la Nation navajo, réalisé en 1948 dans l'Arizona.
Au sein d’une communauté confrontée à de profondes difficultés économiques et sociales, McCombe suit la vie quotidienne d’une famille.
Le second portrait montre Clarence Hailey Long, cow‑boy texan photographié peu après dans son ranch. Cette image inspirera plus tard à l'agence Leo Burnett le célèbre « Marlboro Man ». Mais avant de devenir une icône publicitaire, elle est d'abord le portrait d'un homme, photographié dans son quotidien, avec cette présence particulière que McCombe savait donner à ses sujets. C’est peut-être ce qui caractérise le mieux le travail de Leonard McCombe : photographier des individus et laisser apparaître, derrière chacun d’eux, une époque et une société.
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dimanche 23 novembre 2025

David Park - The bus (1954)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre américain David Park (1911-1960), figure fondatrice de l’École de San Francisco, mouvement qui marque le renouveau de la figuration dans l’Amérique des années 1950.
Né à Boston, Park s’installe très jeune en Californie, où il enseigne à la California School of Fine Arts. Avec Richard Diebenkorn et Elmer Bischoff, il s’éloigne peu à peu de l’abstraction dominante pour revenir à la figure humaine, à une époque où triomphait l’expressionnisme abstrait.
« Je voulais peindre des images que je connais et qui me tiennent à cœur. »
D.P. - Boston street scene (1954)

Ses tableaux, souvent peints de mémoire, montrent des scènes simples : des enfants qui jouent, des musiciens, des amis réunis, des baigneuses.
Les formes sont larges, les couleurs épaisses et chaudes : le rapport au monde semble direct, sans distance ni recherche d’effet. On y sent la présence du peintre – son attention à la lumière, à la matière, à la vie ordinaire.
C'est ce que j’aime dans ces œuvres – et que je retrouve aussi dans les tableaux de Dylan : cette tension entre la simplicité du sujet et la densité du geste.
Tout est proche et familier, mais la peinture dégage un grand sentiment de liberté. Dix ans plus tard, un autre vent de liberté soufflera sur la Californie ; mais chez Park, cette liberté est déjà là, inscrite dans la peinture même. « Toutes les formes d'art sont au service du plus grand de tous les arts : l'art de vivre », disait Brecht.

C.C. - All on a summer's day (1888) La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre anglais Charles Conder (1868-1909), qui fut, avec To...