In girum imus nocte et consumimur igni

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samedi 23 août 2025

Tamas Andok - Untitled (2016)
Une image et des mots. « On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait. », écrit Nicolas Bouvier dans L'usage du monde (1963).
Pour accompagner ce cliché à l'iPhone du hongrois Tamas Andok (b.1988), quelques lignes de Joseph Conrad, extraites de Au coeur des ténèbres (1899).

« Je me trouvais au cœur de cette prodigieuse obscurité. J’avais pénétré jusque-là pour découvrir le secret du voyage, le sens de cette aventure qui m’avait appelé. Et ce que j’avais vu n’était point une énigme de la nature, ni un mystère de la terre, mais quelque chose d’enfoui dans les âmes humaines.
J’avais vu le masque de la civilisation tomber, et derrière lui, la folie nue, la vérité d’un cœur sans retenue, livré à lui-même. Le voyage ne m’avait pas mené au bout du monde : il m’avait ramené au centre des ténèbres — là où elles commençaient, en nous
. »
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dimanche 17 août 2025

K. P-Vodkine - Nature morte (1928)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre russe Kouzma Petrov-Vodkine (1878–1939), figure singulière de l’art du début du XXᵉ siècle, à la croisée du symbolisme, du réalisme et des avant-gardes.
Formé à Saint-Pétersbourg puis à Paris, il développe très tôt un style immédiatement reconnaissable : compositions d’une grande clarté, couleurs franches, et cette fameuse perspective sphérique qui donne parfois à ses espaces une profondeur inhabituelle.

K.P. - La Vierge de compassion
Ses sujets restent souvent modestes : scènes domestiques, maternités, portraits, chevaux ou natures mortes. Mais tout y est traversé par une lumière calme, presque méditative. On y sent à la fois l’influence des icônes et celle d’une modernité naissante.
Petrov-Vodkine, qui avait aussi étudié la théologie et la philosophie, cherchait à dépasser la simple représentation du visible. Ce qui me touche particulièrement dans sa peinture, et plus encore dans ses natures mortes, c’est cette alliance rare entre une grande simplicité et une profondeur presque spirituelle : il peint le quotidien comme si chaque chose contenait davantage qu’elle-même.
SR5

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dimanche 10 août 2025

R. Maltête - Au Pêcheur acharné
La veillée du dimanche. Deux nouveaux clichés du photographe français René Maltête (1930–2000), déjà présenté ici en novembre 2021. Deux images irrévérencieuses qui illustrent encore ce que j'aime dans son travail et montrent à quel point Maltête savait capter l’incongru dans le quotidien.
R.M. - Les 7 péchés capitaux

« Rien n’est plus nécessaire que l’humour, car il nous évite de souffrir des choses, face à notre impuissance individuelle à les modifier. »
Ces mots résument bien le regard de Maltête.
Son humour n’est pas une simple plaisanterie : c’est une manière de prendre de la distance avec le monde, de ne pas accepter passivement ce qui nous entoure. Ses images, légères et souvent drôles, nous font d’abord sourire, mais elles nous invitent aussi à regarder autrement le quotidien, à y découvrir l’inattendu, l’absurde et parfois une forme de poésie.
SL1

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dimanche 3 août 2025

L.K. - Life in the suburbs (2019)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre américain Leonard Kocianski (b.1952). Né à Cleveland, dans l’Ohio, il étudie au Cleveland Institute of Art puis à l’Université de Californie à Davis, où il est notamment marqué par l’enseignement de Wayne Thiebaud et par la pensée de R. Buckminster Fuller.
Ses peintures montrent souvent des lieux familiers : maisons de banlieue, intérieurs, scènes nocturnes, personnages dans des espaces ordinaires. Pourtant, quelque chose résiste immédiatement à une lecture tranquille. Une impression de malaise discret s’installe, sans qu’on sache toujours précisément d’où elle vient.
L.K. - Night lights

Ce qui me frappe, c’est cette tension que l'on ressent, qui transforme le familier en un espace de réflexion et d’étrangeté ; comme une dissonance qui s’installe sans qu’on sache vraiment à quoi l’attribuer. Elle tient sans doute aux oppositions lumineuses – ces intérieurs trop éclairés face aux zones d'ombre – mais pas seulement. Il y a aussi la manière dont les personnages semblent séparés, même lorsqu’ils partagent le même espace. Chacun paraît absorbé dans son propre silence, comme si la proximité rendait plus visible encore la distance qui les sépare.
Chez Kocianski, la banalité du quotidien devient ainsi le théâtre d’un trouble discret : la lumière ne rassure pas, elle révèle ce qui demeure invisible dans les relations humaines.

C.C. - All on a summer's day (1888) La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre anglais Charles Conder (1868-1909), qui fut, avec To...