In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
eiπ + 1 = 0

samedi 7 juin 2025

F. Bacon - Study of a figure in a landscape (1952)

Une image et des mots. L'image, c'est une étude de Francis Bacon, déjà présenté en décembre 2012, et les mots quelques vers d'un poème extrait de Tristia, d'Ossip Mandelstam.

L'air grisâtre est bruissant et moite ;
on se sent bien et à l'abri dans la forêt.
Docile je vais porter une fois encore
la croix légère des promenades solitaires.

Et de nouveau, vers l'indifférente patrie,
le reproche, comme l'oiseau, monte en spirale.
Je participe à la vie ténébreuse, je suis innocent de ma solitude.

dimanche 1 juin 2025

Sebastião Salgado - Amazonas

Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés de Sebastião Salgado (1944–2025), qui vient de nous quitter.
Trois publications lui avaient déjà été consacrées sur ce blog (en juin 2009, août 2013 et juillet 2016), mais je ne pouvais pas ne pas lui en consacrer une nouvelle ; d’autant que les deux premières étaient des IM, et que la dernière ne le présentait pas vraiment.

S.S. - Amazonas, palo de agua




Salgado, qui aimait à dire que « chaque image est le fruit d’une rencontre, d’un respect », est un photographe important pour moi. Pour la beauté de ses images, bien sûr. Pour ses qualités humaines, aussi. Mais surtout parce qu’il a consacré une part essentielle de son travail à une région qui m’est chère : celle que je montre ici.
D’abord formé à l’économie, à l’université de São Paulo puis à la Sorbonne, il se tourne vers la photographie au début des années 1970. Il commence comme photojournaliste chez Sygma, Gamma, puis Magnum, avant de développer de grands projets documentaires qui imposent une écriture immédiatement identifiable : noir et blanc profond, composition rigoureuse, lumière sculpturale ; au point que certains ont pu lui reprocher une esthétique trop « belle » pour les réalités qu’elle montre. Lui revendiquait une photographie engagée, tournée vers la dignité. Workers (1993), Exodes (2000), puis Genesis (2013) sont devenus des repères majeurs du documentaire contemporain. C’est par ce dernier que je me suis, tardivement, vraiment intéressé à son travail, à travers le magnifique ouvrage qui m’a été offert lors de sa publication.

dimanche 25 mai 2025

Shellie Garber - Still waters (2025)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'artiste américaine Shellie Garber (b.1962). Artiste autodidacte, elle vit et travaille à Portland, Oregon.
Elle n’a commencé à peindre qu’en 2015, découvrant alors une passion pour l’abstraction qui allait rapidement devenir son principal mode d’expression.
Shellie Garber travaille surtout à l’acrylique – souvent avec des peintures domestiques – et mêle volontiers dessin, grattage, ponçage ou collage. Ses tableaux se construisent par couches successives : certaines lignes ou couleurs apparaissent, disparaissent, puis réapparaissent au fil du travail, comme dans un jeu de cache-cache qui laisse subsister des traces et des repentirs.
S.G. - Dream house

Dans la vie, Shellie Garber est également infirmière diplômée, une expérience qui nourrit sans doute l’attention portée dans ses œuvres aux états d’âme et aux émotions. Ses abstractions, faites de lignes souples, de formes simples et de couleurs légères, cherchent moins l’effet spectaculaire qu’un certain équilibre visuel – une impression de calme, parfois légèrement mélancolique, que j'aime beaucoup.

NU1

ICI

samedi 24 mai 2025

Joel Meyerowitz - Lane's truck stop
St. Louis, Missouri
(1978)
Une image et des mots. "La raison est nécessaire parce que les bonnes intentions de la pensée ne sont pas suffisantes. Le désir de la vérité ne débouche pas sur l’établissement d’une vérité ; il faut le contrôle permanent de l’esprit critique", nous dit le philosophe Michel Adam dans son Essai sur la bêtise (1975).

Pour accompagner cette photographie de Joel Meyerowitz,, voici quelques lignes de Bernanos, extraites de Les grands cimetières sous la lune (1938).
"C’est vrai que la colère des imbéciles remplit le monde. Vous pouvez rire si vous voulez, elle n’épargnera rien, ni personne, elle est incapable de pardon. Évidemment les doctrinaires de droite ou de gauche, dont c’est le métier, continueront de classer les imbéciles, en dénombreront les espèces et les genres, définiront chaque groupe selon les passions, les intérêts des individus qui le composent, leur idéologie particulière.
Pour de tels gens cela n’est qu’un jeu. Mais ces classifications répondent si peu à la réalité que l’usage en réduit impitoyablement le nombre. Il est clair que la multiplication des partis flatte d’abord la vanité des imbéciles."

dimanche 18 mai 2025

Percy Shakespeare - A mulatto (1933)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre anglais Percy Shakespeare (1906-1943).
Né dans le quartier populaire de Kates Hill, quatrième d’une fratrie de huit enfants, il entre en 1920 à la Dudley Art School, où le directeur lui accorde une bourse couvrant l’intégralité des frais. 
Il y révèle très tôt un talent pour le dessin de figure et le portrait. Il poursuit sa formation à la Birmingham School of Art, où il étudie le dessin anatomique de 1923 à 1927, obtient un Art Masters Certificate et se qualifie comme enseignant.

P.S. - December on the Downs, Wartime
(1939)
En 1933, il expose à la Royal Academy avec A Mulatto, portrait acquis par la Dudley Art Gallery. Durant les années 1930, il soumet régulièrement des peintures à la Royal Academy, souvent acceptées, tout en exposant au Salon de Paris et à la Royal Birmingham Society of Artists, dont il devient membre associé en 1936. Au cours de cette décennie, Shakespeare réalise une série de peintures à l’huile représentant des groupes de personnes au loisir, capturant des moments de détente ou d’occupation quotidienne. Son travail montre des affinités avec le néo-romantisme et certaines élégances de l’Art déco, notamment dans le traitement des silhouettes et des poses. Ces œuvres sont le fruit d’un travail intense, avec de nombreux dessins préparatoires pour chaque personnage, qui ont eux-mêmes une valeur artistique considérable. Shakespeare réalisait une ou deux de ces peintures par an, souvent acceptées à la Royal Academy. Ces compositions se distinguent par la richesse de la couleur et l’organisation des figures, restituant l’esprit des années 1930.
Mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale, il est tué en mai 1943 lors d’un bombardement aérien, alors qu’il est stationné à Roedean School, près de Brighton. Il laisse derrière lui un ensemble important de peintures et de dessins consacrés à la vie quotidienne des années 1930, aujourd’hui majoritairement conservés au Dudley Museum and Art Gallery.

GI7 ICI