In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 19 août 2012

J.F. - Three wine glasses (1977)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'américaine Janet Fish (b.1938), née à Boston dans une famille largement composée d'artistes - elle est notamment la petite fille de l'impressionniste Clark Voorhess. Pionnière du renouveau de la nature morte contemporaine, elle a étudié au Smith College puis à Yale, où elle a eu pour professeur Alex Katz, qui fera lui aussi l'objet d'une publication.

J.F. - Yellow glass bowl (2007)
Dès la fin des années 1960, elle choisit de s’éloigner de l’expressionnisme abstrait dominant à Yale pour se tourner vers des sujets concrets : bouteilles en verre, fruits emballés, textiles colorés... ; elle étudie avec minutie l’interaction de la lumière sur les surfaces transparentes ou réfléchissantes de ces objets ordinaires. Ces natures mortes, auxquelles elle confère une sensation d'énergie et de mouvement - grâce peut-être à l'emploi d'acrylique qui lui permet de superposer les couleurs vives - vont faire sa renommée.
I'm interested in the relationship between color and light. Color is the language of painting. I love to paint the beauty and the sensuousness of things. Painting is a way of celebrating life.

TD2
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dimanche 12 août 2012

H. K. - Spring snow at Kiyomizu
(1929)
Le vide-grenier du dimanche.
Deux estampes du japonais Hasui Kawase (1883-1957), maître de l'ukiyo-e honoré du titre de Trésor National vivant en 1953, et célèbre pour ses paysages nocturnes, sous la pluie ou la neige, souvent sans présence humaine. Il appartient au mouvement Shin-hanga qui reprend les standards de l'ukiyo-e (que l'on peut traduire par "images du monde flottant") et que j'ai déjà eu l'occasion d'évoquer dans ce blog.

Hasui Kawase - Dogashima Island (1937)

"Vivre uniquement le moment présent, se livrer tout entier à la contemplation de la lune, de la neige, de la fleur de cerisier et de la feuille d'érable...[.....], c'est ce qui s'appelle ukiyo", nous dit, dans les Contes du monde flottant (1665), l'écrivain et prêtre bouddhiste Asai Ryoi.
Pourtant ce n'est pas le zazen qui a éveillé mon goût pour l'estampe, ce sont les Aventures de Tintin et Milou. Peut-être Hergé avait-il hérité sa "ligne claire" des maîtres de cet art au nom si poétique.

HY1
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dimanche 5 août 2012

Vladimir Lagrange - Demain matin (1969)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du russe Vladimir Lagrange (b.1939), témoin du dégel soviétique des années 60 aux années 90, et l'un des visages les plus marquants de la photographie soviétique de cette époque. Les figures de travailleurs héroïques sont remplacées par les visages de gens ordinaires qui jouent, qui travaillent, qui s'aiment...  

V.L. - série So we lived (1960)
Vladimir Lagrange a livré une oeuvre sincère libre des clichés de propagande, et nourrie par une sensibilité subtile qui s'attache à l’atmosphère du quotidien plutôt qu'aux grands symboles officiels.
"L'esprit d'une époque s'incarne bien plus dans les gens que dans les images stéréotypées d'événements politiques", disait-il.
NC2
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samedi 4 août 2012

James Guthrie - Schoolmates (1884)
Une image et des mots. Ce tableau, intitulé "Schoolmates" (1884) est de James Guthrie, membre des Glasgow Boys, un groupe plutôt informel de peintres écossais de la fin du 19e. Comme chez George Clausen, déjà publié ici, on retrouve dans sa manière de peindre le quotidien des paysans parmi lesquels il vivait l'influence de Jules Bastien-Lepage. La représentation de ces écoliers - nous dit le commentaire du Musée de Gent où il est conservé - "dégage une simplicité naturelle et reflète le fier orgueil avec lequel les enfants assument leur pauvreté."
Quel regard ces écoliers avaient-ils sur le savoir et sur le monde ? Et quel monde sépare ce regard de celui que lui portent les enfants d'aujourd'hui ?
À la question rebattue du philosophe Hans Jonas : "Quelle planète allons-nous laisser à nos enfants ?", on pourrait répondre par celle de Jaime Semprun :
"À quels enfants allons-nous laisser le monde ?".
On apprend aujourd'hui qu'Internet, avec Google et Wikipedia, est devenu pour la plupart d'entre nous une source majeure d'enseignement, et les réseaux sociaux la première source d'information. Inquiétant...
Les mots qui suivent sont d'Edgar Morin, extraits de son manifeste Enseigner à vivre, publié chez Actes Sud en 2014.

"[.....] De plus l'enseignement public dans son ensemble se trouve pris à contre-pied par les médias et il ne sait souvent comment réagir [.....] à la culture de masse qui imprègne non seulement enfants et adolescents, mais la société dans son ensemble. De plus et surtout, Internet vient désormais apporter un gigantesque pêle-mêle culturel de savoirs, rumeurs, croyances en tous genres, sorte d'école sauvage contournant l'école officielle, où viennent s'informer et se former les nouvelles générations. [.....] Tout ce qu'a d'humaniste notre enseignement subit deux formidables pressions, l'une qui veut le coloniser à l'intérieur, celle de l'économie dite libérale et du technocratisme dominant, l'autre qui le corrode et l'amoindrit de l'extérieur, celle des médias et d'Internet."

Car au contraire du monde de James Guthrie, dans le monde connecté d’aujourd’hui - ce « village global » évoqué par McLuhan -, il devient facile pour chacun de s’exprimer largement, quelles que soient ses convictions ou son niveau d’information. Cette ouverture, qui pourrait être un progrès, permet aussi la diffusion rapide des théories du complot les plus folles, portées parfois par la sincérité, mais souvent détournées par l’ignorance ou la malveillance.
« Tout croire et ne rien croire, disait Poincaré, sont deux attitudes également commodes, qui dispensent de penser. » Kant, avant lui, formulait l’exigence centrale des Lumières : le Sapere aude emprunté à Horace – « ose penser par toi-même ». À l’heure où désinformation, falsification et confusion prospèrent et brouillent les repères, c’est sans doute à ce précepte qu’il faudrait rattacher en priorité tout projet d’éducation et d’enseignement.

Shellie Garber - Still waters (2025) Une image et des mots. Un tableau de l'artiste américaine Shellie Garber.