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| C.Sheeler - Ford, River Rouge (1927) |
La veillée du dimanche. Deux œuvres de l’Américain Charles Sheeler (1883–1965), peintre et photographe majeur du mouvement moderniste, figure centrale du réalisme industriel et du précisionnisme.
Formé à l’Art Students League de New York, il s’illustre d’abord par la photographie avant de se tourner vers la peinture, où il développe un style très épuré, géométrique, presque architectural, marqué par l’essor des usines et des machines dans l’Amérique industrielle du début du XXe siècle.
La photographie ci-contre appartient à une série réalisée à la demande du constructeur automobile Ford sur son immense complexe industriel de River Rouge, près de Detroit. Elle donne à voir la puissance du progrès au début de l’ère industrielle.
Trois ans plus tard, Sheeler reprend certaines de ces photographies pour peindre American Landscape. Mais le paysage américain qu’il nous montre n’est ni une campagne ni un paysage naturel, c'est l’usine Ford.
Dans la plupart des œuvres de Sheeler, la présence humaine est absente ou comme effacée, absorbée par la rigueur des formes et des structures.
Ici on peut voir une silhouette minuscule, presque perdue dans l’espace monumental de l’usine. Elle introduit une échelle, mais aussi une forme d’interrogation : que devient l’homme face au progrès ? Quelle est sa place face à la puissance industrielle qu’il a lui-même créée, qui centuple ses forces, repousse les limites de son corps et lui permet de produire comme jamais auparavant, mais qui peut aussi le réduire à n’être qu’un rouage d’un système qui le dépasse ? Évidemment, je ne veux pas préjuger des intentions de Sheeler : cette silhouette presque invisible peut donner lieu à de nombreuses interprétations. Mais cette représentation du progrès est bien éloignée de celle que donnent, à la même époque, les images du réalisme socialiste soviétique : des ouvriers triomphants et glorieux, brandissant des clés à molette devant des machines qu’ils dominent.

