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In girum imus nocte et consumimur igni
eiπ + 1 = 0
dimanche 29 mars 2026
samedi 28 mars 2026
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| Rembrandt - Ronde de nuit (1642) |
Ce tableau, oeuvre majeure de l'art baroque hollandais, est une commande du Kloveniersdoelen, siège des compagnies militaires formées par les citoyens d'Amsterdam. Elle est célèbre pour sa composition dynamique et complexe, ainsi que pour son utilisation magistrale de l'ombre et de la lumière ; Rembrandt crée ainsi un effet de profondeur et de clair-obscur qui attire l'oeil sur les personnages centraux.
J'associerai cette image avec un extrait d'un ouvrage d'un autre philosophe, Nietzsche, qui dans Naissance de la tragédie explore l'opposition entre les forces apolliniennes, qui représentent la clarté, la raison et la mesure, et les forces dionysiaques, qui sont celles de l'ombre, de la déraison et du chaos. Il y affirme que la tragédie grecque, née de l'interaction entre ces deux forces, est un reflet de la vie humaine elle-même, marquée par la confrontation de l'ombre et de la lumière.
"La tragédie grecque ne représente pas une lutte entre les vices et les vertus, mais entre les forces divines qui habitent la nature humaine elle-même. Elle révèle la vérité cachée de notre existence, qui est marquée par la dualité entre l'ordre et le chaos, la raison et l'instinct, l'ombre et la lumière. Cette vérité est insupportable pour l'esprit humain, qui cherche à tout prix à éviter le chaos et à maintenir l'ordre, mais elle est révélée de manière éclatante par la tragédie, qui montre que la vie ne peut être comprise qu'à travers la confrontation entre ces forces contradictoires."
dimanche 22 mars 2026
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| G.S. - South Shields, Tyneside (1976) |
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés de Graham Smith (b.1947), figure importante mais longtemps restée discrète de la photographie documentaire anglaise. Né à Middlesbrough, il a consacré l’essentiel de son travail au nord-est industriel de l’Angleterre, qu’il photographie dans les années 1970 et 1980, au moment où un monde bascule.
Son nom est souvent associé à celui de Chris Killip (voir août 2010 et décembre 2014), avec qui il collabore au sein du collectif Amber Collective à Newcastle. Tous deux documentent les communautés ouvrières dont l’existence dépendait des industries lourdes – juste avant leur effondrement brutal.
Là où Killip construit des images très composées, Smith se tient plus près encore des gens : ses photographies, souvent prises dans les pubs de Middlesbrough, montrent des visages familiers, des moments de relâchement, des instants à la fois ordinaires et fragiles.
Moins connu que Killip, Smith est aussi une figure plus insaisissable.
En 1991, à la suite de violentes attaques de la presse populaire – qui accusait son travail de voyeurisme – et de réactions hostiles dans son propre environnement, il se retire presque entièrement de la scène photographique et refuse longtemps d’exposer ou de publier.
Ce retrait a contribué à entretenir autour de lui une forme de légende.
Ses images n’en restent pas moins parmi les plus justes de cette période. Elles montrent, sans effet, des vies ordinaires prises dans des bouleversements qui les dépassent. Rien n’est appuyé – mais tout est là.
dimanche 15 mars 2026
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| Daniel Garber - Summer silence (1929) |
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'américain Daniel Garber (1880-1958). Formé à la Pennsylvania Academy of the Fine Arts, où il étudie auprès de Thomas Anshutz et de William Merritt Chase, Garber est souvent associé à l’Impressionnisme américain et au cercle de New Hope, en Pennsylvanie, où il s’installe durablement au début du XXᵉ siècle. Cette petite ville devient alors un lieu important pour plusieurs peintres américains, attirés par sa proximité avec New York et Philadelphie, et par la possibilité d’y travailler à distance de l'agitation urbaine.
Garber revient inlassablement aux mêmes paysages : le fleuve Delaware, ses rives, les villages alentour. Cette répétition n’est pas un manque d’inspiration, mais le cœur même de sa pratique : un travail patient mené au même endroit, jour après jour et avec la même constance, jusqu’à en tirer toutes les nuances possibles.
dimanche 8 mars 2026
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| Ebrahim Noroozi - Kaboul (2022) |
Le vide-grenier du dimanche. En cette Journée internationale des droits des femmes, deux clichés du photographe et photojournaliste iranien Ebrahim Noroozi (b.1980). Né à Téhéran, il s’est imposé ces dernières années par ses reportages consacrés aux zones de crise – en particulier au Moyen-Orient et en Afghanistan – où il documente les conséquences concrètes des conflits et des bouleversements politiques. Son travail se distingue par une grande attention aux vies ordinaires prises dans des situations extrêmes : réfugiés, civils déplacés, familles confrontées à la guerre ou à la précarité.
Noroozi appartient à cette génération de photojournalistes pour qui témoigner ne consiste pas seulement à montrer, mais à rendre visible ce qui, sans eux, resterait hors champ.
Ainsi ses images, souvent dépouillées, ne recherchent pas le spectaculaire ; elles n'expliquent pas mais donnent simplement à voir, avec une sobriété qui en renforce la portée. Ces deux clichés font partie de sa série "Afghanistan's girl athletes".
Depuis leur retour au pouvoir en août 2021, les talibans ont progressivement restreint presque tous les aspects de la vie des femmes et des jeunes filles. L’interdiction du sport n’en est qu’un exemple. Elles ont été exclues de l’enseignement secondaire, puis des universités, fortement limitées dans leur accès au travail hors du foyer, et, en novembre 2022, le ministère de la Vertu leur a également interdit l’accès aux parcs et aux salles de sport.
samedi 7 mars 2026
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| Frances Featherstone - Far far away |
Une image et des mots. Le paradis, disait Bachelard, est une immense bibliothèque.
Pour aller avec cette toile de l'artiste britannique Frances Featherstone, un extrait du pamphlet de Voltaire De l'horrible danger de la lecture (1765).
Par la voix feinte d’un décret ottoman, Voltaire tourne en dérision la phobie de l’imprimerie et de la diffusion des idées : il montre comment le pouvoir sacralise l’ignorance pour préserver ses privilèges.
L’extrait suivant (points 1–4) illustre parfaitement sa satire : arguments absurdes et pseudo‑juridiques dénoncent la peur des progrès que le livre peut susciter.
1. Cette facilité de communiquer ses pensées tend évidemment à dissiper l’ignorance, qui est la
gardienne et la sauvegarde des États bien policés.
2. Il est à craindre que, parmi les livres apportés d'Occident, il ne s'en trouve quelques-uns sur
l’agriculture et sur les moyens de perfectionner les arts mécaniques, lesquels ouvrages pourraient à
la longue, ce qu'à Dieu ne plaise, réveiller le génie de nos cultivateurs et de nos manufacturiers,
exciter leur industrie, augmenter leurs richesses, et leur inspirer un jour quelque élévation d'âme,
quelque amour du bien public, sentiments absolument opposés à la saine doctrine.
3. Il arriverait à la fin que nous aurions des livres d'histoire dégagés du merveilleux qui entretient
la nation dans une heureuse stupidité. On aurait dans ces livres l’imprudence de rendre justice aux
bonnes et aux mauvaises actions, et de recommander l’équité et l’amour de la patrie, ce qui est
visiblement contraire aux droits de notre place.
4. Il se pourrait, dans la suite des temps, que les misérables philosophes, sous le prétexte spécieux,
mais punissable, d'éclairer les hommes et de les rendre meilleurs, viendraient nous enseigner des
vertus dangereuses dont le peuple ne doit jamais avoir de connaissance.
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