In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 29 mars 2026

Y. Karsh - Winston Churchill (1941)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe portraitiste canadien Yousuf Karsh (1908-2002), né en Arménie ottomane et réfugié au Canada à l’adolescence, où il deviendra l’un des portraitistes les plus célèbres du XXᵉ siècle.
Installé à Ottawa, il ouvre très tôt son studio et se forge une réputation qui va rapidement dépasser les frontières.
Y.K. - Martin Luther King
(1962)

Un héros est celui qui fait ce qu'il peut, écrit Romain Rolland dans Jean-Christophe (1905) ; les autres ne le font pas.
Deux portraits, donc. D'abord celui de Winston Churchill, non seulement parce que c'est celui qui en 1941 a fait sa renommée, mais aussi parce que dans les plus de dix mille portraits qu'a réalisés Karsh, autant privilégier ceux de personnalités que j'admire. Martin Luther King en fait lui aussi évidemment partie.
Comment peut-on admirer à la fois un guerrier et un pacifiste ? The answer, my friend, is blowing in the wind....
PG19
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samedi 28 mars 2026

Rembrandt - Ronde de nuit (1642)
Une image et des mots. Jankélévitch, dans sa Philosophie morale, parle de cette oeuvre de Rembrandt, dont le nom exact est La Compagnie de Frans Banning Cocq et Willem van Ruytenburch.
Ce tableau, oeuvre majeure de l'art baroque hollandais, est une commande du Kloveniersdoelen, siège des compagnies militaires formées par les citoyens d'Amsterdam. Elle est célèbre pour sa composition dynamique et complexe, ainsi que pour son utilisation magistrale de l'ombre et de la lumière ; Rembrandt crée ainsi un effet de profondeur et de clair-obscur qui attire l'oeil sur les personnages centraux.
J'associerai cette image avec un extrait d'un ouvrage d'un autre philosophe, Nietzsche, qui dans Naissance de la tragédie explore l'opposition entre les forces apolliniennes, qui représentent la clarté, la raison et la mesure, et les forces dionysiaques, qui sont celles de l'ombre, de la déraison et du chaos. Il y affirme que la tragédie grecque, née de l'interaction entre ces deux forces, est un reflet de la vie humaine elle-même, marquée par la confrontation de l'ombre et de la lumière.

"La tragédie grecque ne représente pas une lutte entre les vices et les vertus, mais entre les forces divines qui habitent la nature humaine elle-même. Elle révèle la vérité cachée de notre existence, qui est marquée par la dualité entre l'ordre et le chaos, la raison et l'instinct, l'ombre et la lumière. Cette vérité est insupportable pour l'esprit humain, qui cherche à tout prix à éviter le chaos et à maintenir l'ordre, mais elle est révélée de manière éclatante par la tragédie, qui montre que la vie ne peut être comprise qu'à travers la confrontation entre ces forces contradictoires."
GH4

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dimanche 22 mars 2026

E.C. - Riding the subway (1967)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe sud-africain Ernest Cole (1940-1990).
Né dans un township près de Pretoria, Cole découvre très tôt la photographie et s’y consacre rapidement, en grande partie en autodidacte. Il travaille d’abord pour la presse noire sud-africaine, notamment Drum, dans un contexte où les images sont encore peu perçues comme une menace par le pouvoir. Au début des années 1960, il commence à documenter de manière systématique les effets de l’Apartheid sur la vie quotidienne.
Pour pouvoir circuler et photographier plus librement, il parvient à se faire reclasser comme « coloured », ce qui lui donne accès à des lieux interdits à la plupart des Noirs.
Il travaille souvent discrètement, sans flash, parfois à la volée. Les images qui en résultent sont directes, sans mise en scène apparente, prises au plus près des situations.
E.C. - The time is now

Son livre House of Bondage, publié en 1967 après son départ clandestin d’Afrique du Sud, rassemble ces photographies. L’ouvrage est immédiatement interdit dans son pays, mais largement diffusé à l’étranger.
Ce n’est pas un événement isolé qui compte, mais une succession de scènes ordinaires : transports, files d’attente, logements, contrôles. C’est leur accumulation qui donne du sens à l’ensemble. Et ce qui frappe, c’est moins la violence – pourtant évidente – que la précision avec laquelle elle s’inscrit dans des gestes quotidiens. Rien n’est appuyé, mais rien n’est atténué non plus.
Contraint à l’exil, Cole poursuit son travail aux États-Unis, où il découvre une autre réalité, qui ne correspond pas à ce qu’il avait pu espérer. Son parcours s’en trouve fragilisé, et son œuvre reste longtemps dispersée, avant qu’un ensemble important de négatifs ne soit retrouvé en Suède en 2017.

PG15

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dimanche 15 mars 2026

Daniel Garber - Summer silence (1929)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'américain Daniel Garber (1880-1958). Formé à la Pennsylvania Academy of the Fine Arts, où il étudie auprès de Thomas Anshutz et de William Merritt Chase, Garber est souvent associé à l’Impressionnisme américain et au cercle de New Hope, en Pennsylvanie, où il s’installe durablement au début du XXᵉ siècle. Cette petite ville devient alors un lieu important pour plusieurs peintres américains, attirés par sa proximité avec New York et Philadelphie, et par la possibilité d’y travailler à distance de l'agitation urbaine.

D.G. - The blue house (1938)
Garber revient inlassablement aux mêmes paysages : le fleuve Delaware, ses rives, les villages alentour. Cette répétition n’est pas un manque d’inspiration, mais le cœur même de sa pratique : un travail patient mené au même endroit, jour après jour et avec la même constance, jusqu’à en tirer toutes les nuances possibles.

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