In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 5 avril 2026

Ph.J.G. - Pant-y-Wean, South Wales
(1961)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe gallois Philip Jones Griffiths (1936-2008), ), l’un des grands noms du photojournalisme du XXe siècle. Né à Rhuddlan dans une famille modeste – mère infirmière, père employé des chemins de fer – il étudie d’abord la pharmacie à Liverpool avant de travailler à Londres, tout en faisant ses débuts comme photographe pour le Manchester Guardian. Pacifiste et objecteur de conscience, il se tourne très tôt vers un photojournalisme engagé.
Photographe indépendant dès 1961 pour The Observer, il couvre l’Algérie puis part en Asie. En 1966, il rejoint l’agence Magnum Photos et s’installe au Vietnam, où il restera plusieurs années. De ce travail naît Vietnam Inc. (1971), ouvrage majeur qui contribue à faire basculer l’opinion occidentale en montrant la guerre du point de vue des civils vietnamiens.
Ph.J.G. - Wales

Griffiths ne cherche ni l’effet ni le spectaculaire : il montre les conséquences – les corps blessés, les villages détruits, mais aussi une société entière prise dans un conflit qui la dépasse. Ses images, difficiles à vendre à l’époque parce que trop critiques, s’imposent pourtant par leur justesse.
Il poursuivra ensuite ce travail au long cours – au Cambodge, au Moyen-Orient, dans plus de cent pays – tout en revenant régulièrement au Vietnam pour en documenter les séquelles, notamment dans son livre Agent Orange.
Président de Magnum dans les années 1980, il défend une conception exigeante du photojournalisme, indissociable d’un engagement moral.
« Je ne cherche pas à choquer », disait-il, « mais à faire en sorte qu’on ne puisse pas détourner le regard ».

samedi 4 avril 2026

E.de Morgan - Ange de la joie (1897)
Une image et des mots. L'image est un détail d'une oeuvre de la préraphaélite Evelyn de Morgan, L'aveuglement et la cupidité chassant la joie hors de la ville.
Pour aller avec, quelques lignes extraites de La Joie (1929), de Georges Bernanos.

Tu ne sais rien du monde, tu n’en veux rien savoir, c’est tellement plus simple ! Ta mère prétendait déjà marcher à travers les chemins boueux avec la petite pantoufle de Cendrillon. Oui, il fallait que tu l’apprisses un jour ou l’autre, le monde n’est pas fait pour les anges. Je suis un catholique irréprochable, j’ai consacré une partie de ma vie à l’histoire de l’Eglise et je dis : le monde n’est pas fait pour les anges. J’ajoute même : tant pis pour les anges qui s’y hasardent sans précaution !

samedi 28 mars 2026

Rembrandt - Ronde de nuit (1642)
Une image et des mots. Jankélévitch, dans sa Philosophie morale, parle de cette oeuvre de Rembrandt, dont le nom exact est La Compagnie de Frans Banning Cocq et Willem van Ruytenburch.
Ce tableau, oeuvre majeure de l'art baroque hollandais, est une commande du Kloveniersdoelen, siège des compagnies militaires formées par les citoyens d'Amsterdam. Elle est célèbre pour sa composition dynamique et complexe, ainsi que pour son utilisation magistrale de l'ombre et de la lumière ; Rembrandt crée ainsi un effet de profondeur et de clair-obscur qui attire l'oeil sur les personnages centraux.
J'associerai cette image avec un extrait d'un ouvrage d'un autre philosophe, Nietzsche, qui dans Naissance de la tragédie explore l'opposition entre les forces apolliniennes, qui représentent la clarté, la raison et la mesure, et les forces dionysiaques, qui sont celles de l'ombre, de la déraison et du chaos. Il y affirme que la tragédie grecque, née de l'interaction entre ces deux forces, est un reflet de la vie humaine elle-même, marquée par la confrontation de l'ombre et de la lumière.

"La tragédie grecque ne représente pas une lutte entre les vices et les vertus, mais entre les forces divines qui habitent la nature humaine elle-même. Elle révèle la vérité cachée de notre existence, qui est marquée par la dualité entre l'ordre et le chaos, la raison et l'instinct, l'ombre et la lumière. Cette vérité est insupportable pour l'esprit humain, qui cherche à tout prix à éviter le chaos et à maintenir l'ordre, mais elle est révélée de manière éclatante par la tragédie, qui montre que la vie ne peut être comprise qu'à travers la confrontation entre ces forces contradictoires."

dimanche 22 mars 2026

G.S. - South Shields, Tyneside (1976)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés de Graham Smith (b.1947), figure importante mais longtemps restée discrète de la photographie documentaire anglaise. Né à Middlesbrough, il a consacré l’essentiel de son travail au nord-est industriel de l’Angleterre, qu’il photographie dans les années 1970 et 1980, au moment où un monde bascule.
Son nom est souvent associé à celui de Chris Killip (voir août 2010 et décembre 2014), avec qui il collabore au sein du collectif Amber Collective à Newcastle. Tous deux documentent les communautés ouvrières dont l’existence dépendait des industries lourdes – juste avant leur effondrement brutal.

G.S. - Black Path, Middlesborough
(1982)
Là où Killip construit des images très composées, Smith se tient plus près encore des gens : ses photographies, souvent prises dans les pubs de Middlesbrough, montrent des visages familiers, des moments de relâchement, des instants à la fois ordinaires et fragiles.
Moins connu que Killip, Smith est aussi une figure plus insaisissable.
En 1991, à la suite de violentes attaques de la presse populaire – qui accusait son travail de voyeurisme – et de réactions hostiles dans son propre environnement, il se retire presque entièrement de la scène photographique et refuse longtemps d’exposer ou de publier.
Ce retrait a contribué à entretenir autour de lui une forme de légende.
Ses images n’en restent pas moins parmi les plus justes de cette période. Elles montrent, sans effet, des vies ordinaires prises dans des bouleversements qui les dépassent. Rien n’est appuyé – mais tout est là.

dimanche 15 mars 2026

Daniel Garber - Summer silence (1929)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'américain Daniel Garber (1880-1958). Formé à la Pennsylvania Academy of the Fine Arts, où il étudie auprès de Thomas Anshutz et de William Merritt Chase, Garber est souvent associé à l’Impressionnisme américain et au cercle de New Hope, en Pennsylvanie, où il s’installe durablement au début du XXᵉ siècle. Cette petite ville devient alors un lieu important pour plusieurs peintres américains, attirés par sa proximité avec New York et Philadelphie, et par la possibilité d’y travailler à distance de l'agitation urbaine.

D.G. - The blue house (1938)
Garber revient inlassablement aux mêmes paysages : le fleuve Delaware, ses rives, les villages alentour. Cette répétition n’est pas un manque d’inspiration, mais le cœur même de sa pratique : un travail patient mené au même endroit, jour après jour et avec la même constance, jusqu’à en tirer toutes les nuances possibles.

dimanche 8 mars 2026

Ebrahim Noroozi - Kaboul (2022)
Le vide-grenier du dimanche. En cette Journée internationale des droits des femmes, deux clichés du photographe et photojournaliste iranien Ebrahim Noroozi (b.1980). Né à Téhéran, il s’est imposé ces dernières années par ses reportages consacrés aux zones de crise – en particulier au Moyen-Orient et en Afghanistan – où il documente les conséquences concrètes des conflits et des bouleversements politiques. Son travail se distingue par une grande attention aux vies ordinaires prises dans des situations extrêmes : réfugiés, civils déplacés, familles confrontées à la guerre ou à la précarité.

E.N. - Kaboul (2022)
Noroozi appartient à cette génération de photojournalistes pour qui témoigner ne consiste pas seulement à montrer, mais à rendre visible ce qui, sans eux, resterait hors champ.
Ainsi ses images, souvent dépouillées, ne recherchent pas le spectaculaire ; elles n'expliquent pas mais donnent simplement à voir, avec une sobriété qui en renforce la portée. Ces deux clichés font partie de sa série "Afghanistan's girl athletes".
Depuis leur retour au pouvoir en août 2021, les talibans ont progressivement restreint presque tous les aspects de la vie des femmes et des jeunes filles. L’interdiction du sport n’en est qu’un exemple. Elles ont été exclues de l’enseignement secondaire, puis des universités, fortement limitées dans leur accès au travail hors du foyer, et, en novembre 2022, le ministère de la Vertu leur a également interdit l’accès aux parcs et aux salles de sport.

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