In girum imus nocte et consumimur igni

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samedi 2 septembre 2023

Anonyme - Soldats allemands, WWI

Une image et des mots. Et c'est n'estimer rien qu'estimer tout le monde... Cette phrase du Misanthrope, placée par Molière dans la bouche d'Alceste, il me semble l'avoir trouvée en d'autres termes chez Sartre, qui dit quelque part - en substance -, qu'aimer tout le monde c'est n'aimer personne... Rousseau lui aussi disait à peu près la même chose, en affirmant dans l' Émile qu'on aime les Tartares pour se dispenser d'aimer notre voisin.

J'aurais pu, pour illustrer cette photographie de sentinelles allemandes pendant la Grande Guerre, choisir un extrait du très intéressant La société des voisins, paru en 2005 sous la direction de l'ethnologue Alain Morel et du sociologue Bernard Haumont... 
Mais de voisins, il en est aussi question dans le roman d'Ondjaki, Les Transparents, publié en 2015 :

Qu'est-ce que, après tout, un endroit rempli d'êtres humains si peu concernés les uns par les autres ? Qu'est-ce qu'un endroit plein de voitures conduites par des gens seuls cherchant à bousculer le temps et à maltraiter les autres pour arriver plus vite chez eux et n'y retrouver que leur propre solitude ? Qu'est-ce qu'un endroit plein d'effervescence et de festivités et d'enterrements regorgeant de nourriture, si on ne peut plus frapper à la porte de quelqu'un pour demander un verre d'eau ou la permission de se reposer un instant sous l'ombre fraîche d'un figuier ? Cette ville est un désert, pensa-t-il.

GI8

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dimanche 27 août 2023

Ph.J.G. - Pant-y-Wean, South Wales
(1961)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe gallois Philip Jones Griffiths (1936–2008), l’un des grands noms du photojournalisme du XXe siècle. Né à Rhuddlan dans une famille modeste – mère infirmière, père employé des chemins de fer – il étudie d’abord la pharmacie à Liverpool avant de travailler à Londres, tout en faisant ses débuts comme photographe pour le Manchester Guardian. Pacifiste et objecteur de conscience, il se tourne très tôt vers un photojournalisme engagé.
Photographe indépendant dès 1961 pour The Observer, il couvre l’Algérie puis part en Asie. En 1966, il rejoint l’agence Magnum Photos et s’installe au Vietnam, où il restera plusieurs années. De ce travail naît Vietnam Inc. (1971), ouvrage majeur qui contribue à faire basculer l’opinion occidentale en montrant la guerre du point de vue des civils vietnamiens.
Ph.J.G. - Wales

Henri Cartier-Bresson, qu’il admirait depuis l’adolescence, dira de lui :
« Personne, depuis Goya, n’a peint la guerre comme Philip Jones Griffiths. »
Mais ce n’est pas cet aspect de son œuvre que j’ai choisi de mettre en avant ici. Les deux images présentées nous ramènent au pays de Galles, dans ces paysages sociaux qu’il connaissait de l’intérieur – quartiers pauvres, vies modestes, enfance parmi les décombres. Qu’il photographie la guerre ou ces scènes plus proches, son regard reste le même : attentif aux existences ordinaires, à ce qu’elles ont de fragile et de digne.
Président de Magnum dans les années 1980, il défend une conception exigeante du photojournalisme, indissociable d’un engagement moral.
« Je ne cherche pas à émouvoir avec des images “gore”, disait-il, mais à faire en sorte qu’on ne puisse pas détourner le regard. »
IW4

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samedi 26 août 2023

A.M. - Nature morte

Une image et des mots. L'image est une oeuvre du peintre espagnol Antonio Morano (b.1943), et les mots sont de Gilles Deleuze, extraits de Le pli (1988).

L'événement est une vibration, avec une infinité d'harmoniques ou de sous-multiples, telle une onde sonore, une onde lumineuse, ou même une partie d'espace de plus en plus petite pensant une durée de plus en plus petite.
Car l'espace et le temps sont, non pas des limites, mais les coordonnées abstraites de toutes les séries, elles-mêmes en extension : la minute, la seconde, le dixième de seconde...
[....]
Aussi le labyrinthe du continu n'est pas une ligne qui se dissoudrait en points indépendants, comme le sable fluide en grains, mais comme une étoffe ou une feuille de papier qui se divise en plis à l'infini ou se décompose en mouvements courbes, chacun déterminé par l'entourage consistant ou conspirant.

KD2

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dimanche 20 août 2023

Rudolf Koppitz - Carinthiac (1930)

Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe autrichien Rudolf Koppitz (1884-1936). Il se forme à la photographie à partir de 1897 en travaillant comme retoucheur dans différents studios et ateliers jusqu'à son installation à Vienne en 1911. Il suit alors les cours de l'Académie des Beaux-Arts, et va également être influencé par la Sécession viennoise, un mouvement artistique qui mêlait esthétisme et modernité. Mêlant ainsi la rigueur technique à une recherche esthétique proche de la peinture, ses sujets de prédilection sont typiquement pictorialistes : portraits, scènes paysannes romantiques, paysages enneigés et vedute.
R. Koppitz - Les yeux (1928)

Koppitz doit surtout sa renommée à ses études du corps en mouvement, souvent inspirées par la danse, qu’il compose avec une précision formelle et une lumière d’un grand raffinement.
Sa photographie la plus célèbre, Bewegungstudie (Étude de mouvement, 1925), montre une danseuse nue entourée de figures drapées de noir : une mise en scène à la fois sculpturale et mystique, emblématique de son art du clair-obscur et de l’influence du Jugendstil (Art nouveau) sur son travail. Si les opinions politiques de Koppitz, mort deux ans avant l'Anschluss, sont restées ambigües, et même si son esthétique en profonde résonnance avec l'esprit de la Heimat a été récupérée par le national-socialisme, il a joué un rôle important dans le développement de la photographie artistique en Autriche et reste l'une des figures marquantes de la photographie du début du XXe siècle.

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