In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
eiπ + 1 = 0

samedi 1 avril 2017

Sappho (fresque de Pompéi)
Une image et des mots. Aujourd'hui, quand seuls quelques fragments de son oeuvre nous sont parvenus, il peut nous être difficile de mesurer à quel point la renommée de la poétesse Sappho (c.630-580 av. J.-C.), était à son époque immense ; comparable alors - dit-on -, à celle d'Homère. Cette fresque qui la représente un stylet à la main, réalisée au 1e s. après J.-C. a été découverte dans une villa de Pompéi.

Vase de Vari








Le vase, lui, date de 440-430 av. J.-C. et a été découvert à Vari, près d'Athènes où il est conservé.
On y voit Sappho, assise et qui déclame ses poèmes à un groupe de jeunes filles; elle tient à la main un rouleau sur lequel on peut lire :"J'écris mes vers avec de l'air..."
Sur ce mystère qu’est la naissance du poème, voici ce que dit, dans La trace du papillon (Actes Sud), le poète palestinien Mahmoud Darwich (1942-2008) :

Le deuxième vers.

Le premier vers est le don de l’invisible au talent. Quant au deuxième, il peut être poésie ou déception.
Le deuxième vers est le combat de l’inconnu et du connu. L’absence de signaux sur les routes,
un lieu rempli d’oppositions car tout possible est possible et il est la perplexité de la créature imitant le créateur.
Qui du mot ou de celui qui le dit mène l’autre ?
Le deuxième vers n’est pas donné.
Il se fabrique avec le savoir-faire de qui sait apprivoiser l’invisible.
Car tu vois et ne vois pas tant est forte l’ambiguïté entre lumière et obscurité.. […..]
Le possible est une forêt. Au tronc de quel arbre adosseras-tu ton imagination, à quelle bête échapperas-tu ?
DI1

ICI

dimanche 26 mars 2017

Peter Gerdehag - The horseman (2014)

La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe et cinéaste documentariste suédois Peter Gerdehag (b.1953), qui consacre depuis plus de quarante ans son travail au monde rural suédois et à des modes de vie aujourd’hui menacés de disparition.
P.G. - Britt Georgsson (2011)

Ces deux images sont issues de deux de ses réalisations les plus connues : The Horseman (2006), consacré à un fermier solitaire vivant avec ses trois chevaux ardennais dans les montagnes du sud de la Suède, et Women with Cows (2011), portrait de deux sœurs âgées qui perpétuent une petite exploitation laitière traditionnelle. Immense succès en Suède, ce dernier documentaire suit Britt, qui continue de traire quotidiennement ses douze vaches malgré son âge, et sa sœur Inge, installée dans le village voisin.
Chacune s'accroche à ce qu'elle chérit le plus au monde : Britt à ses vaches, Inge à sa sœur.
Et Gerdehag les filme avec une retenue qui laisse toute leur place aux êtres. Et à ce qui les unit.
 © Veilleur de Nuit – 2017

JL1

ICI

dimanche 19 mars 2017

M.B. - La chambre blanche (1924)
La veillée du dimanche. Deux toiles de Marius Borgeaud (1861-1924), peintre postimpressionniste suisse originaire de Lausanne, dont la carrière, commencée tardivement, se partage entre Paris et la Bretagne. Ce n'est qu'à quarante ans, après avoir dilapidé pendant une décennie dans la vie parisienne la fortune léguée par son père – une période qui s'achève par une cure de désintoxication au bord du lac de Constance – que Borgeaud décide de se consacrer entièrement à la peinture.

M.B. - Les amis
Élève de l’Académie Humbert, il se tourne bientôt vers les intérieurs modestes et les scènes de la vie quotidienne, loin de tout pittoresque. À son propos, Georges Peillex écrivait :
« Il a cherché auprès d'une humanité populaire, humble et rustique [...] les milieux et les êtres les plus étrangers à ce qu'il était lui-même... [...] Que l'on ait pu confondre l'homme et son œuvre dit mieux que tous les éloges à quelle exactitude d'expression l'artiste était parvenu. Il était difficile de faire plus vrai. »
 © Veilleur de Nuit – 2017
LM2

ICI

samedi 18 mars 2017

Joey Skaggs - Le Portofess (1992)
Une image et des mots. L'image, c'est ce cliché du prankster américain Joey Skaggs (b.1945) se rendant en 1992 à la convention nationale démocrate.
Il s'y rend avec son confessionnal mobile, le Portofess, pour recueillir les confessions des politiciens.
Les mots sont d'Arrabal, extraits de sa pièce Le cimetière des voitures.

Dila. - Mais à quoi ça va-t-il nous servir d'être bons ?
Emanou. - Eh bien quand on est bon (il récite comme s'il avait appris une leçon par coeur), on ressent une grande joie intérieure, née de la paix de l'esprit dont on jouit lorsqu'on se voit semblable à l'image idéale de l'homme.
Dila, enthousiaste. - Tu le dis de mieux en mieux.
Emanou, fier. - Oui, je n'ai pas à me plaindre. je l'ai appris par coeur.
Dila. - Tu es rudement intelligent, toi : tu sais tout.
Emanou. - Pas tout, mais presque tout. Du moins les choses importantes, et toujours par coeur.
Dila. - Moi je crois que tu as en toi quelque chose de pas ordinaire... (Un temps.) Dis-moi un peu pour voir, tout ce que tu sais.
Emanou. - Eh bien je sais... à quoi ça sert d'être bon... Je sais jouer de la trompette... Je sais les mois de l'année sans en oublier un...
Dila. - Non ?
Emanou. - Si... je sais encore combien vaut chaque billet de banque... je sais les jours de la semaine par coeur aussi...
Dila. - Tu es merveilleux ! Et tu sais aussi penser et tout démontrer comme les gens importants ?
Emanou. - Oui, pour ça j'ai une méthode spéciale. Dis-moi de te démontrer ce qu'il y a de plus difficile.
Dila. - Démontre-moi que les girafes montent en ascenseur.
Emanou. - Les girafes montent en ascenseur parce qu'elles montent en ascenseur.
Dila, enthousiaste. - Comme c'est clair !
Emanou. - Je démontre tout aussi aisément.
Dila. - Tu es vraiment fort. (Un temps.) Et si je te demande de démontrer le contraire : que les girafes ne montent pas en ascenseur.
Emanou. - Ça serait encore plus facile : je n'aurais qu'à faire la même démonstration, mais à l'envers.
Dila. - Oh ! très bien ! Tu sais tout. Je te le dis : tu dois avoir quelque chose en toi, ou bien tu dois être le fils... (elle montre le ciel et dit gauchement)... de quelqu'un... de quelqu'un, disons, de très haut placé.

FM1 ICI