In girum imus nocte et consumimur igni

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samedi 6 février 2016

Ménologe de Basile II
Une image et des mots. On connaît la formule de Simonide : « La peinture est une poésie muette ». Mais ce n’est pas pour autant que toutes les oeuvres peintes exsudent le silence au point de le rendre presque tangible, comme chez Hopper ou chez Vermeer.
Ce n’est pas le cas par exemple (ni sans doute l'intention) de cette image issue du Ménologe de Basile II - un célébrissime synaxaire byzantin du Xe siècle conservé au Vatican - qui représente Saint Jean le Silenciaire, et où il nous semble entendre autour de celui qui a fait vœu de se taire tous les bruits de la nature et la clameur des éléments.
Les mots qui suivent et que j'ai choisis pour accompagner cette image sont de Maurice Maeterlinck, extraits du "Trésor des humbles" (1896). « Il est des individus qui n’ont pas de silence, et qui tuent le silence autour d’eux, et ce sont les seuls êtres qui passent vraiment inaperçus » car « nous ne pouvons nous faire une idée exacte de celui qui ne s’est jamais tu.
On dirait que son âme n’a pas eu de visage ». Et Thoreau quant à lui écrivait dans son journal, en janvier 1841 : "Je suppose que nous n'avons pas besoin d'inspiration pour parler, mais juste pour rester silencieux".

samedi 5 juin 2010

Ma Yuan - Paysans au retour du travail
(détail)
Une image et des mots. L'image c'est un détail d'une encre sur soie du début du 13e siècle par Ma Yuan (c.1160-1225), de près de deux mètres sur plus d'un mètre, conservée au Palais de Pékin et intitulée selon les sources "Paysans dansant et chantant au retour de travail" ou "Le chant des premières pousses".
Les mots sont de Thoreau, extraits de Walden ou la vie dans les bois.

"Si chaque saison à son tour nous semble la meilleure, l'arrivée du printemps est comme la création du Cosmos sorti du Chaos, et la réalisation de l'Âge d'or... (ici Thoreau cite Ovide).
Il suffit d'une petite pluie pour rendre l'herbe de beaucoup de tons plus verte. Ainsi s'éclaircissent nos perspectives sous l'afflux de meilleures pensées. Bienheureux si nous vivions toujours dans le présent, et prenions avantage de chaque accident qui nous arrive, comme l'herbe qui confesse l'influence de la plus légère rosée tombée sur elle; et ne perdions pas notre temps à expier la négligence des occasions passées. [.....] Nous nous attardons dans l'hiver quand c'est déjà le printemps."

dimanche 9 août 2009

Marsden Hartley - Himmel (1914)
Le vide-grenier du dimanche. Deux œuvres du peintre et poète américain Marsden Hartley (1877–1943). Né à Lewiston, dans le Maine, il connaît une enfance marquée par la solitude et les deuils, expériences qu’il transformera en moteur de création. Formé à Cleveland puis à New York, il découvre les avant-gardes européennes – Cézanne, Matisse, Kandinsky – mais son art reste profondément nourri par les écrivains américains Walt Whitman, Henry David Thoreau et Ralph Waldo Emerson. Leur manière de penser la nature comme une expérience à la fois sensible et spirituelle traverse aussi bien sa peinture que ses poèmes et ses essais.
M.H. - Give us this day

Même lorsqu’il s’inspire du cubisme ou de l’expressionnisme allemand, son œuvre conserve quelque chose de profondément américain, hérité du transcendantalisme d'Emerson ou de Thoreau : l’idée que la nature n’est pas seulement un paysage, mais aussi une expérience intérieure.
Peindre semblait être pour lui une manière de revenir sans cesse vers un lieu fait de mémoire, de solitude et de nature. Ses œuvres, souvent austères mais profondément habitées, gardent quelque chose de méditatif et de retenu.

NS2 ICI