In girum imus nocte et consumimur igni

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lundi 16 février 2026

Shellie Garber - Still waters (2025)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'artiste américaine Shellie Garber (b.1962).

Shellie Garber - Dream house
Will Rochfort - The first draft
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de Will Rochfort (b.1985), peintre britannique installé sur la côte sud de l’Angleterre. Formé à Kingston University en illustration et beaux-arts, il se consacre depuis la fin de ses études presque exclusivement à la peinture à l’huile. Son univers est nourri autant par Degas que par Norman Rockwell, mais aussi par le cinéma américain et l’âge d’or d’Hollywood – une culture visuelle assumée, populaire, narrative.
Ce qui le distingue, c’est sa manière de travailler : il construit ses tableaux comme des plateaux de cinéma.
Il fabrique des décors, assemble des accessoires, sollicite ses proches comme modèles, dirige la scène comme un metteur en scène avant de passer à la toile.

W.R. - The soda shop
Les images que l’on croit spontanées sont en réalité entièrement mises en place, photographiées, puis recomposées.
Il parle de « snapshots », des instantanés, mais ce sont des instantanés longuement préparés.
Il y a donc dans la démarche de Will Rochfort quelque chose d’artisanal et de cinématographique à la fois : construire, éclairer, cadrer, puis peindre. Comme si la toile était la dernière étape d’un long travail en coulisses.

dimanche 8 février 2026

Haywood Magee - Edinburgh (1950s)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe britannique Haywood Magee (1900-1981), déjà présenté en décembre 2023. Né à Goole, dans le Yorkshire, d’un père irlandais et d’une mère allemande, Magee apprend très tôt à regarder. Après une jeunesse plutôt solitaire, il entre en 1918 dans le Royal Flying Corps, où il se forme comme photographe de reconnaissance aérienne.
Cette expérience, décisive, lui donne très tôt le sens du récit visuel et de la photographie comme outil de travail, plus que comme terrain d’expression personnelle.

H.M. - Coventry (1942)
Dans les années 1930, il travaille pour la presse illustrée et rejoint bientôt Picture Post, où il devient l’un des piliers de la rédaction pendant la guerre. Magee photographie alors les bombardements, les marins, les soldats, mais aussi l’arrière – toujours du point de vue des individus ordinaires pris dans les événements.
Il ne cherche ni l’héroïsme ni l’image spectaculaire ; ses reportages avancent par séquences, par petites scènes, avec une attention constante aux visages et aux gestes.
Magee se définissait comme un simple « working photographer ». Il ne signait pas son œuvre d’un style reconnaissable ni d’un discours, ce qui explique sans doute sa relative confidentialité aujourd’hui. Pourtant, vu dans son ensemble, son travail raconte avec justesse la Grande-Bretagne de l’après-guerre : une photographie narrative, faite pour être lue autant que regardée.

samedi 7 février 2026

P. Brueghel l'Ancien
Les chasseurs dans la neige (détail)
Une image et des mots. L'image est un détail du célébrissime tableau de Brueghel l'Ancien, "Les chasseurs dans la neige" (1565). Les mots pour aller avec sont un poème de Georges-Emmanuel Clancier, dédié à son ami Guillevic et extrait de "Le paysan céleste" (1943).

Alors vieux camarade
Le vent du nord rigolait dur à la forêt.
Les saisons somnolaient dans la grange
Où parfois le chien hiver aboyait.
Nous respirions sans toi le passé qui mijote
Autour des lits campagnards et de la table.
L'air, le pain de l'amitié on croirait les partager
Avec ce soupir du noroît et le quignon mâchonné devant le poêle.

C'est comme si le vif de nos jours
Bien calés au creux, au chaud du temps,
Demeurait là, plus fort que toi,
Vieux camarade, plus fort que nous.
L.D. - Mannequins, Nevada (1955)
Une image et des mots. Le cliché, pris sur le site de tests nucléaires de Yucca, dans le Nevada, est de l'américain Loomis Dean (1917-2005). Les mots pour aller avec sont de la philosophe Laure Devillairs, extraits de "La splendeur du monde" (2024) :

" Faut-il une disposition particulière pour aimer ce monde ? Doit-on être idéaliste pour voir en tout de la beauté ? Si l’on entend par ce mot le courage de croire qu’il demeure quelque chose à vivre de grand et d’inentamé, alors, oui, être capable de voir le beau témoigne d’idéalisme.
Ce n’est toutefois pas être aveugle à la laideur, qu’elle soit morale ou esthétique.
C’est nourrir la certitude que désespérer est trop facile. L’idéalisme n’autorise ni la naïveté ni le cynisme. Cette vie n’est ni l’enfer, où tout serait perdu, ni le paradis, où rien n’aurait besoin d’être défendu. C’est un fragile entre-deux, où il nous revient d’entrevoir parfois la beauté.
Ce n’est pas un luxe réservé à quelques privilégiés, artistes ou explorateurs.
C’est un salut à portée de nos yeux. Car lorsque ce monde nous offre sa beauté, ce n’est pas une simple consolation : c’est une guérison. Nous sommes relevés d’une chute, revenus d’un exil."

samedi 31 janvier 2026

Peter Turnley - New York (2013)
Une image et des mots. Un cliché du photographe américain Peter Turnley, et quelques vers d'Emma Lazarus, extraits de son poème The New Colossus (1883).

"Give me your tired, your poor,
Your huddled masses yearning to breathe free,
The wretched refuse of your teeming shore.
Send these, the homeless, the tempest-tossed to me,
I lift my lamp beside the golden door!"

Amrita Sher-Gil - Autoportrait Le vide-grenier du dimanche. Deux œuvres de l’artiste hungaro-indienne Amrita Sher-Gil (1913–1941). Née à Bu...