In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 15 mars 2026

Daniel Garber - Summer silence (1929)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'américain Daniel Garber (1880-1958). Formé à la Pennsylvania Academy of the Fine Arts, où il étudie auprès de Thomas Anshutz et de William Merritt Chase, Garber est souvent associé à l’Impressionnisme américain et au cercle de New Hope, en Pennsylvanie, où il s’installe durablement au début du XXᵉ siècle. Cette petite ville devient alors un lieu important pour plusieurs peintres américains, attirés par sa proximité avec New York et Philadelphie, et par la possibilité d’y travailler à distance de l'agitation urbaine.

D.G. - The blue house (1938)
Garber revient inlassablement aux mêmes paysages : le fleuve Delaware, ses rives, les villages alentour. Cette répétition n’est pas un manque d’inspiration, mais le cœur même de sa pratique : un travail patient mené au même endroit, jour après jour et avec la même constance, jusqu’à en tirer toutes les nuances possibles.

dimanche 8 mars 2026

Ebrahim Noroozi - Kaboul (2022)
Le vide-grenier du dimanche. En cette Journée internationale des droits des femmes, deux clichés du photographe et photojournaliste iranien Ebrahim Noroozi (b.1980). Né à Téhéran, il s’est imposé ces dernières années par ses reportages consacrés aux zones de crise – en particulier au Moyen-Orient et en Afghanistan – où il documente les conséquences concrètes des conflits et des bouleversements politiques. Son travail se distingue par une grande attention aux vies ordinaires prises dans des situations extrêmes : réfugiés, civils déplacés, familles confrontées à la guerre ou à la précarité.

E.N. - Kaboul (2022)
Noroozi appartient à cette génération de photojournalistes pour qui témoigner ne consiste pas seulement à montrer, mais à rendre visible ce qui, sans eux, resterait hors champ.
Ainsi ses images, souvent dépouillées, ne recherchent pas le spectaculaire ; elles n'expliquent pas mais donnent simplement à voir, avec une sobriété qui en renforce la portée. Ces deux clichés font partie de sa série "Afghanistan's girl athletes".
Depuis leur retour au pouvoir en août 2021, les talibans ont progressivement restreint presque tous les aspects de la vie des femmes et des jeunes filles. L’interdiction du sport n’en est qu’un exemple. Elles ont été exclues de l’enseignement secondaire, puis des universités, fortement limitées dans leur accès au travail hors du foyer, et, en novembre 2022, le ministère de la Vertu leur a également interdit l’accès aux parcs et aux salles de sport.
BP5

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samedi 7 mars 2026

Frances Featherstone - Far far away
Une image et des mots. Le paradis, disait Bachelard, est une immense bibliothèque.
Pour aller avec cette toile de l'artiste britannique Frances Featherstone, un extrait du pamphlet de Voltaire De l'horrible danger de la lecture (1765).
Par la voix feinte d’un décret ottoman, Voltaire tourne en dérision la phobie de l’imprimerie et de la diffusion des idées : il montre comment le pouvoir sacralise l’ignorance pour préserver ses privilèges.
L’extrait suivant (points 1–4) illustre parfaitement sa satire : arguments absurdes et pseudo‑juridiques dénoncent la peur des progrès que le livre peut susciter.

1. Cette facilité de communiquer ses pensées tend évidemment à dissiper l’ignorance, qui est la gardienne et la sauvegarde des États bien policés.
2. Il est à craindre que, parmi les livres apportés d'Occident, il ne s'en trouve quelques-uns sur l’agriculture et sur les moyens de perfectionner les arts mécaniques, lesquels ouvrages pourraient à la longue, ce qu'à Dieu ne plaise, réveiller le génie de nos cultivateurs et de nos manufacturiers, exciter leur industrie, augmenter leurs richesses, et leur inspirer un jour quelque élévation d'âme, quelque amour du bien public, sentiments absolument opposés à la saine doctrine.
3. Il arriverait à la fin que nous aurions des livres d'histoire dégagés du merveilleux qui entretient la nation dans une heureuse stupidité. On aurait dans ces livres l’imprudence de rendre justice aux bonnes et aux mauvaises actions, et de recommander l’équité et l’amour de la patrie, ce qui est visiblement contraire aux droits de notre place.
4. Il se pourrait, dans la suite des temps, que les misérables philosophes, sous le prétexte spécieux, mais punissable, d'éclairer les hommes et de les rendre meilleurs, viendraient nous enseigner des vertus dangereuses dont le peuple ne doit jamais avoir de connaissance.
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dimanche 1 mars 2026

R.DC. - Hand and coat (1962)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe américain Roy DeCarava (1919-2009). Né à Harlem, New York, DeCarava grandit au cœur du Harlem Renaissance, période d’effervescence artistique et culturelle afro-américaine. Formé à la Cooper Union, au Harlem Art Center et à la George Washington Carver Art School, il commence par la peinture et le dessin avant de se tourner vers la photographie, d’abord comme outil de référence pour ses peintures, puis comme médium central de son expression artistique.
DeCarava choisit le noir et blanc argentique pour rendre hommage à la vie quotidienne des communautés afro-américaines, en particulier à Harlem. Son approche se distingue du documentaire social : il s’attache moins à documenter des conditions sociales qu’à exprimer une sensibilité créative et personnelle, à capturer l’intériorité, la dignité et la richesse humaine de ses sujets.

R.DC. - Woman and children (1952)
Ses images célèbrent les textures, les ambiances et les gestes de la vie urbaine, dans une esthétique proche de la peinture, où la lumière et l’ombre composent autant que les formes et les corps. Dans les années 1950, il publie The Sweet Flypaper of Life (1955), collaboration avec l’écrivain Langston Hughes, qui combine ses photographies et le texte poétique de Hughes pour dresser un portrait sensible de la vie familiale à Harlem. DeCarava a également photographié des musiciens célèbres de jazz et ses œuvres ont été utilisées sur plusieurs pochettes d’album. Au fil d’une carrière de près de six décennies, il a contribué à faire reconnaître la photographie noir et blanc comme un art à part entière et a formé et soutenu de nombreux photographes au sein du Kamoinge Workshop, collectif de Harlem déjà évoqué ici le 2 décembre 2012.
Son travail, profondément humain et poétique, reste une référence dans l’histoire de la photographie américaine pour sa capacité à marier rigueur esthétique et engagement visuel, célébrant la dignité et la vie intérieure de ses sujets, souvent dans des contextes modestes ou ordinaires.
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