In girum imus nocte et consumimur igni

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jeudi 8 janvier 2026

A. Sisley - Neige à Louveciennes (1878)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre Alfred Sisley (1839-1899), déjà présenté en août 2019.

A.S. - Au bord du Loing (1891)


R.DC. - Hand and coat (1962)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe américain Roy DeCarava (1919-2009). Né à Harlem, New York, DeCarava grandit au cœur du Harlem Renaissance, période d’effervescence artistique et culturelle afro-américaine. Formé à la Cooper Union, au Harlem Art Center et à la George Washington Carver Art School, il commence par la peinture et le dessin avant de se tourner vers la photographie, d’abord comme outil de référence pour ses peintures, puis comme médium central de son expression artistique.
DeCarava choisit le noir et blanc argentique pour rendre hommage à la vie quotidienne des communautés afro-américaines, en particulier à Harlem. Son approche se distingue du documentaire social : il s’attache moins à documenter des conditions sociales qu’à exprimer une sensibilité créative et personnelle, à capturer l’intériorité, la dignité et la richesse humaine de ses sujets.

R.DC. - Woman and children (1952)
Ses images célèbrent les textures, les ambiances et les gestes de la vie urbaine, dans une esthétique proche de la peinture, où la lumière et l’ombre composent autant que les formes et les corps. Dans les années 1950, il publie The Sweet Flypaper of Life (1955), collaboration avec l’écrivain Langston Hughes, qui combine ses photographies et le texte poétique de Hughes pour dresser un portrait sensible de la vie familiale à Harlem. DeCarava a également photographié des musiciens célèbres de jazz et ses œuvres ont été utilisées sur plusieurs pochettes d’album. Au fil d’une carrière de près de six décennies, il a contribué à faire reconnaître la photographie noir et blanc comme un art à part entière et a formé et soutenu de nombreux photographes au sein du Kamoinge Workshop, collectif de Harlem déjà évoqué ici le 2 décembre 2012.
Son travail, profondément humain et poétique, reste une référence dans l’histoire de la photographie américaine pour sa capacité à marier rigueur esthétique et engagement visuel, célébrant la dignité et la vie intérieure de ses sujets, souvent dans des contextes modestes ou ordinaires.
Percy Shakespeare - A mulatto (1933)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre anglais Percy Shakespeare (1906-1943).
Né dans le quartier populaire de Kates Hill, quatrième d’une fratrie de huit enfants, il entre en 1920 à la Dudley Art School, où le directeur lui accorde une bourse couvrant l’intégralité des frais. 
Il y révèle très tôt un talent pour le dessin de figure et le portrait. Il poursuit sa formation à la Birmingham School of Art, où il étudie le dessin anatomique de 1923 à 1927, obtient un Art Masters Certificate et se qualifie comme enseignant.

P.S. - December on the Downs, Wartime
(1939)
En 1933, il expose à la Royal Academy avec A Mulatto, portrait acquis par la Dudley Art Gallery. Durant les années 1930, il soumet régulièrement des peintures à la Royal Academy, souvent acceptées, tout en exposant au Salon de Paris et à la Royal Birmingham Society of Artists, dont il devient membre associé en 1936. Au cours de cette décennie, Shakespeare réalise une série de peintures à l’huile représentant des groupes de personnes au loisir, capturant des moments de détente ou d’occupation quotidienne. Son travail montre des affinités avec le néo-romantisme et certaines élégances de l’Art déco, notamment dans le traitement des silhouettes et des poses. Ces œuvres sont le fruit d’un travail intense, avec de nombreux dessins préparatoires pour chaque personnage, qui ont eux-mêmes une valeur artistique considérable. Shakespeare réalisait une ou deux de ces peintures par an, souvent acceptées à la Royal Academy. Ces compositions se distinguent par la richesse de la couleur et l’organisation des figures, restituant l’esprit des années 1930.
Mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale, il est tué en mai 1943 lors d’un bombardement aérien, alors qu’il est stationné à Roedean School, près de Brighton. Il laisse derrière lui un ensemble important de peintures et de dessins consacrés à la vie quotidienne des années 1930, aujourd’hui majoritairement conservés au Dudley Museum and Art Gallery.
Nick Hedges - Liverpool (1969)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe britannique Nick Hedges (1943-2025).
Formé au Birmingham College of Art, Hedges commence à photographier la pauvreté urbaine à la fin des années 1960, alors qu’il est encore étudiant.
Très vite, son travail attire l’attention de Shelter, organisation caritative engagée dans la lutte contre le mal-logement, qui l’emploie entre 1968 et 1972 comme photographe et chercheur.
Pendant ces années, Hedges sillonne l’Angleterre et l’Écosse et documente, de l’intérieur, les conditions de vie dans des logements jugés « impropres à l’habitation » : maisons condamnées, pièces surpeuplées, murs rongés par l’humidité, absence de chauffage ou de lumière. Si ses images montrent surtout des femmes et des enfants, ce n'est pas par choix du photographe – ni politique, ni esthétique – mais parce que les hommes refusaient souvent d’être photographiés, par honte ou par fatigue.

N.H. - Cour d'immeubles, Glasgow (1971)
La force de ces photographies tient à leur retenue. Rien n’est mis en scène. Hedges prend le temps de parler avec ceux qu’il photographie, d’entrer chez eux, de comprendre les lieux avant de les montrer. Les corps sont présents, mais toujours liés à l’espace : la photographie décrit autant une architecture de la pauvreté qu’une expérience humaine.
Utilisées dans la campagne nationale Face the Facts, ces images ont contribué à modifier le regard du public britannique sur le logement social et ont joué un rôle dans l’évolution de la législation, jusqu’au Housing (Homeless Persons) Act de 1977.
Longtemps invisibles, mises sous embargo par le photographe lui-même pour protéger ses sujets, elles ne seront redécouvertes publiquement qu’à partir des années 2010.
Le travail de Nick Hedges ne cherche ni l’émotion facile ni l’indignation spectaculaire. Il montre, calmement, comment l’on vit – et comment l’on a vécu – dans ces lieux. Comme l’a résumé Ken Loach, ces images sont à la fois profondément humaines et des preuves : elles témoignent d’une vulnérabilité partagée, mais aussi d’une dignité qui persiste malgré tout.


mardi 6 janvier 2026

P.C. - Christmas, Madison Square Park
(1910)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre américain Paul Cornoyer (1864-1923), qui occupe une place singulière dans la peinture américaine du tournant du siècle, à la croisée de l’impressionnisme et du tonalisme. Formé à Saint-Louis puis à Paris, à l’Académie Julian, auprès de Jules Lefebvre et de Benjamin-Constant, il assimile très tôt les leçons de l’impressionnisme français tout en restant marqué par l’héritage plus sombre et contemplatif de l’école de Barbizon.
Après un retour aux États-Unis en 1894, son œuvre s’imprègne profondément du tonalisme américain : une peinture de l’atmosphère, de la lumière voilée, des harmonies restreintes. L’encouragement décisif de William Merritt Chase le conduit à s’installer à New York à la fin des années 1890. C’est là que Cornoyer trouve pleinement sa voie : il se consacre presque exclusivement aux paysages urbains et aux scènes de rue, observant la ville à travers les variations du climat, de la pluie, du brouillard et des heures du jour.
P.C. - Winter in New York (1901)

Ses vues de New York, de Paris ou de Londres ne cherchent ni l’anecdote ni l’animation pittoresque. Les figures humaines y sont réduites à des silhouettes, absorbées par l’architecture et l’atmosphère. La ville devient un corps dense et silencieux, rythmé par les reflets sur l’asphalte mouillé et les masses sombres des immeubles. Sa touche impressionniste, parfois proche du pointillisme, rappelle par endroits Gustave Caillebotte, mais avec une gravité plus retenue.
Enseignant toute sa vie, notamment au Mechanics Institute de New York, puis installé à partir de 1917 à East Gloucester, il élargit alors son regard à des scènes portuaires et rurales. Aujourd’hui conservée dans de grands musées américains, son œuvre apparaît comme celle d’un observateur attentif, pour qui la peinture n’est pas la célébration du spectacle urbain, mais l’enregistrement patient de son atmosphère et de son poids dans le temps.

dimanche 4 janvier 2026

Ragnar Axelsson - Faces of the North
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe islandais Ragnar Axelsson (b.1985), déjà présenté en décembre 2019. Photoreporter depuis la fin des années 1970 pour le quotidien islandais Morgunblaðið, c’est dans ce contexte qu’il commence à travailler, très tôt, dans les régions arctiques. Il n’y va pas ponctuellement : il y retourne, encore et encore, pendant des décennies. Aujourd’hui encore, il poursuit un projet au long cours consacré aux populations des huit pays de l’Arctique.

R.A. - Behind mountains
Son noir et blanc tient lieu de méthode. Il ne cherche pas l’effet ni la dramatisation : il réduit l’image à l’essentiel, pour rendre lisibles des situations complexes – le travail, la chasse, les déplacements, la relation aux animaux, à la glace, au vent. Les chiens de traîneau, par exemple, ne sont jamais des symboles : ils sont des partenaires de travail, au cœur d’un mode de vie menacé par la transformation rapide de l’environnement.
Axelsson a vu les paysages changer, les saisons se dérégler, les pratiques se raréfier. Il photographie ça sans commentaire, en restant au plus près des personnes concernées. Ce que ses images enregistrent, c’est un monde en train de disparaître sous nos yeux.

O. Redon - Cinq papillons (1912) Le vide-grenier du dimanche. Deux œuvres du peintre et graveur français Odilon Redon (1840–1916), figure s...