In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 13 juillet 2025

Wilhelm Menzler
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre allemand Wilhelm Menzler (1846-1926), né à Kassel et formé à l’Académie des Beaux-Arts de Munich, où il passa la majeure partie de sa carrière. Menzler appartient à cette génération de peintres qui, à la fin du XIXᵉ siècle, s’attachaient à représenter la nature et la vie quotidienne avec un réalisme soigné et délicat.
W. Menzler - Le printemps

Il s’est particulièrement distingué par ses portraits féminins et ses scènes de plein air, souvent baignées d’une lumière douce, dorée,  qui donne à ses tableaux un charme simple et apaisant.
Ce que j’aime chez lui, c’est cette manière de peindre sans effets : des gestes calmes, des visages absorbés, un goût évident pour les tissus, les fleurs, les jeux de lumière. Rien d’appuyé ni de démonstratif, mais un regard attentif, simple et bienveillant, posé sur le monde.
IA1

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dimanche 6 juillet 2025

Anne Brigman - The breeze (1910)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés de la photographe américaine Anne Brigman (1869–1950), figure pionnière du mouvement pictorialiste et membre du cercle fondateur de la Photo-Secession d’Alfred Stieglitz.
Née à Hawaï, elle s’installe en Californie à la fin du XIXᵉ siècle, où elle développe un travail profondément personnel, mêlant nature, symbolisme et affirmation de soi. Ses photographies - souvent réalisées dans les paysages rocheux et lumineux de la Sierra Nevada - mettent en scène des corps féminins, fréquemment le sien, dans une relation presque mystique avec les éléments.

Anne Brigman
Brigman revendiquait la liberté du corps et de l’esprit : à une époque où les femmes étaient rarement derrière l’appareil photo, elle se plaçait à la fois comme sujet et autrice, brouillant les frontières entre autoportrait, mythe et nature. Ce que j’aime dans son œuvre, c’est cette alliance rare de puissance et de douceur - un romantisme sans mièvrerie, où la lumière révèle l’union du corps et de la nature, comme une forme d’émancipation poétique.

samedi 5 juillet 2025

Hiroko Otake - Metamorphosis
Une image et des mots. Une oeuvre de la japonaise Hiroko Otake (b.1980).
Je me souviens qu’en lisant Cent ans de solitude, j’avais été émerveillé par le passage évoquant les vols de papillons qui suivent partout l’un des personnages, et admiratif que son auteur ait eu une idée à la fois si belle et poétique.
Depuis, j’ai connu l' Amazonie...  et à chacune de mes expéditions, j’ai vu des nuées de papillons jaunes s’agglutiner sur les berges des fleuves, et tournoyer en grappes autour de ceux qui passent.
C’est alors que j’ai compris que García Márquez avait dû assister lui aussi à ce spectacle des dizaines de fois sur les rives des fleuves colombiens, et qu’il puisait dans ses souvenirs d’enfance une part de son inspiration.

C'est alors qu'elle remarqua les papillons jaunes qui précédaient chaque apparition de Mauricio Babilonia. Elle avait déjà noté leur présence, surtout à l'atelier de mécanique où elle avait pensé que les attirait l'odeur de peinture. Quelquefois elle les avait sentis voleter au-dessus de sa tête dans la pénombre du cinéma. Mais quand Mauricio Babilonia se mit à la poursuivre comme un spectre qu'elle seule pouvait identifier dans la foule, alors elle comprit que les papillons avaient quelque chose à voir avec lui. Mauricio Babilonia se trouvait toujours parmi le public des récitals, au cinéma, à la grand-messe, et elle n'avait nul besoin de le voir pour découvrir sa présence que lui signalaient les papillons.

dimanche 29 juin 2025

R.C. - Tierra guajira (1999)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe cubain Raúl Cañibano (b.1961), autodidacte et l’une des grandes voix de la photographie cubaine contemporaine. D’abord soudeur de métier, il découvre la photo en 1984 et se forme seul, en feuilletant des livres d’art à la Bibliothèque nationale. Influencé à la fois par Henri Cartier-Bresson, Sebastião Salgado et Salvador Dalí, il développe peu à peu un style qu’il décrit lui-même comme « un peu surréaliste ».

R.C. - Viñales (2017)
Son œuvre, à la fois documentaire et poétique, raconte Cuba sous toutes ses formes : la ville (Crónicas de la Ciudad), la campagne (Tierra Guajira), la foi, la vieillesse.
Dans Tierra Guajira, série entamée il y a plus de vingt ans et récompensée dès 1999, il rend hommage aux paysans cubains parmi lesquels il a grandi. « Mon intention était de documenter un mode de vie qui pourrait disparaître avec les années, et de capturer la noblesse, la familiarité et la bonté du paysan cubain », disait-il. Cañibano se définit volontiers comme un conteur : il se sert de la photographie pour raconter son pays et la grâce fragile de son quotidien.
Ce que j’aime particulièrement, c’est cette façon de mêler réalisme et mystère : ses scènes ordinaires paraissent toujours traversées par une sorte de poésie discrète, parfois presque mystique, qui rend hommage à la dignité des gens simples et à la lumière de son île.
RN3

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samedi 28 juin 2025

Alyssa Monks - Trust (2010)
Une image et des mots. Un tableau de l'artiste hyperréaliste américaine Alyssa Monks (b.1977), et quelques lignes de Gustave Flaubert, extraites de Madame Bovary (1857).

Elle monta l’escalier ; la porte de la chambre était ouverte. Le soleil passait entre les rideaux. Sur la table, elle vit sa lettre à Rodolphe, restée là, non scellée. Alors elle pensa qu’il ne viendrait pas.
Alors elle eut un attendrissement héroïque ; et, serrant ses bras sur sa poitrine, comme pour y retenir son cœur qui éclatait, elle se mit à pleurer abondamment. Elle se sentait perdue, engloutie, abandonnée de tous, et son âme s’enfonçait comme dans une mer immense d’amertume.