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In girum imus nocte et consumimur igni
eiπ + 1 = 0
dimanche 23 juillet 2023
dimanche 16 juillet 2023
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| G.T. - Girl with basket (1987) |
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre américain George Tooker (1920-2011), formé à l'Art Students League of New York et déjà présenté dans ce blog en juin 2008.
Souvent rattachée – peut-être un peu trop rapidement – au réalisme magique, sa peinture silencieuse naît pourtant d’une observation très concrète du monde contemporain. Tooker y traduit l’isolement et l’angoisse de la vie urbaine moderne, mais aussi la déshumanisation des rapports humains et l’absurdité des systèmes bureaucratiques. « J’ai toujours cherché à créer des œuvres d’art qui ont une certaine signification sociale, mais qui sont en même temps universelles et intemporelles. »
Formé auprès de Reginald Marsh et Kenneth Hayes Miller, figures du réalisme social américain, il revendiquait également l’influence de Piero della Francesca et Paolo Uccello, dont il admirait la rigueur géométrique et la lumière.
Ce qui est étonnant, c’est le sentiment d’étrangeté qui se dégage de scènes pourtant ordinaires. Car Tooker ne cherche pas à peindre autre chose que le monde visible : « Je cherche à peindre la réalité imprimée si fortement dans notre esprit qu’elle revient comme un rêve, mais je ne cherche pas à peindre les rêves en tant que tels, ni l’imaginaire. » Alors d’où vient cette impression ? Des couleurs douces, des perspectives et des points de vue parfois insolites, des expressions – ou de leur absence – sur les visages de personnages qui semblent parfois étrangers à ce qui les entoure ?
Il disait aussi que peindre était pour lui « an attempt to come to terms with life » : une formule qui dépasse largement la peinture et qui dit peut-être quelque chose de ce qui nous occupe tous : essayer, tant bien que mal, de composer avec la vie.
© Veilleur de Nuit – 2023
dimanche 9 juillet 2023
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| J.Pirotte - Mineur polonais (1947) |
La veillée du dimanche. Deux clichés de la photographe Julia Pirotte (1907-2000), née Golda Perla Diament dans une famille modeste de la région de Lublin. Fille d’un mineur, militante très jeune au sein des jeunesses communistes, elle connaît l’arrestation et la prison avant de fuir la Pologne en 1934 grâce au Secours rouge et de rejoindre sa sœur réfugiée en France. Malade en chemin, elle s’arrête finalement en Belgique, où elle épouse Jean Pirotte et commence à travailler comme journaliste et photographe.
Pendant la guerre, elle rejoint la Résistance à Marseille, où elle travaille notamment comme photographe pour Dimanche Illustré. Avec son Leica, elle documente la vie quotidienne sous le régime de Vichy, les maquis et l’insurrection puis la Libération de la ville en août 1944. Ses images constituent aujourd’hui un témoignage important sur cette période.
Après la guerre, entre 1945 et 1949, plusieurs dizaines de milliers de Polonais installés en France repartent en Pologne pour participer à la reconstruction du pays : c’est la Reemigracja. Parmi eux, quelque 5 000 à 6 000 mineurs du Nord-Pas-de-Calais rejoignent les bassins miniers de Silésie, pour en extraire le charbon indispensable au relèvement de la Pologne.
Julia Pirotte accompagne plusieurs de ces convois et photographie les familles sur le départ, les trains, leur arrivée en Pologne et les conditions de vie de ces travailleurs.
De retour en Pologne, elle poursuit son travail documentaire, photographiant les ruines et la reconstruction du pays, les travailleurs, les enfants juifs dans les orphelinats, mais aussi les événements politiques des premières années du régime socialiste. Elle est notamment l’une des rares photographes présentes à Kielce après le pogrom de 1946.
© Veilleur de Nuit – 2023
dimanche 2 juillet 2023
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| D.E. - A thousand sleepless nights III (2012) |
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre hyperréaliste Don Eddy (b.1944), un des pionniers du photoréalisme. Pour préparer ses compositions, il a recours à ce qu’il appelle la mise au point universelle (Universal Focus) : plusieurs dizaines de photographies prises sous des angles et des distances variés afin qu’aucune partie de l'image ne reste dans le flou.
Il recompose ensuite ces images à l’aérographe, par milliers de petits points, avec une précision vertigineuse.
Connu pour ses représentations d’automobiles, de vitrines ou de paysages urbains, Eddy s’intéresse particulièrement aux surfaces, aux textures, aux reflets et à tout ce que la photographie permet de saisir avec une précision que l’œil ne peut avoir. Mais cette attention presque obsessionnelle au détail ne relève pas seulement de la prouesse technique. Eddy parle volontiers de sa peinture comme d’une peinture « bouddhiste » : regarder, pour lui, c’est aussi accorder de l’importance à chaque chose, jusque dans ses aspects les plus ordinaires.
Alors, faut-il que l’art transcende le réel pour atteindre la beauté, comme le pensait Ruskin ?
Don Eddy semble apporter une réponse différente : il peut suffire de regarder assez longtemps ce que nous avons sous les yeux pour découvrir que la beauté était déjà là.
© Veilleur de Nuit – 2023
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