In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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samedi 22 avril 2023

I. Boulton - Moon Street, Stokes Croft. (2015)
Une image et des mots. Un cliché du photographe anglais Ian Boulton, et un poème de Benjamin Fondane, assassiné en 1944 dans une chambre à gaz d'Auschwitz.

"...Oui, j’ai été un homme comme les autres hommes,
nourri de pain, de rêve, de désespoir. Eh oui, j’ai aimé, j’ai pleuré, j’ai haï,
j’ai souffert, j’ai acheté des fleurs
et je n’ai pas toujours payé mon terme.

Le dimanche j’allais à la campagne
pêcher, sous l’œil de Dieu,
des poissons irréels,
je me baignais dans la rivière
qui chantait dans les joncs et je mangeais des frites le soir.
Après, après, je rentrais me coucher fatigué,
le cœur las et plein de solitude,
plein de pitié pour moi, plein de pitié pour l’homme,
cherchant, cherchant en vain sur un ventre de femme
cette paix impossible que nous avions perdue
naguère, dans un grand verger
où fleurissait au centre, l’arbre de la vie…"
GH7

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dimanche 16 avril 2023

Heinrich Vogeler - Rêverie (1900)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre allemand Heinrich Vogeler (1872-1942), né à Brême et formé à l'Académie des beaux-arts de Düsseldorf.
Il rejoint en 1894 la colonie d’artistes de Worpswede, où il développe un univers très personnel, proche des préraphaélites et de l'Art Nouveau. Dans des œuvres comme Contes d’hiver (1897) ou Le Printemps (1897), il mêle la poésie des paysages  aux références mythologiques ou bibliques, avec un soin minutieux aux détails et aux motifs décoratifs.
Cette recherche d’un idéal de beauté trouve son expression la plus complète à Barkenhoff, sa demeure de Worpswede, qu’il transforme en véritable œuvre d’art totale : architecture, mobilier, décoration et peinture se rejoignent dans une même vision inspirée du Jugendstil. 
H. Vogeler - Paysage

Mais son regard change après la Première Guerre mondiale. Pacifiste, puis gagné aux idées socialistes, il se tourne vers une peinture plus directement liée aux réalités de son époque. Le Docker de Hambourg (1928) appartient à cette période : le monde du travail remplace les paysages rêvés de ses débuts. Quelques années plus tard, installé en Union soviétique, il peint Stakhanoviste allemand en congé à la station balnéaire de Sotchi (1936), témoignage de son adhésion alors profonde au projet soviétique.
Heinrich Vogeler voit dans l’art un moyen de participer à la construction d’une société nouvelle : le peintre de la beauté idéale va tenter de mettre ses convictions en pratique en créant à Barkenhoff une communauté où l’art et la vie sociale pourraient se rejoindre.
Mais ses désillusions face aux réalités du communisme soviétique finiront par assombrir ses dernières années. Exilé en URSS pendant la Seconde Guerre mondiale, il y meurt en 1942 dans la pauvreté, en laissant derrière lui une œuvre singulière : celle d'un artiste qui, après avoir cherché l’harmonie dans la beauté, a voulu la trouver dans la transformation du monde.
 © Veilleur de Nuit – 2023
WM3

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dimanche 9 avril 2023

Tuija Lindström - Pia (1983)
La veillée du dimanche. Deux clichés de la photographe suédo-finlandaise Tuija Lindström (1950-2017).
Formée à la Konstfack, à Stockholm, elle découvre en 1977 une exposition consacrée à Christer Strömholm (voir sept. 2013), qui la décide à se consacrer pleinement à la photographie. Ses premières œuvres sont des portraits, mais elle s’intéresse bientôt au corps, à l’identité, à la mémoire et à la place des femmes dans la société.
« Lorsque j’ai commencé à photographier dans les années 70, seuls les hommes étaient photographes.
J’ai choisi de traiter les mêmes sujets qu’eux, mais différemment, depuis mon propre regard, avec une perspective féminine. »
T.L. - For Heathcliff (1980)

Cette volonté de poser un regard différent traverse une grande partie de son œuvre ; Tuija Lindström s’intéresse particulièrement aux liens entre le corps, l’identité et la mémoire. C’est sa série The Girls at Bull’s Pond (1991), des photographies de femmes nues qui se baignent dans l’eau sombre d’un étang, qui lui apporte une reconnaissance internationale. Ces images, à la fois paisibles et énigmatiques, jouent sur un contraste troublant entre la douceur du paysage et une inquiétude diffuse.
Mais pour cette chronique j’ai choisi Pia (1983), un beau portrait, sobre et presque intemporel, et For Heathcliff (1980), une image très pictorialiste d’un cheval enveloppé de brume et de végétation, où la lumière, les tonalités et les effets de matière comptent presque autant que le sujet. Deux photographies très différentes, mais qui témoignent d'un même goût pour les formes et les atmosphères.
En 1992, Tuija Lindström devient la première femme nommée professeure de photographie à l’Université de Göteborg, où elle enseigne jusqu’en 2002.
 © Veilleur de Nuit – 2023

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E.L. - Les travaux aux champs (1918) La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre belge Eugène Laermans (1864-1940). J’ai eu plusieurs fo...