In girum imus nocte et consumimur igni

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samedi 24 février 2018

Yann Slama - Abandon (2015)
Une image et des mots. L'image, c'est un cliché de Yann Slama, de sa série "Abandon".
Les mots sont extraits de l'essai de Michel Béaud Le basculement du monde, paru aux Éditions La Découverte (1999).

« Riches ou aspirant à l’être, les sociétés sont comme prises dans les rouages et les spirales sans fin d’une machinerie économique à produire, distribuer et détruire des richesses.
Une machinerie planétaire, c’est-à-dire à la fois locale, nationale, multinationale et mondiale.
Une machinerie qui concerne presque la totalité de l’Humanité, et dans laquelle chacun ou presque est rouage : agent, bénéficiaire et/ou victime. Multitude de victimes ; petit nombre de très grands bénéficiaires ; mais des classes et des couches de plus en plus nombreuses, à la fois victimes et bénéficiaires, qui n’ont d’autre choix pour subsister que de participer au fonctionnement de l’ensemble. Titanesque machinerie, dont les laudateurs ne voient que les emplois et les richesses qu’elle crée, tandis que ses contempteurs ne voient que les chômages et les détresses qu’elle suscite. […..]
Dès lors que l’économie domine les sociétés, les inégalités de notre monde et les dynamiques de l’inégalité rendent inexorable l’engrenage sans fin des croissances.
Et dans un monde et des sociétés très inégalitaires, les dynamiques de l’économie reproduisent, souvent aggravent, pauvreté, chômage et exclusions. »
KD1
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dimanche 18 février 2018

Gil Elvgren
La veillée du dimanche. Deux illustrations de l'Américain Gil Elvgren (1914-1980), l’un des grands noms de l’art de la pin-up. Formé au Minnesota Art Institute de St. Paul, sa ville natale, puis à l’American Academy of Art de Chicago, il débute dans la publicité avant de rejoindre, dans les années 1930, le prestigieux studio Brown & Bigelow, spécialisé dans les calendriers illustrés. C’est là qu’il affine le style, à la fois glamour et souriant, qui fera sa renommée.
Disciple du brillant Haddon Sundblom (créateur définitif du Père Noël), et héritier de Charles Gibson (inventeur définitif, avec la Gibson Girl, de la beauté américaine), Elvgren propulse la pin-up comme nouvelle icône féminine – d’abord idéalisée, puis franchement érotisée – qui envahira calendriers et affiches publicitaires.

Gil Elvgren - Pin-up lobster
Elvgren ne se contente pas de peindre de jolies femmes : il compose de véritables petites scènes pleines d’humour et de malice. Ses modèles – étudiantes, secrétaires, jeunes mariées ou baigneuses – se trouvent souvent dans une situation cocasse, au moment d’un léger accident du quotidien : jupe soulevée par le vent, chaise qui bascule, peinture qui déborde… Le tout baigné d’une atmosphère pétillante, où la sensualité reste légère, jamais appuyée.
À travers ce mélange de séduction, de fraîcheur et d’humour, Elvgren a façonné une imagerie devenue emblématique de l’Amérique des années 1940 à 1960. Ses pin-ups, plus que de simples images décoratives, racontent aussi un certain rêve américain, fait d’optimisme, de légèreté et de confiance dans l’avenir. Ce genre de la pin-up illustrée connaîtra son âge d’or dans les années 1950, avant de décliner rapidement dans les années 1970 et les décennies suivantes, avec l’essor de magazines comme Playboy ou Penthouse qui privilégieront la photographie et des représentations de la féminité beaucoup plus explicites.
PC1

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dimanche 11 février 2018

Wim Bosma - Havenbeeld (1935)

La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre, graphiste, et muraliste néerlandais Wim Bosma (1902-1985). Autodidacte pour l’essentiel, il suit néanmoins quelque temps l’enseignement de son compatriote Piet van Wijngaerdt, qui fera l’objet d’une prochaine publication. Ses toiles et lithographies révèlent un attachement profond au paysage hollandais : dans les années 1920 et 1930, il se consacre surtout à la représentation de paysages industriels, de ports, de ponts, de canaux et de navires, qui deviennent les motifs privilégiés de son œuvre.
Installé à Paris dans les années 1930, il se confronte directement aux avant-gardes européennes mais reste fidèle à une approche sobre et structurée, parfois rapprochée de la Neue Sachlichkeit (Nouvelle Objectivité).

W.B. - Dans le port (1930)
Ses paysages deviennent alors de plus en plus dépouillés, jusqu’à donner parfois à ses peintures l’allure de compositions presque graphiques. Membre de l'association d'artistes visuels De Onvangenen ("les Indépendants") fondée en 1914 sur le modèle du Salon des Indépendants parisien, il refuse de suivre l’association lorsqu’elle rejoint la Nederlandsche Kultuurkamer, l’institution culturelle créée par l’occupant allemand. 
Communiste convaincu, Bosma ne veut en effet aucune compromission avec cette organisation. Après 1945, il ouvre son univers à des scènes plus colorées, inspirées notamment de l’Afrique. Grand amateur de jazz, Wim Bosma laisse une œuvre à la fois enracinée dans le paysage hollandais et ouverte sur le monde.
 © Veilleur de Nuit – 2018

BG1

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dimanche 4 février 2018

Matt Black - El Paso, Texas
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe documentaire américain Matt Black (né en 1970). Originaire de Californie, il grandit dans une région agricole où se côtoient pauvreté rurale, sécheresse et précarité du travail migrant. Cet environnement restera au cœur de son travail. Après avoir débuté comme photographe local, il adopte très tôt une démarche engagée, attentive aux inégalités sociales et aux existences souvent ignorées.
Son projet documentaire le plus connu, The Geography of Poverty (2015), est une véritable traversée de la pauvreté américaine : pendant plusieurs années, il parcourt plus de 100 000 miles à travers les États-Unis et photographie des centaines de communautés vivant sous le seuil de pauvreté.
Cette photo ci-dessus, prise à El Paso, en est extraite.
M.B. - Farm workers
camp Alpaugh 
CA (2014)

« The work of a photographer is to reveal hidden things. »
Pour Matt Black, photographier ne consiste donc pas seulement à montrer ce qui existe, mais aussi à attirer le regard sur ce que l’on préfère parfois ne pas voir.
Le second cliché a été réalisé dans un baraquement d’ouvriers agricoles à Alpaugh, en Californie, une communauté durement touchée par la pauvreté et les conséquences environnementales de l’agriculture intensive. La contamination des nappes phréatiques y a entraîné la présence de concentrations élevées d’arsenic et d’autres produits chimiques dans l’eau potable. À travers ces images, Matt Black montre une Amérique que l’on voit peu : celle des régions pauvres, des travailleurs agricoles et des petites communautés oubliées. Mais ses photographies ne réduisent jamais ceux qu’il photographie à leur pauvreté.
 © Veilleur de Nuit – 2018

A.M. - Notre-Dame, soleil (1904) La veillée du dimanche. Déjà présenté en juillet 2016, voici, avec deux nouvelles toiles – encore une fois...