In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 8 avril 2012

J.T. - Quarreling (1875)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre français James Tissot (1836-1902), né à Nantes et formé à l’École des beaux-arts de Paris. Il mène une grande partie de sa carrière entre la France et l’Angleterre, où il s’installe en 1871 après la guerre franco-prussienne. À Londres, il connaît rapidement un grand succès et devient l’un des peintres les plus recherchés de la société victorienne, dont il observe avec un regard de Français les habitudes, les vêtements, les loisirs et les codes sociaux.
Tissot est un artiste difficile à enfermer dans une catégorie. Proche de Manet, Degas et Whistler, qu’il fréquente, il est sensible aux nouveautés de la peinture de son époque, mais ne devient pas pour autant impressionniste.
Il s’intéresse aussi aux estampes japonaises, aux maîtres anciens et à la peinture anglaise. Son succès est considérable et il sait aussi très bien gérer sa carrière et vendre ses œuvres. Cette attention portée à la vie de son temps donne à sa peinture une qualité documentaire qui m’intéresse beaucoup. En 1869, le critique Élie Roy écrivait qu’un tableau de Tissot pourrait un jour suffire aux archéologues pour reconstituer son époque. C'est peut-être un peu excessif, mais la formule dit assez bien ce que ses tableaux peuvent nous apprendre d’une société, de ses vêtements, de ses intérieurs et de ses manières de vivre.
J.T. - View on the harbour

Je ne suis pas passionné par l’ensemble de son œuvre : beaucoup de ses peintures me laissent indifférent, et son importante production religieuse de la fin de sa vie en fait partie.
Mais il y a chez lui des tableaux que j'aime assez pour avoir envie de les présenter. Quarrelling, exposé à la Royal Academy en 1876, appartient à cette période londonienne où Tissot s’attache particulièrement à la vie et aux conventions de la société victorienne.
Et puis il y a quelque chose dans le personnage lui-même qui m’intéresse : cet artiste français devenu l’un des peintres à succès de Londres, mais qui continue à regarder la société anglaise avec un certain recul.
SG1

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samedi 7 avril 2012

Jack London - People of the abyss
Une image et des mots. En 1902, à l’époque où l’empire britannique règne sur le monde, quand la puissante Angleterre victorienne est comme le dit Karl Marx « the wonder of the world », l’écrivain américain Jack London (celui de Croc-blanc, de L’appel de la forêt) s’immerge incognito dans les quartiers misérables de l’East End londonien pour y partager l'existence de ses 500.000 sans-abri.
Un an plus tard, en 1903, il publie People of the abyss (paru en France sous le titre Le peuple d'en-bas ou Le peuple de l'abîme). Ce cliché en est tiré.

Les mots qui suivent ne sont pas extraits de ce livre, mais de celui de George Orwell, Down and out in Paris and London, paru trente ans plus tard en 1933 et traduit en français sous le titre Dans la dèche à Paris et à Londres. Orwell y évoque les "Rowton Houses", des établissements d’accueil propres et confortables nés en 1892 à l’initiative du politicien et philanthrope Lord Rowton, et qui allaient remplacer les sordides « doss-houses » et autres « charity refuges » photographiés par Jack London et où se réfugiaient les miséreux quand ils ne dormaient pas sur les berges de la Tamise.

« As a last hope Paddy suggested trying a Rowton House; by the rules they would not let us in before seven, but we might slip in unnoticed. We walked up to the magnificent doorway (the Rowton Houses really are magnificent), and very casually, trying to look like regular lodgers, began to stroll in. Instantly a man lounging in the doorway, a sharp-faced fellow, evidently in some position of authority, barred the way.
« You men sleep ‘ere last night? »
« No »
« Then –off » 
We obeyed, and stood two more hours on the street corner. It was unpleasant, but it taught me no to use the expression ‘street corner loafer’, so I gained something from it. »

***

« En désespoir de cause Paddy suggéra de nous rabattre sur un Rowton House : le règlement interdisait toute entrée avant sept heures, mais nous pourrions peut-être nous y faufiler en douce.
Nous nous approchâmes du magnifique portail (les Rowton Houses sont vraiment de splendides édifices) et d’un air très dégagé, affectant l’allure de vieux habitués, entreprîmes de nous introduire dans la place.
Aussitôt, un individu qui jusqu’ici paraissait bayer aux corneilles, un homme au visage sévère,
manifestement investi d’une certaine autorité, s’interposa pour nous barrer le passage.
« V’s avez dormi ici hier soir ? »
« Non »
« Alors ouste ! »
Nous obéîmes et fîmes pendant deux heures encore le pied de grue au coin de la rue.
Ce fut un sale moment à passer, mais j’appris du moins à user avec plus de discernement de l’expression « glander dans les rues », et j’en ai donc tiré quelque chose."
GL6

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dimanche 1 avril 2012

N. Rockwell - Road block (1949)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de Norman Rockwell (1894-1978), l’un des illustrateurs américains les plus populaires du XXe siècle.
Né à New York, formé à la National Academy of Design puis à la Art Students League, Rockwell devient célèbre très jeune grâce à ses couvertures pour le Saturday Evening Post, dont il sera l’un des principaux illustrateurs pendant près d’un demi-siècle.
Ses peintures donnent à voir l’Amérique de son temps à travers des scènes du quotidien : repas en famille, banlieues paisibles, fêtes populaires et petits événements de la vie ordinaire. Mais derrière cette apparente simplicité, Rockwell s'intéresse aussi aux changements de la société américaine et aux grands débats de son époque.
« The commonplaces of America are to me the richest subjects in art. »

N. R. - April fool girl (1948)

Parmi ses œuvres les plus célèbres, Four Freedoms (1943), inspirée du discours sur l'état de l'Union prononcé le 6 janvier 1941 par Roosevelt, et Rosie the Riveter (1943), devenue une image emblématique de la participation des femmes à l'effort de guerre. Plus tard, Rockwell aborde directement les questions raciales dans des œuvres comme The Problem We All Live With (1964), qui montre une fillette afro-américaine escortée à l’école par des Marshals fédéraux, en pleine déségrégation dans le Sud des États-Unis.
Norman Rockwell a profondément marqué l’imaginaire américain par ses représentations à la fois chaleureuses, nostalgiques et engagées de l’Amérique du XXe siècle ; ses scènes du quotidien, dans toute leur charmante candeur, n’en disent pas moins beaucoup sur l’Amérique de son temps.

MO1

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A.N. Samokhvalov - Blue twilight (1960) La veillée du dimanche. Deux oeuvres du peintre et illustrateur russe Alexander Nikolaevich Samo...