In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 24 novembre 2019

R.F. - The Americans
La veillée du dimanche. Deux clichés de Robert Frank (1924-2019), photographe et cinéaste suisse naturalisé américain, disparu récemment. Né à Zurich, il émigre aux États-Unis en 1947 et, sur les conseils de Walker Evans, sillonne le pays de 1955 à 1956 avec sa femme et ses enfants.
De ce voyage naîtra The Americans (1958), livre mythique qui dresse un portrait sans fard de l’Amérique d’après-guerre : bars, autoroutes, juke-boxes, visages anonymes… 
Pas de spectaculaire, mais une suite d’images abruptes, parfois mélancoliques, qui révèlent les fractures sociales, raciales et culturelles d’un pays en pleine transformation.
Proche des artistes de la Beat Generation, il voulait, disait-il, « un documentaire contemporain dont l’impact visuel le dispenserait de commentaires ». 
R.F. - The Americans

Cette série de 83 clichés, publiée en France dès 1958, allait profondément influencer la photographie documentaire. Frank s’affranchit des conventions photographiques de l’époque : cadrages obliques, contrastes rugueux, flous assumés, comme si la spontanéité comptait davantage que la perfection formelle. Cette liberté de regard influencera toute une génération de photographes, notamment ceux de la street photography et du documentaire social.
« Of all the photographs in The Americans, I think there were only two or three photographs where I did talk to the person, but most of the time I was completely silent, walking through the landscape, through the city, and photographing and turning away. Well, that is my temperament, to be silent, just looking on...» 
Robert Frank n’a pas seulement photographié l’Amérique : il en a fixé une impression, une inquiétude, une époque.
 © Veilleur de Nuit – 2019

dimanche 26 août 2018

Ernst Haas - Last D.P. boat (1950)

La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe austro-américain Ernst Haas (1921-1986), déjà présenté ici en octobre 2011. Né à Vienne et formé d’abord à la peinture, Haas rejoint Magnum après la guerre grâce à Robert Capa, et s’installe à New York en 1950. S'il est surtout connu pour avoir contribué à renouveler la photographie couleur dans les années 1950, Haas fut aussi, dans l'immédiat après-guerre, un photographe documentaire attentif aux drames humains de son époque.

E.H. - White Sands, New Mexico
(1952)
La première photographie montre l’arrivée à Ellis Island, en 1950, du dernier D.P. boat (« Displaced Persons boat »), transportant des réfugiés européens admis aux États-Unis après la Seconde Guerre mondiale dans le cadre du Displaced Persons Act de 1948. Polonais, Lituaniens, Tchèques, survivants des camps ou travailleurs forcés déplacés pendant la guerre, notamment parmi les Ostarbeiter, ils arrivent dans un pays qui se présente alors comme une terre d’accueil et de recommencement.
« ...the modern composite nation, form’d from all, with room for all », écrivait Walt Whitman.
Des mots qui expriment l’idéal d’une nation construite par la diversité des parcours et des origines, et auxquels cette photographie de Haas, prise au moment où ces hommes et ces femmes arrivent en Amérique, donne une réalité.
 © Veilleur de Nuit – 2018

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