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| Edward Hopper - Nighthawks (1942) |
Une image et des mots. "Même si la première flèche a atteint notre cœur, nous pouvons empêcher la seconde de s’y ficher", écrit le moine bouddhiste Koike Ryûnosuke.
Pour accompagner ce célébrissime tableau de Hopper, quelques lignes du philosophe Michael Foessel, extraites de son ouvrage "Le temps de la consolation"(2015).
La consolation vient toujours trop tard.
C’est après la perte, une fois que le mal est fait, que le réconfort est dispensé. Dans ce retard temporel s’ancre la séparation spatiale entre le consolateur et le consolé : le premier n’a pas été présent à la douleur du second, c’est pourquoi il en est réduit à tenter de rejoindre par des mots ou par des gestes une conscience malheureuse qui lui demeure étrangère. Si la douleur isole spatialement le sujet qu’elle affecte, c’est d’abord parce qu’elle l’enferme dans une épreuve impartageable du temps. Face à cette double séparation, consoler, c’est à tous égards franchir une limite. Limite entre deux consciences dont les temporalités sont distinctes (l’une est dans le malheur, l’autre pas) et limite entre deux corps marqués par des émotions distinctes.
