In girum imus nocte et consumimur igni

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samedi 5 avril 2025

Edward Hopper - Nighthawks (1942)
Une image et des mots. "Même si la première flèche a atteint notre cœur, nous pouvons empêcher la seconde de s’y ficher", écrit le moine bouddhiste Koike Ryûnosuke.
Pour accompagner ce célébrissime tableau de Hopper, quelques lignes du philosophe Michael Foessel, extraites de son ouvrage "Le temps de la consolation"(2015).

La consolation vient toujours trop tard.
C’est après la perte, une fois que le mal est fait, que le réconfort est dispensé. Dans ce retard temporel s’ancre la séparation spatiale entre le consolateur et le consolé : le premier n’a pas été présent à la douleur du second, c’est pourquoi il en est réduit à tenter de rejoindre par des mots ou par des gestes une conscience malheureuse qui lui demeure étrangère. Si la douleur isole spatialement le sujet qu’elle affecte, c’est d’abord parce qu’elle l’enferme dans une épreuve impartageable du temps. Face à cette double séparation, consoler, c’est à tous égards franchir une limite. Limite entre deux consciences dont les temporalités sont distinctes (l’une est dans le malheur, l’autre pas) et limite entre deux corps marqués par des émotions distinctes.

dimanche 24 janvier 2021

Edward Hopper - At the window (1940)
La veille du dimanche. Deux œuvres de Edward Hopper (1882-1967), l’une des grandes figures de la peinture américaine du XXᵉ siècle. Formé à la New York School of Art auprès de Robert Henri, figure majeure de l'Ash Can School et du réalisme urbain, Hopper découvre aussi la peinture française lors de plusieurs séjours à Paris, notamment Degas et les impressionnistes.

E.H. - Cape Cod in October (1946)
Souvent estampillé – dans toutes les langues –, "peintre de la solitude", Hopper peint l’Amérique ordinaire : stations-service, motels, maisons isolées, scènes de rue ou intérieurs anonymes. Mais les couleurs sont parfois étranges, et ses personnages semblent captifs d’une attente dont on ne sait rien.
Pour cette publication, j’ai préféré aux  célébrissimes Nighthawks ou Gas deux tableaux moins souvent reproduits, mais qui disent tout autant les deux grands thèmes de son univers :
le paysage américain et cette forme de déréliction muette qui semble habiter ses personnages.
« Maybe I am not very human.. What I wanted to do was to paint sunlight on the side of a house.»
Dans un monde agité, bruyant, saturé d’images, Hopper persiste à peindre l’immobile, le non-événement ; il nous arrête devant presque rien : une fenêtre éclairée, une route vide, un personnage figé. C’est peut-être là que réside la force singulière de sa peinture.

samedi 22 septembre 2018

E. Hopper - A room in New York (1940)
Une image et des mots. « La violence est ce qui ne parle », disait Deleuze.
L’anthropologue Véronique Servais, chargée de cours en anthropologie de la communication à l’Université de Liège, propose une réflexion très intéressante sur le malentendu comme système de communication.
Dans le modèle télégraphique, la communication est considérée comme réussie lorsque le message envoyé et le message reçu sont identiques. Dans le cas contraire, c’est que le récepteur a mal compris ou que l’émetteur s’est mal fait comprendre. 
Véronique Servais renverse cette perspective : le malentendu ne serait pas un accident de la communication, mais sa structure fondamentale. Vouloir l’éliminer à tout prix serait donc vain, voire désastreux.
Vivre ensemble, ce serait alors accepter de ne pas toujours se comprendre. Franco La Cecla, dans Le malentendu (Balland), ne dit pas autre chose : malentendus entre les êtres, malentendus entre les cultures… Il faut accepter que nos paroles et nos intentions puissent ne pas être comprises, et faire avec. Ou pas. Dans ce cas, on choisit de se taire.
L’image, c’est ce tableau d’Edward Hopper, peintre de la solitude et du silence : A Room in New York (1940).

dimanche 26 janvier 2014

R. Tushman - Green bedroom (2013)
La veillée du dimanche. Deux œuvres de l'Américain Richard Tuschman (b.1956), issues de sa série Hopper Meditations, réponse photographique au travail du peintre new-yorkais. Originaire du Midwest, Tuschman étudie à l’Université du Michigan avant de s’installer à New York, où il travaille d’abord dans la photographie publicitaire et l’illustration, puis développe une pratique personnelle nourrie par la peinture, la littérature et le cinéma.
Pour ses séries inspirées de l’univers d’Edward Hopper, il construit dans son atelier des dioramas miniatures, à l’échelle d’une maison de poupée, qu’il peint et photographie avant de les associer par montage numérique à des portraits de modèles réels.
 
R.T. - Hotel by railroad (2012)
Il accorde une attention particulière à la lumière, héritée aussi bien des grands maîtres de la peinture que du théâtre et du cinéma.
« Hopper était un maître dans l’art d’utiliser la lumière pour éclairer son sujet de manière expressive. J’aime aussi le fait que presque tous ses personnages soient contemplatifs. Pour l’essentiel, il ne s’y passe rien. Cette tranquillité laisse au récit une part d’ouverture et permet d’y introduire une véritable profondeur émotionnelle. C’est cela que j’aimerais transposer dans mon propre travail. » Pour découvrir ce travail, c'est ICI.

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