In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 8 février 2026

Y. Karsh - Winston Churchill (1941)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe portraitiste canadien Yousuf Karsh (1908-2002), né en Arménie ottomane et réfugié au Canada à l’adolescence, où il deviendra l’un des portraitistes les plus célèbres du XXᵉ siècle.
Installé à Ottawa, il ouvre très tôt son studio et se forge une réputation qui va rapidement dépasser les frontières.
Y.K. - Martin Luther King
(1962)

Deux portraits, donc. D'abord celui de Winston Churchill, non seulement parce que c'est celui qui en 1941 a fait sa renommée, mais aussi parce que dans les plus de dix mille portraits qu'a réalisés Karsh, autant privilégier ceux de personnalités que j'admire.
Martin Luther King en fait lui aussi évidemment partie. Mais comment peut-on admirer à la fois un guerrier et un pacifiste ? Serait-ce que mon panthéon est décousu ? The answer, my friend, is blowing in the wind....
W. Blake - The wandering moon (1816)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de William Blake (1757-1827), poète, graveur et peintre anglais, difficile à faire entrer dans une case. Trop singulier pour son époque, trop visionnaire pour les catégories habituelles, il avance seul, nourri autant par la Bible que par ses propres visions. Il écrit, dessine, grave et imprime lui-même ses livres, mêlant texte et image dans un même geste, comme si l’un ne pouvait pas aller sans l’autre.

Son travail s’inscrit à la marge du romantisme, mais sans le pittoresque ni le sentimentalisme que l’on y associe souvent. 


W.B. - Midsummer night's dream (1786)

Chez Blake, tout est symbole, tension, apparition. Les corps semblent parfois raides, presque maladroits, mais cette étrangeté fait partie du langage – rien n’est là pour plaire, tout sert à dire autre chose.

Ce qui me frappe avec ses illustrations, c’est cette impression de regarder non pas une scène, mais avant tout une pensée en train de prendre forme. William Blake ne décrit pas le monde et ses figures ne racontent pas une histoire : elles affirment une vision. On peut rester à distance, dérouté, ou juste accepter de se laisser traverser par ces images comme par un texte obscur.

samedi 7 février 2026

L.D. - Mannequins, Nevada (1955)
Une image et des mots. Le cliché, pris sur le site de tests nucléaires de Yucca, dans le Nevada, est de l'américain Loomis Dean (1917-2005). Les mots pour aller avec sont de la philosophe Laure Devillairs, extraits de "La splendeur du monde" (2024) :

" Faut-il une disposition particulière pour aimer ce monde ? Doit-on être idéaliste pour voir en tout de la beauté ? Si l’on entend par ce mot le courage de croire qu’il demeure quelque chose à vivre de grand et d’inentamé, alors, oui, être capable de voir le beau témoigne d’idéalisme.
Ce n’est toutefois pas être aveugle à la laideur, qu’elle soit morale ou esthétique.
C’est nourrir la certitude que désespérer est trop facile. L’idéalisme n’autorise ni la naïveté ni le cynisme. Cette vie n’est ni l’enfer, où tout serait perdu, ni le paradis, où rien n’aurait besoin d’être défendu. C’est un fragile entre-deux, où il nous revient d’entrevoir parfois la beauté.
Ce n’est pas un luxe réservé à quelques privilégiés, artistes ou explorateurs.
C’est un salut à portée de nos yeux. Car lorsque ce monde nous offre sa beauté, ce n’est pas une simple consolation : c’est une guérison. Nous sommes relevés d’une chute, revenus d’un exil."

samedi 31 janvier 2026

Peter Turnley - New York (2013)
Une image et des mots. Un cliché du photographe américain Peter Turnley, et quelques vers d'Emma Lazarus, extraits de son poème The New Colossus (1883).

"Give me your tired, your poor,
Your huddled masses yearning to breathe free,
The wretched refuse of your teeming shore.
Send these, the homeless, the tempest-tossed to me,
I lift my lamp beside the golden door!"

dimanche 25 janvier 2026

A. Sisley - Neige à Louveciennes (1878)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre Alfred Sisley (1839-1899), déjà présenté en août 2019. Né à Paris de parents britanniques, Sisley passe la majeure partie de sa vie en France, sauf trois années à Londres pour des études commerciales. Il se forme à l’École des Beaux-Arts de Paris dans l’atelier de Charles Gleyre, où il rencontre Monet, Renoir et Bazille, compagnons de travail et d’inspiration.

A.S. - Au bord du Loing (1891)

Attentif à la lumière et aux atmosphères changeantes, Sisley s'est presque exclusivement consacré au paysage, observant avec minutie les rivières, les champs et les villages qui l’entouraient. Ses rares figures humaines - comme ici - se fondent dans le paysage, renforçant la primauté de la nature dans son œuvre. À travers sa peinture, Alfred Sisley illustre le quotidien du XIXᵉ siècle français, des scènes de campagne aux bords de Seine, tout en explorant la poésie de l’instant et la variation des conditions lumineuses.

dimanche 18 janvier 2026

Nick Hedges - Manchester (1972)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe britannique Nick Hedges (1943-2025).
Formé au Birmingham College of Art, Hedges commence à photographier la pauvreté urbaine à la fin des années 1960, alors qu’il est encore étudiant.
Très vite, son travail attire l’attention de Shelter, organisation caritative engagée dans la lutte contre le mal-logement, qui l’emploie entre 1968 et 1972 comme photographe et chercheur.
Pendant ces années, Hedges sillonne l’Angleterre et l’Écosse et documente, de l’intérieur, les conditions de vie dans des logements jugés « impropres à l’habitation » : maisons condamnées, pièces surpeuplées, murs rongés par l’humidité, absence de chauffage ou de lumière. Si ses images montrent surtout des femmes et des enfants, ce n'est pas par choix du photographe – ni politique, ni esthétique – mais parce que les hommes refusaient souvent d’être photographiés, par honte ou par fatigue.

N.H. - Cour d'immeubles, Glasgow (1971)
La force de ces photographies tient à leur retenue. Rien n’est mis en scène. Hedges prend le temps de parler avec ceux qu’il photographie, d’entrer chez eux, de comprendre les lieux avant de les montrer. Les corps sont présents, mais toujours liés à l’espace : la photographie décrit autant une architecture de la pauvreté qu’une expérience humaine.
Utilisées dans la campagne nationale Face the Facts, ces images ont contribué à modifier le regard du public britannique sur le logement social et ont joué un rôle dans l’évolution de la législation, jusqu’au Housing (Homeless Persons) Act de 1977.
Longtemps invisibles, mises sous embargo par le photographe lui-même pour protéger ses sujets, elles ne seront redécouvertes publiquement qu’à partir des années 2010.
Le travail de Nick Hedges ne cherche ni l’émotion facile ni l’indignation spectaculaire. Il montre, calmement, comment l’on vit – et comment l’on a vécu – dans ces lieux. Comme l’a résumé Ken Loach, ces images sont à la fois profondément humaines et des preuves : elles témoignent d’une vulnérabilité partagée, mais aussi d’une dignité qui persiste malgré tout.

Shellie Garber - Still waters (2025) Une image et des mots. Un tableau de l'artiste américaine Shellie Garber.