In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 30 novembre 2014

A. Petersen - Café Lehmitz
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe suédois Anders Petersen, figure majeure de la photographie européenne contemporaine.
Né à Solna, il est formé à Stockholm auprès de Christer Strömholm (voir sept. 2013), dont l’influence sera décisive. Mais l’expérience fondatrice a lieu plus tôt, à Hambourg, où, très jeune, il découvre les quartiers de Sankt Pauli. Il y retourne à la fin des années 1960 et fréquente assidûment le Café Lehmitz, dont il photographie les habitués – marins, prostituées, marginaux – dans une proximité rare. Le livre Café Lehmitz, publié en 1978 et où figurent ces deux clichés, est aujourd’hui considéré comme un classique.

A.P. - Café Lehmitz
Petersen travaille toujours de l’intérieur. 
Il partage le temps, l’espace, souvent la nuit, avec ceux qu’il photographie. Ses images, en noir et blanc, serrées, prises au flash, ne cherchent ni à expliquer ni à démontrer. Elles montrent juste. Lui-même s’en tient à peu de mots – « it is what it is ». Cette retenue n’est pas une pose : elle laisse aux images leur force propre.
Il a depuis poursuivi ce travail dans d’autres lieux clos – prisons, hôpitaux psychiatriques, maisons de retraite – toujours avec la même attention aux êtres, à leur solitude, à leur manière d’exister. Chez Anders Petersen, rien de spectaculaire : seulement des visages, des corps, des gestes, saisis au plus près comme si ceux qu’il photographie acceptaient de se montrer tels qu’ils sont, sans défense.
MP1

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samedi 29 novembre 2014

Oronce Fine - Le monde dans une tête de fou
(16e s.)
Une image et des mots.
L'image est de l'astronome, cartographe et mathématicien français Oronce Fine (1494-1555).
Les mots pour l'accompagner sont extraits de La Nef des Fous, un ouvrage satirique du poète strasbourgeois de langue allemande Sebastian Brant, publié pour la première fois à Bâle en 1494 ; il y dresse, en 112 chapitres versifiés, un catalogue quasi exhaustif de la folie du monde.

Sagesse n'est plus honorée
L'honnête est le dernier servi
Est mis à la portion congrue,
Il ne faut plus parler de lui ;
Et qui n'aspire qu'aux richesses,
Habile à s'enrichir bien tôt,
Fait l'usurier, nuit, tue, se damne,
Est félon contre son pays.
Il en va ainsi par le monde :
L'argent fait de méchantes gens.
Justice au plus riche est vendue
Et l'argent, il vous ferait pendre
S'il n'aidait pas à vous dépendre ;
Pour lui reste impuni le crime.
Te le dis tel que je le pense :
Au gibet pend menu fretin.
(§ Du mépris de la pauvreté)

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dimanche 23 novembre 2014

Lucien Clergue - New York (1961)

Le vide-grenier du dimanche. New York le jour, New York la nuit, deux clichés de Lucien Clergue (1934-2014), qui vient de s'éteindre le 15 dernier.
Né à Arles, il y fait la connaissance de Picasso à l'occasion d'une corrida, et il restera son ami jusqu'à la disparition du peintre. Cette rencontre, et celle de Cocteau, va éveiller son goût pour la poésie et le surréalisme.

L.C. - Night in NY (1977)
Il est le premier photographe élu à l'Académie des Beaux-Arts de l'Institut de France, en 2006. Auparavant, en 1979, il aura été le premier autodidacte à être reçu docteur ès lettres avec option « photographie » ; sa thèse n'est pas écrite avec des mots, elle ne comporte que des photographies, elle est écrite avec la lumière. Faute d'antithèse, c'est un commentaire de Roland Barthes - membre du juty - qui en fait office.
Saint-John Perse m'a dit une chose formidable : ne pas faire un album d'images fortuitement assemblées mais faire "oeuvre d'auteur"; cet aspect de classification est capital et c'est ce que m'a confirmé plus tard Roland Barthes en me rappelant ce que nous avons appris de Claude Lévi-Strauss, que tout classement est un discours.

BP1

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dimanche 16 novembre 2014

Julius von Klever - Fin d'automne (1912)
 Le vide-grenier du dimanche. Deux toiles du peintre paysagiste russe, d'origine allemande, Julius (ou Yuri) von Klever (1850-1924).

J. von K. - Village de pêcheurs (1892)

Après ses études secondaires, il entre en 1867 à l'Académie impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg en classe d'architecture puis de dessin, où il sera l'élève de Mikhaïl Klodt, un des membres fondateurs des Ambulants (les Peredvijniki) qui devra lui aussi faire ici l'objet d'une publication. L'oeuvre de von Klever se distingue par ses représentations romantiques de la nature, des scènes paisibles de campagne, de forêts et de rivières dont il capturait toute la beauté sereine avec un souci scrupuleux du détail.

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