In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
eiπ + 1 = 0

samedi 1 juin 2019

Sorrowing Adam, ivoire, art byzantin 10-11e siècle
Une image et des mots. "Sorrowing Adam", plaque d'ivoire byzantine du 10ème-11ème siècle (7 x 8 x 0,8 cm), conservée au Walters Art Museum de Baltimore,

"…. Je peux reconnaître que la mer et le vent ne manqueront pas de me survivre et que l’éternité se soucie peu de moi.
Mais qui me demande de me soucier de l’éternité ? Ma vie n’est courte que si je la place sur le billot du temps.
[…..] tout ce qui m’arrive d’important et tout ce qui donne à ma vie son merveilleux contenu :
la rencontre avec un être aimé, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer à la voile, la joie que l’on donne à un enfant, le frisson devant la beauté, tout cela se déroule totalement en dehors du temps. Car peu importe que je rencontre la beauté l’espace d’une seconde ou l’espace de cent ans. Non seulement la félicité se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie
."
Stig Dagerman, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier (1952)

AV2
ICI

dimanche 26 mai 2019

A.A. - Tiburon, California (1957)

Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe américain Ansel Adams, déjà présenté en octobre 2009 et en décembre 2018. Pionnier de la photographie de paysages, qu'il élève au rang d'art grâce à sa grande maîtrise technique - en particulier sur le contrôle de l'exposition avec son invention du zone system -, il était aussi un défenseur passionné de la protection de l'environnement.

A.A. - Manzanar, Californie
Ansel Adams a utilisé sa notoriété pour sensibiliser le public aux questions de conservation et a contribué à la création de plusieurs parcs nationaux.
The whole world is, to me, very much "alive" - all the little growing things, even the rocks. I can't look at a swell bit of grass and earth, for instance, without feeling the essential life - the things going on - within them. The same goes for a mountain, or a bit of the ocean, or a magnificent piece of old wood.
Son oeuvreà la fois expression artistique et plaidoyer écologique, demeure l’un des aspects les plus puissants de cet engagement.

HH1
ICI

samedi 25 mai 2019

Guy Rose - Carmel shore (1919)
Une image et des mots. "Carmel shore" (1919) est une toile du peintre impressionniste américain Guy Rose (1867-1925), ami de Claude Monet. 
Je l'ai choisie pour illustrer ces vers de la poétesse américaine (d'origine anglaise) Denise Levertov (1923-1997):

The sea’s repeated gesture

Stroking its blue shore
throughout the night, patient, patient,
determined rhetoric that never
persuades, the rocks unwilling
to be pebbles, nights and days and
centuries passing before the pebbles
dwindle to join the sand, the sand itself
at last barring the sea’s way
into the land, an island
forming from the silt. Yet still
all this night and all
the nights of our life the sea
stoking its blue shore,
patient, patient.


Denise Levertov

***

Le geste répété de la mer

Caressant son rivage bleu
tout au long de la nuit, patiente, patiente,
rhétorique entêtée qui jamais
ne persuade, les rochers ne voulant pas
être galets, les nuits et les jours et
les siècles s’écoulant avant que les galets
ne soient réduits en sable, le sable
enfin barrant le chemin de la mer
à l’intérieur des terres, une île
se formant du limon. Néanmoins
cette nuit toute entière et toutes
les nuits de notre vie la mer
caressant son rivage bleu,
patiente, patiente.
SC1

ICI

dimanche 19 mai 2019

Wout Schram - Still life with bottle (nd)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres, deux natures mortes, du peintre néerlandais Wouter Jorinus Bernardus 'Wout' Schram (1895-1987), formé à la Rijksacademie d'Amsterdam, où il a bénéficié de l'enseignement de maîtres tels que Antoon Derkinderen et Nicolaes van der Waay, que je présenterai sans doute - pour le second - dans une future publication.

WS - Stilll life with fruit (nd)
Ses natures mortes, composées souvent d'objets aux formes simples, sont caractérisées par le soin extrême apporté à leur placement, et par l'adoption assez inhabituelle d'un point de vue en plongée ; aucun élément n'en cache un autre, tout est donné au regard, tout est offert à l'observation.
J’ai toujours aimé les natures mortes, qu’elles soient espagnoles, flamandes ou hollandaises. Plus que pour la virtuosité qu’elles exigent, surtout pour la dignité qu'elles donnent à l’ordinaire : un bol, un fruit, un ustensile sont soudain objets de contemplation. Les natures mortes sont aussi des témoins précieux qui disent les goûts d’une époque, ses usages et ses aspirations, son rapport au savoir, à la matière, à la vie quotidienne. Dans le regard de Schram comme chez bien d’autres, on assiste - dans cette célébration virtuose du quotidien - au surgissement de la beauté du plus trivial.

BB2 ICI