In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 11 août 2013

M. White - Windowsill (1958)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe américain Minor White (1908-1976). Tourmenté par une homosexualité qu’il cherchait à dissimuler à une époque où elle pouvait ruiner une carrière, il se réfugie très tôt dans l’écriture et tient un journal, Memorable Fancies, où il consigne pensées et poèmes tout en poursuivant des études de botanique.

M.W. - Two barns and a shadow (1955)
Lorsqu'il se tourne vers la photographie, Minor White est influencé par Ansel Adams et sa théorie du Zone System : netteté rigoureuse, maîtrise des contrastes - chaque détail compte.
Mais marqué aussi par l’abstraction lyrique, , il ne cherche pas seulement à décrire le réel.
Dans les formes, les matières, les jeux d’ombre ou de lumière, il tente de faire apparaître autre chose que ce qui est simplement visible. Ses photographies sont plus que des images : elles deviennent des métaphores, les signes d’un monde intérieur que les apparences dissimulent.
« Je photographie les choses non comme elles sont, mais tel que je suis. » 
Pour lui, photographier, c’est donc être attentif à ce qui se passe entre soi et le monde. On ne sait pas toujours ce que c’est, mais ce lien suffit. Plutôt que de capturer une image, il attend qu’elle se révèle ; chacune, selon lui, doit contenir une vie entière. Dans cette quête de l’essence du monde, il rejoint Paul Klee, pour qui l’art consiste à « rendre visible l’invisible ».
One does not photograph something simply for what it is, but for what else it is. [...] No matter how slow the film, Spirit always stands still long enough for the photographer It has chose.
GH1

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dimanche 4 août 2013

Paul Delvaux - Solitude (1955)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du belge Paul Delvaux (1897-1994), formé à l'Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles. Après des débuts marqués par le postimpressionnisme, puis une brève période influencée par James Ensor, son compatriote expressionniste, c'est - comme pour Magritte -, la découverte de Giorgio de Chirico avec Mélancolie et mystère d'une rue qui oriente Paul Delvaux vers le surréalisme.

P. D. - Paysage aux lanternes
(1958)
Mais plutôt que de surréalisme, c’est de « réalisme magique » – comme chez Carel Willink (voir octobre 2010) – qu’on parle à propos de son œuvre, dont l’atmosphère est immédiatement reconnaissable. « Je voudrais peindre un tableau fabuleux dans lequel je pourrais vivre. »
Des femmes hiératiques, parfois nues, les yeux ouverts mais comme absents. Des gares, des villes, des places traversées de colonnes et de statues. Un monde très construit, mais presque déserté... « Je voulais peindre la poésie du silence. »
Chez Delvaux, tout semble figé, suspendu : quelque chose va, ou vient de se produire... « Je n’ai jamais voulu raconter quoi que ce soit. Je montre des choses. C’est tout. »
Il meurt à 97 ans, en 1994, en laissant derrière lui une œuvre immédiatement identifiable, entre la rigueur et le rêve.
RS1
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samedi 3 août 2013

Sebastiao Salgado - A desert on fire (1991)
Une image et des mots. L'image, c'est une photo prise par Salgado d'un puits de pétrole en feu, au Koweit.
Les mots sont de Marguerite Duras, et proviennent d'une interview donnée en 1986 au journal belge Le Matin, quelques jours après l'accident de Tchernobyl.

"Maintenant on pourrait presque enseigner aux enfants dans les écoles comment la planète va mourir,
non pas comme une probabilité mais comme l'histoire du futur.

On leur dirait qu'on a découvert des feux, des brasiers, des fusions,
que l'homme avait allumés et qu'il était incapable d'arrêter.
Que c'était comme ça, qu'il y avait des sortes d'incendies qu'on ne pouvait plus arrêter du tout.
Le capitalisme a fait son choix : plutôt ça que de perdre son règne
."
DG3

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dimanche 28 juillet 2013

A. Colville - The River Thames (1974)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du canadien Alex Colville (1920-2013), disparu il y a quelques jours. Formé aux Beaux-Arts de Mount Allison University, il fut aussi soldat, chargé de documenter la guerre en Europe : une expérience décisive, qui marquera durablement sa manière de peindre, précise, silencieuse, tendue.
J'aime beaucoup son style, assez proche des précisionnistes américains des années 30.

A.C. - At the station (1953)
Après son mariage en 1942, il s’engage dans l’armée canadienne et devient artiste de guerre officiel.

C’est à ce titre qu’il découvre en 1945 le camp de Bergen-Belsen ; il peindra ensuite Corps dans une tombe (1946). Ce qu’il a vu le hantera toute sa vie.
De ses tableaux se dégage souvent un sentiment d’étrangeté ou d’inquiétude. Parfois de façon explicite, avec la présence d’un pistolet posé au premier plan (Pacifique, 1967) ; parfois plus discrètement, comme ici sur ce quai de gare où l’on devine davantage des adieux que des retrouvailles. Tout semble calme chez Colville, mais quelque chose demeure en suspens.
On a dit de lui qu'il peignait comme un sismographe, qui révèle ce qui tremble sous une apparente immobilité ; ses toiles sont  profondément narratives, pourtant elles ne racontent rien : c’est à nous de deviner ce qui se joue derrière ces gestes arrêtés, ces visages tournés ailleurs.
« Les choses sont mystérieuses, même quand on croit les voir clairement », disait-il.
«Je considère la vie intrinsèquement dangereuse. J'ai une vision très sombre du monde et des affaires humaines... L'anxiété est la norme de notre époque.»
Sur mes étagères : The Art of Alex Colville de Helen J. Dow (McGraw-Hill Inc., US), un très beau livre.

Peter Turnley - New York (2013) Une image et des mots. Un cliché du photographe américain Peter Turnley, et quelques vers d'Emma Lazaru...