In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 7 octobre 2012

S.S. -  East Harlem dinner

La veillée du dimanche. Deux clichés de l'Américain Steve Schapiro (b. 1934), qui a photographié certains des moments les plus marquants et les plus tendus de l'histoire américaine.
Élevé à Brooklyn, il découvre très tôt la photographie, fasciné par Henri Cartier-Bresson, avant de se former auprès de
W. Eugene Smith, dont le regard humain le marquera durablement.
Convaincu que « tout art est un point de vue », Schapiro voit dans la photographie une manière d’agir sur le regard porté au monde. Il donne parfois une forme de beauté à la dure réalité – la beauté pouvant devenir un outil de compassion – pour rendre visible ce qui, autrement, resterait dans l’ombre.

S.S. - The worst (1965)
À partir de 1961, il travaille pour Life, Look, Time, Newsweek ou Rolling Stone. Il photographie Harlem, les travailleurs migrants de l’Arkansas, les hippies de Haight-Ashbury, les mouvements pour les droits civiques, les marches de Selma et de Washington, où il saisit Martin Luther King au plus près.
Dans les années 1970, alors que le photo-essai décline dans la presse américaine, il se tourne vers le cinéma et devient photographe de plateau sur des films devenus cultes comme The Godfather, Taxi Driver ou Midnight Cowboy.
Il photographie aussi David Bowie, Andy Warhol, Barbra Streisand ou Muhammad Ali.
Admirateur de Cartier-Bresson, Schapiro travaille dans la discrétion... « Attendre, invisible, comme une mouche sur un mur, le moment d'émotion qui fait le bon cliché [....] l'image iconique qui révèle de façon honnête la personne et la situation ». Ce regard "fly‑on‑the‑wall", discret et attentif, donne à ses images une présence très particulière.

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samedi 6 octobre 2012

Klimt - Pinewood (1902)
Une image et des mots."Pinewood"(1902) de Gustav Klimt.
Et pour l'accompagner, une petite fable de Stevenson.

Once upon a time there came to this earth a visitor from a neighbouring planet.
And he was met at the place of his descent by a great philosopher, who was to show him everything.
First of all they came through a wood, and the stranger looked upon the treees.
- “Whom have we here?” said he.
- “These are only vegetables”, said the philosopher. “They are alive, but not at all interesting.”
- “I don’t know about that,” said the stranger. “They seem to have very good manners. Do they never speak?”
- “They lack the gift”, said the philosopher.
- “Yet I think I ear them sing”, said the other.
- “That is only the wind among the leaves”, said the philosopher. “I will explain to you the theory of winds: it is very interesting”.
- “Well”, said the stranger, “I wish I knew what they are thinking.”
- “They cannot think”, said the philosopher.
- “I don’t know about that”, returned the stranger; and then, laying his hand upon a trunk;
“I like these people”, said he
.

***

Il était une fois un visiteur qui arriva d’une planète voisine sur cette terre. Vint le chercher,
à l’endroit où il était descendu, un grand philosophe qui devait lui montrer tout ce qu’il y avait à voir.
Tout d’abord ils traversèrent un bois et l’étranger posa son regard sur les arbres.
- « Qui avons-nous ici ?», demanda-t-il.
- « Ce ne sont que des végétaux », répondit le philosophe. « Ils sont vivants, mais pas du tout intéressants. »
- « Je n’en suis pas si sûr », rétorqua l’étranger. « Ils semblent avoir de bonnes manières. Ils ne parlent jamais ? »
- « Ils n’ont pas le don de la parole », répondit le philosophe.
- « Pourtant il me semble les entendre chanter », observa l’autre.
- « Ça c’est seulement le vent dans leurs feuilles », énonça le philosophe. Je vous expliquerai la théorie des vents. C’est très intéressant. »
- « Eh bien, j’aimerais savoir ce qu’ils pensent. »
- « Ils sont incapables de penser », dit le philosophe.
- « Je n’en suis pas si sûr », reprit l’étranger ; puis, posant la main sur un des troncs, il dit :
- « J’aime ces gens-là. »
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dimanche 30 septembre 2012

E.E. - Couple endormi (1953)

La veillée du dimanche. Deux clichés d'Ed van der Elsken, (1925-1990), photographe et cinéaste néerlandais au regard très personnel. Né à Amsterdam, il s’installe à Paris en 1950 pour travailler comme tireur de laboratoire chez Magnum Photos. Il y découvre un univers bohème, peuplé de figures marginales, attachantes et humaines, qui restera très présent dans son œuvre.
En 1956, il publie Love on the Left Bank, un livre photographique entre documentaire et fiction.
À travers l’histoire romancée d’une jeune femme à Paris, incarnée par l’artiste australienne Vali Myers, il construit un récit à l’esthétique presque cinématographique, qui mêle étroitement réel et fiction d’une manière alors peu courante.

E.E. - Temple, Tokyo
 En 1959, lors de son premier voyage au Japon, Van der Elsken noue des liens étroits avec Eikoh Hosoe et le groupe VIVO.
Ces échanges élargissent son horizon et renforcent son goût pour l’expérimentation. Son travail, souvent proche de l’esthétique du snapshot, se caractérise par une grande spontanéité et une forme de liberté formelle.
Il traduit à sa manière une expérience immédiate du monde, celle que Werner Bishof (voir juin 2009) appelait le « vrai visage du monde ».

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dimanche 23 septembre 2012

M.T. Liepke - In her arms (2001)
La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre figuratif américain Malcolm T. Liepke (b.1953). Autodidacte, il se forme en regardant les œuvres de Sargent, Whistler, Degas ou Velázquez, dans une recherche de sensibilité à la fois classique et moderne.
Souvent, dans l'intimité de l'alcôve ou la solitude de bars bondés, ses scènes explorent les relations amoureuses, la tendresse, l’abandon ou la désillusion.

« Although I do think about the things I am expressing, I try to make it as direct as I can - I try not to get in the way of the emotions... In essence, I believe that no matter how alone we may feel in the world, we all share the same human experiences. We all have the same basic needs for connection, love, and understanding.[....]

M.T. Liepke - Embrace (1995)
[....] I try to reach those universal needs; it's what's primal in art. I try to say it through mood, color, atmosphere, and texture. It's difficult to express through words things that are so beautiful that they have no words. I can't explain it. I have to paint it

Sous les coups de brosse affirmés, la texture est épaisse.
Les nuances, parfois brutes et comme délibérément malhabiles, me semblent finalement en accord avec les sentiments et les émotions qu’elles dépeignent.
« The biggest thing about my art is getting my mind to open to the point where it comes tumbling out. I can't think about brushstrokes. If I think too consciously, my arm freezes up
Mais au fait......, Malcolm Liepke connait-il le travail de Ed Van der Elsken ?

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