In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
eiπ + 1 = 0

dimanche 15 mai 2011

T. Nishimura - du triptyque Ultimate (1970)
La veillée du dimanche. Deux clichés de Tamiko Nishimura (b.1948), figure discrète mais importante de la photographie japonaise des années 1970.Formée à l’université des beaux-arts de Tokyo, elle travaille quelque temps auprès de Daidō Moriyama et appartient à cette génération de photographes japonais qui, après la guerre, cherchent à s’éloigner des formes traditionnelles du documentaire. Nishimura photographie les rues, les voyages, les visages croisés, les gestes ordinaires.

T. N. - Shibetsu, Hokkaido (c.1970)
Son noir et blanc, souvent granuleux, traversé de flous et de contrastes violents, restitue moins ce que l’on voit qu’une impression fugitive.
Ses photographies donnent parfois le sentiment d’un monde un peu instable, où l’on ne sait pas toujours exactement ce que l’on regarde.
« La photographie est une forme d'art qui peut transcender les limites de la réalité. Je veux utiliser cette puissance pour capturer l'essence de la vie et la beauté du monde qui nous entoure. Je photographie pour faire connaître le monde que je ne vois pas. Et j'essaie de le rendre visible.»
La première photographie, Tōhoku, Aomori (1970), est l’une des trois que Nishimura préfère parmi toutes celles qu’elle a prises. Elle est aussi, à mes yeux, particulièrement troublante.
Cette main qui paraît flotter devant le visage, sans appartenir tout à fait au même espace, est-elle celle de la jeune femme qui, dos au vent, tente de ramener ses cheveux ? Toute l’image tient dans cette étrange incertitude.
HN1
ICI

dimanche 8 mai 2011

A. Stevens - Mappemonde
La veillée du dimanche. Deux oeuvres du belge Alfred Stevens (1823-1906), surtout connu pour ses scènes de la vie mondaine et ses figures féminines. Élève d’Ingres, ami de Manet, Il peint aussi bien les scènes élégantes du Second Empire que la pauvreté – voir par exemple C’est ce qu’on appelle le vagabondage, conservé au musée d’Orsay.
Stevens se spécialise surtout dans les figures féminines : femmes du monde surprises dans leur intimité, rêveuses ou mélancoliques, dans des intérieurs raffinés qui disent à la fois le luxe d’un monde et son enfermement.
Au faîte de sa célébrité, alors que rien ne l’y oblige, il demande pourtant au maire de Paris l’autorisation de s’engager dans la Garde nationale pendant le siège de 1870. « Je suis à Paris depuis vingt ans, j’ai épousé une Parisienne, mes enfants sont nés à Paris ; mon talent, si j’en ai, je le dois en grande partie à la France. »
A.S. - Symphonie en vert
(1892)

Ces deux femmes ont reçu une lettre. Le premier tableau, Mappemonde, porte d’ailleurs aussi le titre de Nouvelles de l’absent. Le pli a été ouvert à la hâte ; puis la lettre abandonnée, tandis que le regard se perd dans de lointaines géographies. La dame en vert, elle aussi, semble absente au monde, regardant sans le voir l’oiseau posé à sa fenêtre.
La rêverie, écrit Flaubert dans Madame Bovary, est une chambre d'écho où l'âme fait vibrer les sons lointains qu'elle y a entendus.
Il y a ainsi dans la peinture mondaine d'Alfred Stevens autre chose qu’une simple image d’apparat : comme une mélancolie diffuse qui peut parfois faire penser aux atmosphères d’un Vilhelm Hammershøi (voir janvier 2010). Admiré de son vivant puis longtemps délaissé, Alfred Stevens apparaît aujourd’hui comme un remarquable peintre de l’attente, du silence et des pensées vagabondes.
CS1

ICI

samedi 7 mai 2011

Anon. - Trip to Mars, Carnival Circus (1911)
Une image et des mots. Que penser devant cette baraque de foire qui promet un voyage sur Mars pour quelques cents ? Métaphore du désir d’évasion et de connaissance, ou au contraire illustration d’une illusion qui maintient les foules dans un rêve inaccessible ?
Kant, dans son essai Qu’est-ce que les Lumières ? (1784), invite l’humanité à sortir de sa "minorité", cet état d’aveuglement intellectuel où l’on préfère croire ce que l’on nous propose plutôt que d’exercer notre raison. Cette attraction foraine pourrait alors illustrer le choix fondamental qui s’offre à chacun d'entre nous : 
céder à la facilité des récits prêts-à-penser, ou exercer notre raison, notre esprit critique, même si cela coûte effort, solitude parfois.

« Mais voilà que j'entends crier de tous côtés : " Ne raisonnez pas ! " L'officier dit : " Ne raisonnez pas, faites vos exercices ! " Le percepteur : " Ne raisonnez pas, payez ! " Le prêtre : "Ne raisonnez pas, croyez ! " [...] Les lumières se définissent comme la sortie de l'homme hors de l'état de minorité, où il se maintient par sa propre faute. La minorité est l'incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre. Elle est due à notre propre faute quand elle résulte non pas d'un manque d'entendement, mais d'un manque de résolution et de courage pour s'en servir sans être dirigé par un autre. "Sapere aude !" Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des lumières.»
Elle reste aujourd'hui d'une brûlante actualité...
EL1

ICI

E.L. - Les travaux aux champs (1918) La veillée du dimanche. Deux œuvres du peintre belge Eugène Laermans (1864-1940). J’ai eu plusieurs fo...