In girum imus nocte et consumimur igni

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samedi 2 mars 2024

Peter Lik - Phantom (2011)
Une image et des mots. L'image est un cliché du photographe australien Peter Lik (b.1959), pris dans l'Antelope Canyon, Arizona.
Phantom (la version noir et blanc de l'original couleur Ghost), s'est vendue le 9 décembre 2014 à Las Vegas au prix record de 6,5 millions de dollars ; elle serait donc aujourd'hui la photographie la plus chère au monde, détrônant le Rhein II d'Andreas Gursky (voir janvier 2021) réalisé et vendu en 2011 pour "seulement" 4,3 millions de dollars.
Pour aller avec, voici quelques lignes du poème Annunciation, de Denise Levertov (1923-1997).

Aren't there annunciations
of some sort or another
in most lives ?
Some unwillingly
undertake great destinies,
enact them in sullen pride,
uncomprehending.
More often
those moments
when roads of light and storm
open from darkness in a man or woman,
are turned away from
in dread, in a wake of weakness, in despair,
and in relief.
God does not smite them,
but the gates close, the pathway vanishes.

dimanche 3 janvier 2021

Richard Prince - Untitled Cowboy
La veillée du dimanche. Cette année, comme depuis plus de dix ans, je m’efforcerai de publier chaque dimanche deux œuvres d’un artiste que – la plupart du temps – j’aime assez pour m’intéresser à son travail. Aujourd’hui fait exception. Le propos de cette publication est de réveiller, sans y répondre, la sempiternelle question : qu'est-ce que l'art ? Qu'y-a-t-il de commun entre les chefs-d'œuvre de la Renaissance italienne et les sculptures de Jeff Koons ? 
A. Gursky - Rhein II (1999)

Ces deux clichés figurent, avec d'autres – ceux de Cindy Sherman notamment –, parmi les photographies les plus chères jamais vendues.
La première, Untitled (Cowboy) de Richard Prince, a été acquise en 2008 pour 3,4 millions de dollars chez Sotheby’s à New York. C’est une photographie d’une photographie : Richard Prince a simplement photographié une publicité Marlboro publiée dans un numéro du magazine Time, donnant à cette démarche le nom de "rephotography". L'auteur de l'image originale, rémunéré quelques centaines de dollars à l'époque, a tenté un procès, mais en vain.
Le second cliché est d'Andreas Gursky. Après avoir déjà dépassé plusieurs fois les 3 millions de dollars avec 99 Cents (voir publication d'octobre 2011), il bat en 2011 le record de la photographie la plus chère vendue aux enchères avec Rhein II, adjugée 4,3 millions de dollars chez Christie’s à New York. La photographie, prise en 1999, a été largement retravaillée numériquement : Gursky a notamment supprimé plusieurs éléments du paysage pour obtenir cette image presque abstraite du Rhin.
Deux œuvres qui, si elles ne nous apportent aucune réponse sur la nature de l'art, en disent long sur celle de son marché – et peut-être, plus largement, sur celle de notre monde.
Quant au Phantom de Peter Lik, ICI, il se serait vendu pour 6,5 millions de dollars.
 © Veilleur de Nuit – 2021

dimanche 23 octobre 2011

A. Gursky - Mayday V (2006)
La veillée du dimanche. Deux clichés de l'allemand Andreas Gursky (b.1955), formé à l’Académie des beaux-arts de Düsseldorf auprès des photographes Bernd et Hilla Becher, et qui y enseigne aujourd’hui à son tour.
Gursky, dont les photographies comptent parmi les plus chères au monde, est connu pour ses très grands formats d’une netteté spectaculaire, souvent pris en surplomb et composés avec une rigueur presque géométrique. Supermarchés, salles de marchés, immeubles, foules, entrepôts ou façades : ses images montrent un monde saturé d’objets, de signes et de mouvements.
Il ne photographie pas le réel pour le restituer fidèlement, mais pour le réorganiser. Grâce aux possibilités de la photographie numérique, qu’il utilise dès les années 1990, il assemble parfois plusieurs prises de vue pour en accentuer les répétitions et les effets d’accumulation, construisant ainsi une image plus dense, presque irréelle.

A. Gursky - 99 Cent (1999)
Ses photographies montrent alors moins un lieu précis qu’une certaine manière de regarder le monde contemporain : production de masse, consommation, circulation incessante des hommes, des marchandises et des images.
« I am never interested in the individual, but in the human species and its environment. »
Ce regard très froid, très distant parfois, peut sembler presque clinique. Vues ainsi, ces foules, ces rayonnages ou ces bureaux deviennent comme des motifs abstraits. Il y a pourtant, dans cette froideur apparente, quelque chose d’étrangement fascinant. Comme si l’accumulation, la répétition et la profusion désordonnée des choses finissaient, vus de loin, par composer une forme inattendue de beauté.
Assez ironiquement, cette photographie d’un magasin « tout à 99 cents » figure parmi les clichés les plus chers de l’histoire. Un premier tirage a été vendu plus de trois millions de dollars en 2007.

BE2 ICI