In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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samedi 27 décembre 2025

Alan Maley - Untitled
Une image et des mots. L'illustrateur anglais Alan Maley (1931-1995) est une référence dans le monde du cinéma pour son travail sur les effets spéciaux, en particulier avec le procédé de la peinture sur cache ou matte painting. Mais aujourd'hui, c'est sa peinture de la Belle Époque (ou de l'époque édouardienne selon qu'on se place du côté français ou du côté britannique) que je veux mettre à l'honneur.

Et pour aller avec, je pense à ces quelques mots de Jean-Michel Maulpoix, extraits de Pas sur la neige (2004) : Nous ne sommes que pas sur la neige, empreinte légère, fugace, brouillée souvent, mais brillante, puisque le poids de notre corps comprime en cristaux la précaire poudre de ce monde.

dimanche 21 décembre 2025

M-E. Mark - Irish Travellers, Dublin
Le vide-grenier du dimanche. En cette période de joujoux par milliers, deux clichés de la photographe américaine Mary Ellen Mark (1940-2015). Formée à l’Université de Pennsylvanie, où elle étudie le photojournalisme et l’anthropologie visuelle, elle part très tôt en Inde avec une bourse Fulbright. Ce voyage, puis plusieurs séjours dans les années qui suivent, marquent durablement sa façon d’aborder le documentaire : avec une attention patiente, presque obstinée, pour les existences fragiles ou périphériques.

M-E.M. - New York (1963)
Dans les années 1970 et 1980, elle s’impose aux États-Unis comme l’une des grandes figures de la photographie sociale. Elle travaille pour la presse, accompagne des réalisateurs au cinéma – Milos Forman, Coppola – tout en menant ses propres projets au long cours.. Ses séries les plus fortes naissent souvent de ces immersions prolongées : les adolescentes sans abri de Seattle, les pensionnaires d’institutions psychiatriques, les cirques indiens, les familles en situation de précarité. On peut penser parfois à Diane Arbus pour la frontalité, mais M-E Mark reste moins fascinée par l’étrangeté que par le lien humain, la relation qui se construit au fil du temps. Son oeuvre éclaire des vies dont on détourne souvent les yeux.

dimanche 14 décembre 2025

Stevan Dohanos - Marmont Hill
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de l'illustrateur américain Stevan Dohanos (1907-1994). Né à Lorain, dans l’Ohio, de parents immigrés hongrois, Dohanos se forme à la Cleveland School of Art avant de mener de front une activité de peintre et d’illustrateur. Très tôt, il s’inscrit dans une tradition de réalisme social nourrie par Grant Wood et Edward Hopper, qu’il cite lui-même parmi ses influences majeures. Il travaille aussi bien pour la presse que pour des commandes publiques, et s’essaie dans les années 1930 à la lithographie et à la gravure sur bois.

S.D. - Men working
À partir de 1942, il devient l’un des illustrateurs réguliers du Saturday Evening Post, pour lequel il réalise plus de cent vingt couvertures.
Ces images, pensées pour la diffusion de masse, reposent sur une construction claire et une lecture immédiate. Dohanos y observe des situations ordinaires, souvent modestes, avec un sens très sûr du récit visuel, hérité de son expérience dans la presse et la publicité. Il trouvait de la beauté dans la vie quotidienne, choisissant de s’attacher « aux lieux et aux attributs du rêve américain, plutôt qu’à ceux qui l’habitent ».
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il réalise également des affiches de propagande, sans modifier son vocabulaire graphique.
Parallèlement, il peint des fresques pour des bureaux de poste dans le cadre des programmes fédéraux, puis s’investit durablement dans la vie culturelle américaine. Dans les années 1960, il préside la commission chargée de sélectionner les images des timbres-poste américains, influençant durablement cet imaginaire officiel. Son œuvre, longtemps associée à l’illustration plus qu’aux beaux-arts, se lit aujourd’hui comme un témoignage précis sur la manière dont l’Amérique du milieu du XXᵉ siècle a choisi de se représenter.

dimanche 7 décembre 2025

M.P - The Perry family; London (2012)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du photographe anglais Martin Parr (1952-2025), déjà présenté en mai 2020. Il nous a quittés hier, en laissant derrière lui un regard qui a transformé la photographie documentaire anglaise.
Parr a su imposer la couleur dans un univers encore largement dominé par le noir et blanc, mais ce n’est pas seulement la couleur elle-même qui frappe dans ses photographies ; c’est la façon dont elle révèle le quotidien, les petites contradictions, les gestes triviaux.

M.P. - Liverpool, England (1984)
Ses sujets peuvent paraître anecdotiques mais ils deviennent des terrains d’observation, qu’il s’agisse de vacances populaires, de fêtes locales ou de scènes de consommation banales. Ses images nous donnent à voir de petits fragments de vie où l’on devine des histoires, des habitudes, des comportements parfois amusants, parfois incongrus... C’est ce que j’apprécie beaucoup chez lui, cet équilibre subtil entre l’ironie et la curiosité bienveillante, comme avec ce portrait « so British » des artistes contemporains Philippa et Grayson Perry avec leur fille Florence.
TU1


samedi 6 décembre 2025

Phil Greenwood - Leaf fall (1979)

Une image et des mots. Une oeuvre du graveur et aquafortiste gallois Philip Greenwood (b.1943).
Et un poème de Nâzim Hikmet (1901-1963).

J'ai lu cinquante mille poèmes et romans
qui parlaient de la chute des feuilles en automne
j'ai vu cinquante mille films
sur la chute des feuilles en automne

j'ai vu cinquante mille fois tomber
les feuilles en automne
les feuilles qui tombent, qui traînent, qui
pourrissent sur le sol

cinquante mille fois j'ai entendu leur crissement sans vie
sous les semelles de mes souliers
entre mes paumes et au bout de mes doigts
et pourtant la chute des feuilles me serre toujours le cœur

surtout les feuilles qui tombent sur les boulevards
surtout s'il s'agit de feuilles de marronniers
surtout si des enfants passent par là
surtout s'il fait soleil

surtout si j'ai reçu ce jour-là une bonne nouvelle
me parlant d'amitié
surtout si mon cœur ne me fait pas trop mal
surtout si je crois que m'aime ma bien-aimée

surtout si ce jour-là je suis d'accord
avec les autres et avec moi-même
rencontrer la chute des feuilles en automne me serre le cœur
surtout celles qui tombent sur les boulevards
surtout s'il s'agit de feuilles de marronniers.

dimanche 30 novembre 2025

L.McC. - Navajo woman (1948)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe américain d’origine manxo‑britannique Leonard McCombe (1923‑2015). Né sur l’île de Man, il commence à photographier dès l’âge de 16 ans, accompagne l’avance alliée en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale avec le magazine Picture Post, puis s’installe aux États‑Unis en 1945 où il rejoint Life Magazine à seulement 22 ans.
McCombe se spécialise dans le photo‑reportage : il documente des moments de guerre, des fragments de vie quotidienne, des figures de l’Amérique contemporaine. L’un de ses travaux les plus fameux, « Career Girl: Her Life and Problems » (1948), documente la vie d’une jeune diplômée à New York.
Son style se caractérise par une immédiateté combinée à une vraie sensibilité : il cherchait, disait-il « à ce que mon travail fasse réfléchir plutôt qu’amuser ».

L.McC. - Texas cowboy (1949)
Les deux clichés que j'ai choisis aujourd'hui illustrent à la fois son regard attentif sur l’Amérique et son sens de la narration. Le premier fait partie de son travail sur la Nation navajo, réalisé en 1948. McCombe y suit la vie quotidienne d’une famille navajo dans l’Arizona, documentant avec une grande empathie les gestes, les visages et les relations au sein d’une communauté confrontée à de profondes difficultés économiques et sociales. La jeune femme qu’il photographie incarne cette intimité, ce mélange de dignité et de fragilité que McCombe savait rendre palpable.
Le second portrait montre Clarence Hailey Long, cow‑boy texan photographié peu après dans son ranch. Cette image, qui sera pour l'agence publicitaire Leo Burnett l’inspiration directe de son légendaire « Marlboro Man », dépasse le simple portrait : en saisissant le mélange de solitude, de force et de quotidienneté qui caractérise la vie de ces hommes, Leonard McCombe inscrit son travail documentaire dans l’imaginaire collectif américain.

O. Redon - Cinq papillons (1912) Le vide-grenier du dimanche. Deux œuvres du peintre et graveur français Odilon Redon (1840–1916), figure s...