In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 5 novembre 2023

S. Cerchi - Rendez-vous (2013)

La veillée du dimanche. Deux œuvres de l'italien Sergio Cerchi (b.1957). Né à Florence, où il vit et travaille, il a étudié à l’Istituto d’Arte di Porta Romana puis au Conservatoire Luigi Cherubini. Très tôt, il mène de front la musique et la peinture, deux pratiques qu’il considère comme indissociables et qui nourrissent son travail.
D’abord influencé par le cubisme, Cerchi évolue ensuite vers une forme plus personnelle, où figures et espaces semblent se déployer sur plusieurs plans à la fois. Il parle lui-même de « figures et géométries » : une manière de construire l'image où rien ne paraît définitivement stable.
S.C. - Note finale

Les surfaces se fragmentent, se superposent, comme les notes sur une portée musicale ; les volumes se brouillent, les visages et les objets se recomposent dans une dynamique continue.
Ses rouges carmin, ses ocres, ses verts et ses bleus assourdis donnent à ses toiles une chaleur particulière, qui rappelle son admiration pour les maîtres italiens de la Renaissance.
Ce qui me retient dans son travail, c’est cette impression d’équilibre mouvant : les formes semblent se construire et se défaire à la fois. On ne sait jamais très bien, en regardant ses toiles, s’il nous montre une construction ou une déconstruction ; chaque fragment paraît vouloir assembler le réel autant qu’il le fragmente. Il y a là, au cœur même de la peinture, une forme d’incertitude, comme une hésitation qui semble nous rappeler que toute forme, comme toute réalité, se construit en se défaisant.
DR1

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samedi 4 novembre 2023

D.L. - Country road, County Clare, Ireland (1954)
Une image et des mots. L'image est de Dorothea Lange (voir mars 2013), et les mots pour l'accompagner sont de l'empereur philosophe Marc-Aurèle, extraits du Livre V de Pensées pour moi-même (c.180 ap. J.-C.)

Je marche dans les sentiers que me trace la nature, jusqu'à ce que je me repose en tombant, exhalant mon dernier souffle dans cet élément où je puise à chaque instant le souffle de ma vie, tombant sur cette terre d'où mon père a tiré le germe de mon être, d'où ma mère a tiré son sang, d'où ma nourrice a tiré son lait ; sur cette terre, dont moi-même, depuis tant d'années, je me nourris et m'abreuve chaque jour ; sur cette terre, qui me porte, quand je la parcours et que j'en abuse de tant de façons.
CK1

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dimanche 29 octobre 2023

Bunny Yeager - Self-portrait (1950s)
La veillée du dimanche. Deux clichés de la photographe américaine Bunny Yeager (1929-2014). Ancienne mannequin devenue photographe, elle fut l’une des grandes figures de l’âge d’or de la pin-up américaine, notamment pour ses photographies de Bettie Page. J’ai toujours aimé l’univers des illustrateurs américains de cette époque, d'Art Frahm (voir juil. 2016) à Gil Elvgren (voir fév.2018) et aux artistes des pulps : un univers de couleurs, d'humour et d'imaginaire populaire auquel je reste très attaché, et qui appartient à l'histoire visuelle du XXᵉ siècle.

B.Y. - Eleanor Lucky
Mais le parcours de Bunny Yeager ajoute une dimension particulière à cet univers. Après avoir été elle-même modèle, elle passe derrière l’objectif et devient celle qui construit l’image. Dans ses photographies, les femmes ne sont pas seulement des figures regardées : elles jouent avec leur apparence, leur assurance et leur propre pouvoir de séduction.
Longtemps associée à la culture pin-up, son œuvre mérite aujourd’hui d’être considérée autrement : non comme une simple célébration du regard masculin, mais aussi comme l’expression d’une époque où les femmes commencent à investir davantage la maîtrise de leur propre image.
EP6

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samedi 28 octobre 2023

Alfred Siefert - Hypathia (av.1892)
Une image et des mots. L'œuvre du peintre germano-bohémien Alfred Siefert (1850-1901) se distingue par la délicatesse et la beauté idéalisée de ses sujets féminins.
De ses portraits de femmes, souvent représentées dans des décors bucoliques, émane une atmosphère de sérénité et de grâce, et ce beau portrait imaginaire de la philosophe-martyre Hypatie d'Alexandrie en est l'illustration.
Pour l'accompagner j'ai choisi ce court poème de Charles Kingsley, qui en 1853 écrit un récit romancé inspiré de sa vie.

J'entendis mille notes mélangées,
Tandis que dans un bosquet je m'assois allongé,
Dans cette douce humeur quand des pensées agréables
Apportent des pensées tristes à l'esprit.

À ses belles oeuvres, la nature a lié
L'âme humaine qui à travers moi a couru ;
Et j'ai beaucoup de peine à penser
À ce que l'homme a fait de l'homme.

FM1 ICI