In girum imus nocte et consumimur igni

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samedi 18 janvier 2020

V. Gogh - Les mangeurs de pommes de terre (1885)
Une image et des mots. "Vous voyez, j'ai vraiment voulu que l'on comprenne que ces gens qui mangent des pommes de terre à la lueur de leur petite lampe ont eux-mêmes travaillé la terre avec ces mêmes mains qu'ils mettent dans le plat, et ainsi parler du travail manuel, et montrer qu'ils ont honnêtement gagné leur nourriture. J'ai voulu que ce tableau donne l'idée d'une façon de vivre complètement différente de la nôtre - les gens civilisés. Et donc je ne veux surtout pas qu'on l'admire ou qu'on l'approuve sans savoir pourquoi." Van Gogh.

De la Adirondack Blue américaine à la Van Gogh néerlandaise, en passant par nos Bonnotte de Noirmoutier et la Vitelotte noire, je viens d'apprendre au hasard d'une lecture qu'il existerait près de 10.000 variétés de pommes de terre (même si le World Catalogue of Potatoes Varieties n'en recense qu'environ 4500 cultivées et près de 2000 sauvages).
Ça m'a fait un choc ; je n'étais pas préparé à une pareille révélation. Cette information, soit dit en passant, ne figure pas dans l'indispensable Grand livre des variétés de pommes de terre, de Dorothée Bourget, que j'ai sur mon chevet et qui me sert de référence.
Bref j'ai aujourd'hui encore, comme chaque jour, appris des choses nouvelles. Et c'est ainsi, dirait Vialatte, qu'Allah est grand.
Pour célébrer cette découverte, j'associe à ce billet quelques vers du très méconnu Paulin Gagne, extraits de son oeuvre L'Unitéide  (1857).

La Pataticulture, du haut du Pataticultoratoire

Peuples et rois, je suis la Pataticulture,
Fille de la Nature et du Siècle en friture;
Étant née au milieu d'un champ plein de splendeur
Que de pommes de terre ornait un plant d'honneur,
N'ayant jamais mangé que des pommes de terre
Qui font pour moi des plats de la meilleure chère,
J'ai toujours adoré ce fruit délicieux,
Que, dit-on, pour extra mangeaient jadis les dieux!
[.....]
(le Choeur)
Ô Pataticulture, oui nous t'offrons le trône
Que mérite si bien ton auguste personne!
[.....]
Puisque pour me bénir ton amour s'est levé,
Monde, ne parle plus, l'univers est sauvé!
Les peuples avec moi sans craindre le tonnerre
Se couronnent de gloire et de pommes de terre,
Et bravent la besace et la mendicité;
La patate en faveur sauve l'humanité!
TI3

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dimanche 12 janvier 2020

C.O. - Calle Mayor, Madrid (1957)
Le vide-grenier du dimanche. « On rencontre sa destinée souvent par des chemins qu'on prend pour l'éviter », nous dit La Fontaine... Alors ici, vont-ils se rencontrer ? Ou bien vont-ils se croiser sans même se voir ? La photographie saisit parfois ces instants fragiles où tout reste encore possible. Un proverbe malinké nous avertit aussi que le chasseur rencontre le gibier là où ils n'ont pas pris rendez-vous. 
Deux clichés de Casparus Oorthuys (1908-1975), photographe néerlandais dont le travail fut profondément marqué par l'engagement social et les bouleversements de son époque. Architecte de formation, il se tourne vers la photographie dans les années 1930 au sein de l'association progressiste Arbeidersfotografie (« photographie ouvrière »), convaincu qu'elle pouvait rendre visibles les réalités sociales de son temps.
C.O. - London (1953)

II débute comme photographe militant pour des publications comme le journal social-démocrate Wij. Pendant l'Occupation allemande, il réalise de faux papiers pour les résistants, ce qui lui vaut d'être brièvement emprisonné à Amersfoort, puis rejoint De Ondergedoken Camera, groupe clandestin de photographes qui documente l'Occupation et la Libération. Ses images de la Hongerwinter, l'hiver de famine de 1944-1945, comptent parmi les témoignages les plus forts de cette période.
Après la guerre, Oorthuys photographie la reconstruction, les villes qui renaissent et la vie quotidienne des Néerlandais. Il laisse ainsi une œuvre où l'histoire collective apparaît toujours à travers des destins individuels.
LK1
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dimanche 5 janvier 2020

I. Levitan - Paysage sous la lune

Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du russe Izaak Levitan (1860-1900), déjà présenté en octobre 2012. Figure centrale du paysagisme russe et de l’école réaliste des Ambulants (Peredvijniki), Levitan ne cherche pas seulement à représenter un lieu : il traduit une atmosphère, ce qu’il appelait des « paysages d’humeur » . Ciels changeants, rivières calmes, plaines infinies, isbas perdues dans l’immensité… ses toiles donnent une voix au silence de la campagne russe. Tchékhov, dont il fut proche, disait de ses tableaux qu’ils avaient « une âme ».

I.L. - Sur la rivière (1871)
Pourtant, derrière cette mélancolie souvent associée à son œuvre, Levitan refusait l'idée d'un pessimisme absolu. Dans une lettre à Diaghilev, il écrivait : « Vous pensez sans doute que mes futurs paysages seront tout imprégnés de pessimisme, pour ainsi dire ? Ne vous inquiétez pas, j'aime trop la nature. »
Mort à seulement 39 ans, Levitan laisse une œuvre où la nature semble toujours traversée par une émotion humaine. Ses paysages les plus simples – un chemin, une rivière, quelques arbres, une campagne sous la lune – deviennent des images de l’attente, du passage du temps et d’une solitude paisible.

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