In girum imus nocte et consumimur igni

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dimanche 12 septembre 2010

Hovsep Pushman - Narcissa
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du peintre américain d'origine arménienne Hovsep Pushman (1877-1966). Admis à onze ans à l’École impériale des beaux-arts d’Istanbul, il quitte en 1896 l’Empire ottoman avec sa famille pour émigrer aux États-Unis et s’installer à Chicago. Les massacres hamidiens, viennent alors de frapper les Arméniens ; le génocide n’est plus très loin.

H. P. - Nature morte
À Chicago, Pushman découvre l’art extrême-oriental et la culture chinoise avant de partir à Paris suivre l’enseignement de Jules Joseph Lefebvre à l’Académie Julian. Il revient aux États-Unis en 1914, au moment où éclate la Première Guerre mondiale, et s’installe en Californie où il participe quelques années plus tard à la fondation de la Laguna Beach Art Association. Après un dernier séjour parisien, il se fixe définitivement à New York en 1923.
Son œuvre, très marquée par le symbolisme et l’orientalisme fin-de-siècle, mêle influences européennes et extrême-orientales dans des compositions raffinées, baignées d’une lumière douce presque irréelle.

DG1
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dimanche 5 septembre 2010

L. Swank - Laundry and graffiti (1936)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de Luke Swank (1890-1944), pionnier aujourd'hui un peu oublié de la photographie moderniste américaine.
Après des études dans un lycée agricole de Pennsylvanie, il travaille successivement comme éleveur, quincaillier auprès de son père, puis mécanicien automobile après avoir servi pendant la Première Guerre mondiale. C’est à cette époque qu’il commence à photographier. Ses premiers clichés des aciéries de Bethlehem sont exposés à New York dès 1932.
L.S. - Mill scene (1933)

Nommé en 1935 photographe officiel de l’université de Pittsburgh, Swank documente abondamment la vie urbaine et l’architecture rurale de Pennsylvanie avant de disparaître prématurément en 1944. Ses photographies montrent une Amérique ouvrière et provinciale, faite d’aciéries, de rues modestes, de commerces et de scènes de la vie quotidienne.
En 1934, le rédacteur en chef de Vanity Fair, Frank Crowninshield, écrivait :
Not only is Luke Swank interested in interpreting American life, but in revealing what is particular to American light and air. Therein, we believe, lies his artistry.”
Et le critique Bruce Lockwood ajoutait :
He has exalted the snapshot, which most photographers shun, into an art. Luke Swank is doing for photography what Gustave Flaubert did for the novel.”
BB1

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samedi 4 septembre 2010

Brueghel l'Ancien - Le triomphe de la mort (1562)
Une image et des mots. De Pieter Brueghel l'Ancien, Le Triomphe de la Mort (1562), conservé au Musée du Prado, à Madrid. Dans son ouvrage La peur en Occident (1978), Jean Delumeau écrit ceci :
« Il n’y a pas à chercher bien loin où Brueghel a puisé l’idée de la charrette pleine de squelettes qui figure dans son Triomphe de la mort. Durant une vie d’homme de la ville, il était normal d’avoir vécu au moins une peste et assisté au stupéfiant va-et-vient des tombereaux entre les maisons et les fosses communes.»

Cette charrette, c'est mon lien avec le poème de Wilfred Owen (1893-1918) dont voici les derniers vers... Considéré comme le plus grand poète de guerre de langue anglaise, celui qui dans ces lignes dénonçait l'absurdité de la guerre est mort quelques jours avant l'armistice, à l'âge de vingt-cinq ans.

Dulce et decorum est.

If in some smothering dreams, you too could pace
Behind the wagon that we flung him in,
And watch the white eyes writhing in his face,
His hanging face, like a devil’s sick of sin;
If you could hear, at every jolt, the blood
Come gargling from the froth-corrupted lungs,
Obscene as cancer, bitter as the cud
Of vile, incurable sores on innocent tongues,—
My friend, you would not tell with such high zest
To children ardent for some desperate glory,
The old lie:
Dulce et decorum est pro patria mori.


***
(Traduction de Georges Gernot)

Si dans certains rêves suffocants, vous pouviez vous aussi
Marcher derrière la charrette où nous l'avions jeté,
Et voir les yeux tout blancs rouler dans son visage,
Son visage qui pend, comme celui d'un démon malade du péché ;
Si vous entendiez, à chaque cahot, le sang
Qui gargouille et s'écoule de ces poumons empoisonnés,
Cancer obscène, tel le reflux amer de plaies
Infectes et incurables sur des langues innocentes, —
Mon amie, vous mettriez moins de zèle à répéter
À des enfants en mal de gloire désespérée,
Le vieux mensonge :
Dulce et decorum est pro patria mori.
PF5
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