In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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samedi 4 octobre 2025

C.Ebbets - Lunch atop a skyscraper (1932)

Une image et des mots. Pour aller avec ce cliché célébrissime, attribué à Charles Ebbets, voici quelques mots de Roger Caillois, un extrait de L'incertitude qui vient des rêves (1956).

J'ai cédé à un souci personnel constant, presque exclusif, invincible [.....]. Je veux parler d'un attrait ininterrompu pour les forces d'instinct, de vertige, du goût d'en définir la nature, d'en démonter autant que possible la sorcellerie, d'en apprécier exactement les pouvoirs ; de la décision, enfin, de maintenir sur eux, contre eux, la primauté de l'intelligence, de la volonté, parce que, de ces facultés seules naît pour l'homme une chance de liberté et de création.

BS8
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dimanche 28 septembre 2025

Marsden Hartley - Himmel (1914)
Le vide-grenier du dimanche. Deux œuvres du peintre et poète américain Marsden Hartley (1877–1943), évoqué en juin 2011.
Né à Lewiston, dans le Maine, il connait une enfance marquée par la solitude et la perte, expériences qu’il transformera en moteur de sa création. Formé à Cleveland puis à New York, il découvre les avant-gardes européennes - Cézanne, Matisse, Kandinsky - mais son art restera profondément nourri par les écrivains américains Walt Whitman, Henry David Thoreau et Ralph Waldo Emerson. Leur vision de la nature et de la vie comme expérience spirituelle guide sa peinture autant que sa poésie et ses essais.

M.H. - Give us this day
Hartley voit l’art comme une quête intérieure : ses paysages du Maine, ses portraits et ses natures mortes sont autant de tentatives pour rendre visible l’invisible. La couleur, la forme et la lumière deviennent des instruments de méditation et de mémoire.
Même lorsqu’il s’inspire du cubisme ou de l’expressionnisme allemand, son œuvre conserve cette densité émotionnelle et cette résonance spirituelle, héritage du transcendantalisme américain.
Peindre pour Hartley, c’était revenir vers une « maison » intérieure faite de mémoire, de silence et de nature. Ses œuvres, entre ferveur et retenue, entre contemplation et intensité, témoignent d’une fidélité au monde intérieur, à la fois personnelle et universelle.

samedi 27 septembre 2025

Christa Merk
Une image et des mots. Un cliché de la photographe néerlandaise Christa Merk.
Et quelques vers de Saint-John Perse, extraits de Vents IV (1946).

Il nous suffit ce soir du front contre la selle, à l’heure brève de la sangle […] Mais quoi ! n’est-il rien d’autre, n’est-il rien d’autre que d’humain ?

Et ce parfum de sellerie lui-même, et cette poudre alezane qu’un songe, chaque nuit,

Sur son visage encore promène la main du Cavalier, ne sauraient-ils en nous éveiller d’autre songe

Que votre fauve image d’amazones, tendres compagnes de nos courses imprégnant de vos corps la laine des jodhpurs ?

dimanche 21 septembre 2025

M.E. - Maison au bord de l'eau
Le vide-grenier du dimanche. Deux toiles du peintre impressionniste grec Michalis Economou (1888-1933).
Né au Pirée, il se forme auprès de Konstantinos Volanakis avant de partir à Paris, où il vit une vingtaine d’années, exposant à Paris et à Londres. De retour en Grèce, il s’impose comme l’un des peintres les plus personnels de l’entre-deux-guerres.
Economou a surtout peint des paysages marins, des rivages paisibles, des maisons au bord de l’eau, comme autant d’évocations nostalgiques de son pays.
Exilé en France, il n’a jamais cessé de peindre cette Grèce intérieure, rêvée, dont il retrouvait la lumière par la couleur. Sa palette est faite de tons terreux - bruns, verts, ocres -, de nuances assourdies où la matière semble retenir la lumière plus qu’elle ne la reflète.

M.E. - Au champ
Ce qui me touche dans son travail, c’est cette atmosphère à la fois familière et distante, où les  paysages ne décrivent pas tant un lieu qu’un sentiment : celui du retour impossible, du souvenir qui se transforme en vision.
Chez Michalis Economou, la mer, le ciel, les murs blanchis ne sont pas seulement des motifs ; ils sont les signes d’une absence, la trace d’un attachement au pays que la peinture seule pouvait retenir.

NY4
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dimanche 14 septembre 2025

Nick Hedges - Liverpool (1969)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe anglais Nick Hedges, qui nous a quittés récemment. Formé au Birmingham College of Art, révélé par son travail documentaire engagé dans les années 1960 et 1970, il a été l’un des principaux photographes de la Shelter National Campaign for Homeless People, une organisation créée en 1966 pour dénoncer les conditions de logement en Grande-Bretagne.
Pendant près de dix ans, Hedges a sillonné le pays, photographiant les familles vivant dans des habitats insalubres, des logements précaires ou des cités ouvrières en déshérence.
Nick Hedges

Son regard, pourtant, n’a rien de misérabiliste : il capte la dignité, la tendresse et la solidarité dans des environnements souvent durs. Ses images, en noir et blanc, frappent par leur humanité directe et pudique, leur lumière douce, et cette attention à la vie ordinaire - gestes, visages, intérieurs modestes - qui fait toute la force du documentaire social britannique de cette époque. Ce sont des photographies qui, sans grandiloquence, continuent de parler de justice, de fragilité, et d’endurance.

O. Redon - Cinq papillons (1912) Le vide-grenier du dimanche. Deux œuvres du peintre et graveur français Odilon Redon (1840–1916), figure s...