In girum imus nocte et consumimur igni

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samedi 18 août 2018

Cristina Coral - Once upon a time (2016)

Une image et des mots. L'image est un cliché de la photographe italienne Cristina Coral.
Les mots sont un extrait du roman de John Steinbeck, Des souris et des hommes (1937).

Imagine un type ici, tout seul, la nuit, à lire des livres peut-être bien, ou à penser, ou quelque chose comme ça. Des fois, il se met à penser et il n'a personne pour lui dire si c'est comme ça ou si c'est pas comme ça. Peut-être que s'il voit quelque chose, il n'sait pas si c'est vrai ou non. Il ne peut pas se tourner vers un autre pour lui demander s'il le voit aussi. Il n'peut pas savoir. Il a rien pour mesurer. J'ai vu des choses ici. J'étais pas soûl. J'sais pas si je dormais. Si j'avais eu quelqu'un avec moi, il aurait pu me dire si je dormais, et alors je n'y penserais plus. Mais j'sais pas.

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dimanche 12 août 2018

R.D. - Promenade des Anglais (1928)

Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres, à l'aquarelle et au pastel, de Raoul Dufy (1877-1953). La première, réalisée à Nice, offre une vue sur la Baie des Anges depuis le tournant de la Promenade des Anglais. La seconde, œuvre de jeunesse, se situe au Havre, sa ville natale. C’est là, à partir de 1893, qu’il commence son apprentissage de la peinture aux cours du soir dispensés par Charles Lhuillier à l’École municipale des beaux-arts, où il rencontre Othon Friesz, futur ami fidèle et compagnon d’atelier à Montmartre. Une bourse lui permet d’intégrer en 1900 l’École des beaux-arts de Paris, dans l’atelier de Léon Bonnat, où il retrouve Friesz.

R.D. - L'estacade à Sainte-Adresse
(1902)
D'abord influencé par Eugène Boudin (voir publication de juillet 2017) et l'impressionnisme, Dufy découvre ensuite Signac, Matisse et le fauvisme, puis Cézanne ; progressivement, la couleur prend le pas sur le trait, débordant le dessin en "flaques juxtaposées", comme le montre – ci-dessus – l'oeuvre niçoise.
« Une silhouette est un mouvement, non une forme. [...] Manier des couleurs et des lignes, n'est-ce pas une vraie diplomatie, car la vraie difficulté c'est justement d'accorder tout cela . »
La peinture de Raoul Dufy, pleine de gaieté et d'énergie, célèbre la joie de vivre et le mouvement. Dans cette Promenade des Anglais, il ne cherche pas tant à reproduire le monde qu'à en restituer le rythme ; chez lui, la couleur n'illustre plus le dessin : elle en devient le véritable sujet.
Et c'est là, sans doute, que réside pour moi le charme si particulier de sa peinture.

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dimanche 5 août 2018

B. Gilden - série Lost and found (1979)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe américain Bruce Gilden (b.1946).
Natif de New York, où il vit encore aujourd'hui, il fait des études de sociologie à l'Université de Pennsylvanie. C'est la découverte de Blow-Up, d'Antonioni (1968) qui le pousse à acheter son premier appareil photo et à s'inscrire aux cours du soir de la School of Visual Arts de New York.

B.G. - série Lost and found (1978)
Bruce Gilden photographie la rue comme personne. Armé de son flash, il s'approche à quelques dizaines de centimètres de ses sujets, presque dans leur espace intime. De cette confrontation naissent des portraits sans concession, où chaque visage révèle ses marques : rides, cicatrices, émotions brutes et expressions crues.
« If you can smell the street by looking at the photo, then it's a street photograph. »
Bruce Gilden appartient pleinement à la tradition de la street photography, mais il en pousse les codes jusqu'à leurs limites. Ses images, aussi fascinantes que dérangeantes, oscillent entre documentaire, satire sociale et portrait psychologique. Parfois controversées, elles alimentent les débats sur l'éthique de la photo de rue et soulèvent depuis longtemps des questions sur les frontières entre témoignage, intrusion et regard porté sur le réel. À travers ces visages saisis à bout portant, Gilden compose aussi le portrait d'une société où tout se lit sur les corps : l'âge, la fatigue, la précarité, la marginalité, l'excès, mais aussi une irréductible singularité.

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