In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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samedi 6 mai 2017

Anon. - Glacier National Park, Montana
Une image et des mots.
"Que mes pas me portent dans la beauté, que mes pas me portent tout le long du jour, que mes pas me portent à chaque retour des saisons pour que la beauté me revienne. Beauté des oiseaux, beauté joyeuse des oiseaux. Que mes pas me portent sur le chemin gorgé de pollen, que mes pas me portent dans la danse des sauterelles, que mes pas me portent dans la rosée fraîche et que la beauté soit avec moi. Que mes pas me portent vers la beauté qui me précède, que mes pas me portent vers la beauté qui me succède, que mes pas me portent vers la beauté du ciel, que mes pas me portent vers la beauté qui m'entoure, que mes pas me portent dans la vieillesse, sur un chemin de beauté, vivifié. Que mes pas me portent dans la vieillesse, sur un chemin de beauté, vers une vie nouvelle, et dans la beauté je marcherai, dans la beauté je marcherai..." Poème Navajo.

Des peintres naïfs, le critique Wilhem Uhde disait qu'ils étaient "les peintres du coeur sacré" ; après l'impressionnisme et le cubisme il fallait, disait-il, "que vinssent ces peintres pour conférer à la réalité le sublime de la pensée et la grandeur du sentiment". C'est pour moi ce qu'exprime ce poème - peut-être inspiré par ces sublimes paysages du Montana -, et sa naïveté n'est pas non plus de celles qu'on pourrait moquer, mais plutôt de celles dont on doit faire l'éloge... S'y exprime essentiellement la profondeur des peuples autochtones et leur amour intime pour la nature, le seul - disait Balzac - qui ne trompe pas les espérances humaines.
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dimanche 30 avril 2017

A. Eisenstaedt - Hiroshima (1945)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photojournaliste américain d’origine allemande Alfred Eisenstaedt (1898-1995), l’un des grands noms du photojournalisme du XXᵉ siècle. Journaliste professionnel dès 1929, il documente notamment la montée des totalitarismes en Europe, avec des images d’Hitler et de Mussolini, et de figures du régime nazi dans les années 1930 (dont le fameux "regard de la haine" de Goebbels). Sous la menace du nazisme, il émigre en 1935 aux États-Unis et s’installe à New York, où il rejoint très vite l’équipe fondatrice de Life Magazine. Il y réalisera plus de 2 500 reportages et plus de 90 couvertures.

A. E. - Marionnettes, Paris (1963)
Le premier cliché a été pris à Hiroshima quatre mois après la bombe. J'aurais pu lui associer, pour montrer le vainqueur et le vaincu, son emblématique V-J Day in Times Square, le baiser de la fin de la guerre, devenu une icône mondiale. Mais j'ai préféré cette photo d'enfants qui assistent à un spectacle de marionnettes à Paris, Jardin des Tuileries, en 1963.
Ces images font écho, en creux, à des textes bien plus récents : la Convention internationale des droits de l’enfant adoptée par l’ONU en 1989, qui affirme notamment le droit d’être protégé de la violence, de vivre à l’abri de la guerre, d’avoir des conditions de vie décentes, et de bénéficier de temps pour jouer et grandir. Chez Eisenstaedt, il y a toujours un équilibre entre rigueur du reportage et attention aux scènes ordinaires. Ses images transforment souvent un geste simple ou une situation banale en moment universel, où l’histoire collective rencontre l’intimité des vies quotidiennes.
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dimanche 23 avril 2017

K. van Dongen - Face au miroir (1908)

Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres de Kees van Dongen (1877-1968), peintre néerlandais naturalisé français, figure incontournable du fauvisme.
Né à Rotterdam, il suit l’enseignement de l’Académie royale des beaux-arts, où il rencontre Augusta Preitinger (« Guus »), étudiante comme lui et qu’il épousera à Paris en 1901. Installé à Paris dès 1897, il fréquente les milieux bohèmes de Montmartre puis de Montparnasse, exposant aux côtés de Derain, Vlaminck et surtout Matisse.
Très vite, il se fait remarquer pour ses toiles audacieuses, aux couleurs franches et aux contours simplifiés.
K.van D. - La lecture (1912)

Avant de devenir l'un des portraitistes mondains les plus recherchés de l'entre-deux-guerres, Van Dongen s'intéresse à la vie populaire des faubourgs, aux cabarets, au cirque et au monde interlope de la capitale – il sera même surnommé « le peintre des maisons closes ». Cette sensibilité n'est pas étrangère à ses convictions libertaires : en 1895, il illustre l'édition néerlandaise de L'Anarchie de Kropotkine et, quelques années plus tard, collabore au journal satirique L'Assiette au beurre. Ses portraits de femmes, reconnaissables entre tous, avec leurs yeux immenses, leurs couleurs éclatantes et leur sensualité mêlée d'élégance et de provocation, lui valent un immense succès auprès de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie parisiennes. « Painting is the most beautiful lie », disait-il.
Le second tableau montre une lectrice absorbée par Rabelais. J'aime assez ce détail, qui semble prolonger, jusque dans le choix d'un livre, le goût de Van Dongen pour une certaine liberté de ton.

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samedi 22 avril 2017

Shelby Lee Adams - Holyness hands (1987)
Une image et des mots. L'image c'est ce cliché de Shelby Lee Adams, dont le titre complet est Holyness hands with Serpent and Bible.
Il s'agit d'un snake handler, un pasteur adepte d'une pratique religieuse apparue au début du 20e siècle dans les Appalaches, et qui prend au pied de la lettre un passage de la Bible. (Marc 16:18) : " Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom ils chasseront les démons; ils parleront de nouvelles langues; ils saisiront les serpents avec leurs mains; s'ils boivent quelque poison, il ne leur fera point de mal; ils imposeront les mains aux malades, et les malades seront guéris..."

Pour aller avec, voici quelques lignes extraites du Tour du monde d'un sceptique, d'Aldous Huxley.
Étant stupides et sans imagination, les animaux se conduisent souvent plus sagement que les hommes. Ils font instinctivement et efficacement ce qu'il faut au moment où il le faut. Ils mangent lorsqu'ils ont faim, cherchent de l'eau quand ils ont soif, font l'amour en sa saison, se reposent ou jouent quand ils en ont le temps. Les hommes sont intelligents et imaginatifs, ils regardent derrière eux et en avant ; ils inventent d'ingénieuses explications aux phénomènes qu'ils observent ; ils cherchent des moyens compliqués et détournés pour atteindre des buts lointains. Leur intelligence, qui a fait d'eux les maîtres du monde, les fait souvent agir en imbéciles.
Aucun animal, par exemple, n'est assez intelligent ni assez imaginatif pour supposer qu'une éclipse est l'oeuvre d'un serpent qui dévore le soleil. C'est là un genre d'explication qui ne peut venir que dans un cerveau humain. Et seul un être humain peut inventer des gestes rituels dans l'espoir d'influencer en sa faveur le monde extérieur. Tandis que l'animal, fidèle à son instinct, vaque tranquillement à ses occupations, l'homme doué de raison et d'imagination perd la moitié de son temps et de son énergie à faire des choses complètement idiotes. Avec le temps, il est vrai, l'expérience lui apprend que les formules magiques et les gestes rituels ne lui donnent pas ce qu'il demande. Mais, jusqu'à ce que l'expérience le lui ait appris - et il met étonnamment beaucoup de temps à apprendre -, l'homme, à bien des égards, se conduit de façon infiniment plus stupide que l'animal.

Peter Turnley - New York (2013) Une image et des mots. Un cliché du photographe américain Peter Turnley, et quelques vers d'Emma Lazaru...