In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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samedi 17 juillet 2010

Andrew Wyeth - Monday morning (1955)

Une image et des mots. Une oeuvre du peintre américain Andrew Wyeth, déjà présenté en janvier 2009 et sur qui je reviendrai sans doute. Cette aquarelle, pour l'apparente trivialité de son sujet et la manière dont il est traité - un simple panier d'osier, et son ombre portée sur le sol et le mur ensoleillé -, est tout simplement un de mes tableaux préférés.
Pour l'accompagner, quelques lignes de Joyce, de son Portrait de l'artiste en jeune homme (1916).

Trois choses sont nécessaires à la beauté : intégralité, harmonie et éclat. Ces choses correspondent-elles aux phases de l'appréhension ? [.....] Regarde ce panier. [.....] Afin de voir ce panier, ton esprit le sépare d'abord de tout l'univers visible qui n'est pas ce panier. La première phase de l'appréhension est une ligne de démarcation tracée autour de l'objet à appréhender. Une image esthétique se présente à nous soit dans l'espace, soit dans le temps. [.....] Mais, temporelle ou spatiale, l'image esthétique est d'abord lumineusement perçue comme un tout bien délimité sur le fond sans mesure de l'espace ou du temps, qui n'est pas cette image. Tu l'appréhendes comme une chose une. Tu la vois comme un seul tout. Tu appréhendes son intégralité, voilà l' "integritas".
Après avoir senti que cette chose est une, tu sens maintenant que c'est une chose. Tu l'appréhendes complexe, multiple, divisible, séparable, composée de ses parties, résultat et somme de ces parties, harmonieuse. Voilà la "consonantia". [.....]
Lorsque tu as appréhendé le panier en question comme une chose une, lorsque tu l'as analysé selon sa forme, lorsque tu l'as appréhendé comme un objet, tu arrives à la seule synthèse logiquement et esthétiquement admissible : tu vois que ce panier est l'objet qu'il est, et pas un autre. L'éclat dont il parle c'est, en scolastique "quidditas", l'essence de l'objet.

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dimanche 11 juillet 2010

C.D. - Mineur de charbon à Donetsk
(2006)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés de la photographe américaine Carolyn Drake (b.1971).
Formée à l’histoire à la Brown University, elle travaille d’abord dans le multimédia à New York avant de se tourner, à l’âge de trente ans, vers la photographie.
Son travail la conduit notamment en Asie centrale et dans le sud des États-Unis. D’abord remarquée pour ses reportages dans des régions frontalières ou marginalisées – l’Ouzbékistan, le Xinjiang ou le delta du Mississippi –, elle s’éloigne peu à peu du documentaire traditionnel. Ses photographies mêlent désormais images, archives, objets, textes ou dessins réalisés parfois par les personnes photographiées elles-mêmes.

C.D. - Zhetisay Hotel, Kazakhstan
(2009)
Dans Wild Pigeon (2014), par exemple, réalisé au Xinjiang, elle invite des Ouïghours à dessiner, écrire ou peindre directement sur ses photos, faisant ainsi du livre un objet hybride, entre enquête et récit à plusieurs voix.
Son travail, attentif aux lieux comme aux vies qui les traversent, explore la mémoire, l’effacement et la manière dont les histoires personnelles rencontrent la grande Histoire. Installée un temps en Ukraine puis à Istanbul, elle y poursuit notamment son projet Two Rivers, consacré aux anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale. Carolyn Drake est membre de Magnum Photos.
BS1

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dimanche 4 juillet 2010

J.C.L. - Sleeping Uncle Sam (1924)
Le vide-grenier du dimanche. L’illustration occupe une place centrale dans la culture visuelle américaine du XXe siècle, bien au-delà du seul cadre artistique.
Dès les premières décennies du siècle, elle séduit aussi bien les élites urbaines que les lecteurs des kiosques populaires.
Des magazines prestigieux comme The Saturday Evening Post, Collier's ou Life popularisent une illustration narrative et réaliste incarnée par des figures comme Norman Rockwell ou son grand précurseur J. C. Leyendecker, dont les couvertures sont devenues de véritables icônes de l’imaginaire américain.
En parallèle, les pulp magazines, imprimés sur papier bon marché à partir des années 1910, donnent naissance à une imagerie plus populaire, plus excessive aussi : science-fiction, fantastique, horreur, polar… Des illustrateurs comme Earle K. Bergey façonnent alors l’esthétique de genres entiers.
Cette iconographie foisonnante, parfois outrancière mais souvent d’une formidable inventivité, continue aujourd’hui d’influencer la bande dessinée, le cinéma ou le jeu vidéo.
E.K. Bergey - Amourette
(1934)

Dans les années 1940, c’est l’essor des pin-ups : des images qui mêlent glamour, érotisme suggéré et patriotisme bon enfant, popularisées par des artistes comme Gil Elvgren ou Alberto Vargas.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, on les retrouvait partout : sur les murs des baraquements, dans les poches des soldats jusque sous le feu… un idéal de beauté, comme un souffle léger dans une époque marquée par l’angoisse et le chaos.
Beaucoup de ces illustrateurs étaient des artistes techniquement remarquables, souvent formés dans des écoles exigeantes comme la Pennsylvania Academy of the Fine Arts ou l’Art Students League of New York. Pourtant, le monde de l’art officiel les a longtemps regardés avec condescendance, leur reprochant leur proximité avec la presse, la publicité ou la culture populaire. Leur influence sur le cinéma hollywoodien, la bande dessinée ou le design graphique n’en fut pas moins immense.
Ce qui me plaît tant dans cette forme d’art, au-delà de sa dimension esthétique, c’est sa valeur documentaire et sa capacité à raconter une histoire en une seule image : installer une atmosphère, suggérer un contexte, parfois condenser tout un drame dans une scène apparemment simple. Au fil de ce blog, je reviendrai donc sur ces artistes, les illustrateurs, que j’apprécie particulièrement, qu’ils soient célèbres ou injustement oubliés. En attendant, voici pour cette première publication deux images emblématiques : la première, en ce 4 juillet, est signée J.C. Leyendecker, figure tutélaire du Saturday Evening Post, maître du style Art déco et de la composition élégante, dont l’influence sur Rockwell sera décisive ; la seconde est une couverture pulp de Earle K. Bergey, illustrateur iconique des magazines populaires des années 1940.
Deux visions très différentes de l’illustration américaine… mais toutes deux puissantes, marquantes, et profondément ancrées dans notre imaginaire collectif.
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