| FS7 |
In girum imus nocte et consumimur igni
eiπ + 1 = 0
dimanche 20 février 2022
dimanche 13 février 2022
| Pirkle Jones - Untitled (1961) |
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe documentaire américain Pirkle Jones (1914-2009).
Il découvre la photographie à 17 ans avec un Kodak Brownie, puis, après avoir servi dans le Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale, rejoint en 1946 la première promotion du département de photographie de la California School of Fine Arts. Il y étudie auprès d'Ansel Adams (voir avril 2010), dont il sera l'assistant pendant six ans, mais aussi de Dorothea Lange (mars 2013), Edward Weston (jan. 2012 et fév. 2014) et Minor White (août 2013 et sept. 2019).
Son travail se situe en quelque sorte à la rencontre de ces deux grandes traditions de la photographie américaine : la rigueur formelle d'Ansel Adams et l'attention portée aux êtres et aux réalités sociales par Dorothea Lange. En 1956, Dorothea Lange lui propose de photographier avec elle la dernière année de la Berryessa Valley, en Californie. La vallée et la petite ville de Monticello doivent disparaître sous les eaux du futur lac Berryessa, créé par la construction du barrage de Monticello. Pendant plusieurs mois, les deux photographes enregistrent ce qui va bientôt disparaître : les maisons, les vergers, les récoltes, les habitants et leur vie quotidienne. Jones parlera plus tard de cette collaboration comme de
« l’une des expériences photographiques les plus significatives de sa vie ».
Death of a Valley est finalement publié en 1960 dans Aperture. Mais Jones continuera toute sa vie à photographier une Californie en pleine transformation, des travailleurs agricoles aux mouvements sociaux, notamment les Black Panthers qu’il photographie avec sa femme Ruth-Marion Baruch en 1968. Il dira un jour qu’il est important de photographier avant que le changement ne fasse disparaître ce qui existait auparavant.
Ansel Adams disait de ses photographies qu’elles n’étaient « pas flamboyantes » et ne reposaient pas sur des effets superficiels. C’est quelque chose qui me plaît beaucoup : ce regard sur les gens et les paysages sans chercher à les faire parler plus qu’ils ne le font eux-mêmes.
© Veilleur de Nuit – 2022
dimanche 6 février 2022
| A.Thayer - Angel (1887) |
« La seule chose qui nous manque, ce sont des anges », écrit Henri Miller dans son petit livre J'suis pas plus con qu'un autre (1980). « Dans ce vaste monde il n'y a pas de place pour eux. D'ailleurs, est-ce que nous avons des yeux pour les reconnaître ? Peut-être que nous sommes entourés par les anges sans le savoir...»
Thayer aime les animaux et les anges, il peint les créatures délusoires du ciel et de la terre... Avec son fils Gerald, il publiera également en 1909 un ouvrage pionnier sur le camouflage dans le monde animal, fruit de son observation attentive des mécanismes de dissimulation et de protection développés par les différentes espèces.
« Sans aucun doute, ma passion de toujours pour les oiseaux m'a poussé à intégrer des ailes dans mes tableaux. Mais j'ai surtout représenté des ailes probablement plus pour symboliser une atmosphère exaltée (au-delà du domaine de la peinture de genre) où l'on n'a pas besoin d'expliquer l'action des personnages.»
© Veilleur de Nuit – 2022
samedi 5 février 2022
| Bert Hardy - The Gorbals, Glasgow (1948) |
Une image et des mots.
Ce cliché fait partie de la très belle série documentaire que le photographe anglais Albert Hardy (voir février 2016) a consacrée en janvier 1948 aux Gorbals, un quartier misérable et populeux de Glasgow. Ce quartier dont l'histoire remonte au moins au 13e siècle était à l'origine un petit village près d'un pont sur la rivière Clyde.
Au 19e siècle, il était fortement industrialisé et attirait une population diverse, y compris de nombreux réfugiés juifs fuyant les persécutions en Europe de l'Est.
Les mots pour aller avec sont extraits du Traité de la réforme de l'entendement (1662), de Spinoza.
Quand l'expérience m'eut appris que tous les événements ordinaires de la vie sont vains et futiles, voyant que tout ce qui était pour moi cause ou objet de crainte ne contenait rien de bon ni de mauvais en soi, mais dans la seule mesure où l'âme en était émue, je me décidai en fin de compte à rechercher s'il n'existait pas un bien véritable et qui pût se communiquer, quelque chose enfin dont la découverte et l'acquisition me procureraient pour l'éternité la jouissance d'une joie suprême et incessante.
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