In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
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dimanche 22 septembre 2019

Fred Herzog - Cafe, Main (1960)
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe canadien Fred Herzog (1930-2019), déjà présenté en avril 2011 et qui vient de nous quitter.
Son travail en couleur, longtemps tenu en marge, est aujourd'hui considéré comme l'un des témoignages les plus importants de la vie urbaine nord-américaine d'après-guerre. Installé à Vancouver à partir des années 1950, Herzog arpente inlassablement les rues, attentif aux détails ordinaires : vitrines défraîchies, enseignes publicitaires, façades fatiguées, passants absorbés dans leurs trajectoires quotidiennes. Rien de spectaculaire, mais une attention constante à ce qui fait la vie de la ville.

F. Herzog - Victoria (1967)
La couleur, chez lui, n’est pas décorative ; en tout cas, c'est l'impression que j'en ai.
Elle sert à décrire les lieux autant qu'à en restituer l'atmosphère. Utilisant très tôt les diapositives Kodachrome – à une époque où la photographie d’auteur demeure largement dominée par le noir et blanc – Herzog enregistre les mutations lentes de l’espace urbain, sans nostalgie excessive ni critique frontale. Ses images disent la banalité, la précarité parfois, mais aussi une forme de dignité tranquille des lieux et des gens.
Si son œuvre est restée longtemps confidentielle, c’est en partie parce que la technologie ne permettait pas encore de tirer pleinement parti de ses archives couleur. Ce n’est que tardivement que ces images ont trouvé leur pleine visibilité. Aujourd'hui, elles constituent une mémoire précieuse de la ville moderne. Et elles montrent surtout qu'un photographe n'a pas toujours besoin d'événements exceptionnels : il lui suffit parfois d'être attentif à ce qui se passe devant lui. Les rues ordinaires, les commerces de quartier ou les passants anonymes peuvent suffire à raconter une époque.

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dimanche 15 septembre 2019

A. Bizet - Rue de la Santé (1949)

Le vide-grenier du dimanche. Deux œuvres d’Andrée Bizet (1888-1970), formée à l’École des beaux-arts de Paris dans l’atelier de Ferdinand Humbert, qui y ouvre à partir de 1900 le premier cours destiné aux femmes.
J'aime son style très expressif, où l’on retrouve quelque chose de la liberté de touche de l'impressionnisme et du postimpressionnisme : ses scènes de marchés, sa représentation de Montmartre, qui feront peut-être l'objet d'une future publication... Son coup de pinceau énergique, avec une touche épaisse, évoque parfois l'énergie de Van Gogh ou de Vlaminck (voir déc.2012).

A.B. - Vignes (c.1930)
Dès 1910, elle expose régulièrement dans des salons prestigieux comme le Salon d’Automne et le Salon des Indépendants, et s’investit également dans la reconnaissance des artistes femmes en organisant une exposition collective en 1938.
Après un voyage en Grèce, elle se tourne aussi vers la sculpture et reçoit l'enseignement du Montalbanais Émile-Antoine Bourdelle, dont la personnalité et les conseils resteront pour elle une influence majeure.
Si Andrée Bizet est aujourd'hui moins connue que beaucoup de ses contemporains, je trouve pourtant qu'elle vaut la peine qu'on s'y arrête. J'aime cette peinture franche, lumineuse et pleine d'énergie, qui fait regarder autrement des scènes très ordinaires.

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samedi 14 septembre 2019

Yaman Ibrahim - Smoker (2016)
Une image et des mots. Où il sera question du poids de la fumée... Pour l'illustrer, l'image est une belle photo du malaisien Yaman Ibrahim qui me fait penser à ces vers de Jules Laforgue, évoquant "ceux qui pour tuer le temps en attendant la mort fument au nez des dieux de fines cigarettes".

Les mots - extraits des dialogues de Smoke, un film formidable de Wayne Wang et Paul Auster -, c'est cet échange entre l'écrivain Paul Benjamin (William Hurt) et son ami buraliste Auggie (Harvey Keitel) à qui il vient acheter deux boîtes de cigarillos.




Auggie – Les gars et moi on était en train de discuter à propos des femmes et des cigares.
Paul Benjamin – Une vraie mine. Ça doit remonter à la reine Elisabeth.
Auggie – La reine d’Angleterre ?
Paul Benjamin - Ouais, Elisabeth Ire, pas Elisabeth II. T’as entendu parler de Sir Walter Raleigh ? […..] Ben, Raleigh c’est celui qui le premier a introduit le tabac en Angleterre. Et comme il était un favori de la Reine –Reine Beth comme il l’appelait – fumer est devenu à la mode à la cour.
[….) Un jour il a fait un pari avec elle, qu’il pourrait peser la fumée. C’est étrange, c’est un peu comme peser une âme. Mais Walter était un type futé ; il a pris un cigare, il l’a mis sur une balance, il l’a pesé. Puis il l’a allumé et l’a fumé, en faisant soigneusement tomber les cendres sur la balance.
Quand il l'eut terminé, il a posé le mégot sur les cendres et pesé le tout.
Il a soustrait ce poids de celui du cigare intact, et la différence c’était le poids de la fumée.
BD1

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dimanche 8 septembre 2019

A. Wyeth - Christina Olson (1947)

Le vide-grenier du dimanche. déjà présenté ici en juillet 2010 puis en mai 2012. Pour cette nouvelle publication, j'avais d'abord pensé choisir deux des plus de deux cents tableaux consacrés à Helga Testorf. Cette habitante de Chadds Ford, en Pennsylvanie, qui fut son modèle pendant près de quinze ans, inspira une série demeurée célèbre autant qu'elle fut controversée.

A.W. - Christina's bedroom (1947)

Mais je suis finalement revenu à Christina Olsen, son premier grand modèle, peinte ici – un an avant qu'il n'en fasse le sujet de sa toile la plus célèbre, Christina's world – sur le pas de sa porte, ou même absente de sa chambre.

Peter Turnley - New York (2013) Une image et des mots. Un cliché du photographe américain Peter Turnley, et quelques vers d'Emma Lazaru...