In girum imus nocte et consumimur igni

In girum imus nocte et consumimur igni
eiπ + 1 = 0

samedi 20 mai 2017

Carl H. Bloch - Gethsemane (1873)

Une image et des mots. L'image, c'est une huile sur cuivre du danois Carl Heinrich Bloch (1834-1890).
Pour aller avec, voici un extrait d'une lettre adressée en mars 1848 par Henry David Thoreau à son ami Harrison Blake. Leur correspondance, de 1848 à 1861, a été publiée en 2007 chez l'éditeur bordelais Finitude, sous le titre "Je suis simplement ce que je suis".

Quant à notre attitude - dans l'ensemble et dans le détail - quelle est-elle? Par temps clair, quand nous scrutons les cieux, que voyons-nous d'autre que l'azur et le soleil?
Si vous voulez convaincre un homme qu'il agit mal, agissez bien. Mais ne vous souciez pas de le convaincre. Les hommes croient ce qu'ils voient. Alors donnez-leur à voir!
Poursuivez votre route sans relâche, tournez autour de votre vie comme un chien autour du fauteuil de son maître. Faites ce que vous aimez. Apprenez à connaître votre os, rongez-le, enterrez-le, déterrez-le et rongez-le encore. Ne soyez pas trop moral. Vous risqueriez de vous priver de trop de vie. Visez plus loin que la moralité. Ne soyez pas "simplement" bon, mais soyez bon pour quelque chose. Certes, toutes les fables ont leur morale, mais l'innocent aime l'histoire.
Ne laissez rien s'immiscer entre la lumière et vous. Respectez les hommes, mais seulement comme des frères. Si vous voyagez vers la Cité céleste, vous n'avez pas besoin de lettre d'introduction. Si vous frappez à la porte, demandez à voir Dieu, et non l'un ou l'autre de Ses serviteurs. Pour ce qui vous tient le plus à coeur, ne comptez pas sur vos compagnons : sachez que vous êtes seul au monde.

RS2

ICI

dimanche 14 mai 2017

L.I. Konov - Stalingrad (1942)
Le vide-grenier du dimanche, avec - une fois n'est pas coutumes -, deux clichés de photographes différents. Vingt ans séparent ces deux images qui racontent la même vulnérabilité.
Ce n’est pas la violence qui s’y donne à voir frontalement, mais son écho immédiat dans les corps et les visages : la peur, le dénuement, mais aussi, parfois, une forme de résistance. Sur le premier cliché, le photographe russe L. I. Konov saisit la stupeur silencieuse d’enfants réfugiés sous terre durant le siège de Stalingrad, alors que la ville est bombardée par l’aviation allemande.

K.S. - Vietnam (1965)
Le second, du photographe japonais Kyoichi Sawada, montre une mère et ses enfants tentant de traverser une rivière sous les bombardements américains sur la ville portuaire de Quy Nhon, le 7 septembre 1965.
Sawada reçoit en 1966 le prix Pulitzer de photographie pour ses images de la guerre du Vietnam. Il meurt quatre ans plus tard, à 34 ans, au Cambodge, alors qu’il se rend vers le plateau de Quirirom avec Frank Frosch, chef du bureau régional de l’UPI. Désarmés et en civil, les deux journalistes sont abattus par des Khmers rouges.
CJ3

ICI

dimanche 7 mai 2017

I. Brodsky - Dnieprostroi (1932)
Le vide-grenier du dimanche. Deux oeuvres du russe Isaak Brodsky (1883-1939), éminent représentant du réalisme socialiste soviétique. Je laisse volontiers à Lénine l’idée que l’art ne serait qu’une petite vis dans la grande mécanique de la révolution., et ne suis donc pas particulièrement friand des peintures héroïco-martiales de l'art de propagande...
Mais ici, point d allégorie à la mâchoire carrée, ni de contre-plongées sur des prolétaires sculpturaux brandissant des clés à molette. Au contraire, c’est une vue en plongée que propose Brodsky sur le chantier du Dnieprostroï, alors le plus grand barrage du monde.
Et l’on n’y voit pas un bataillon de bâtisseurs héroïques au pied de murailles colossales, mais une poignée d’ouvriers raisonnablement affairés : l’un est assis, un autre, jambes nonchalamment écartées, les mains sur les hanches.
Le parti-pris du peintre me plaît assez, et sa réalisation, sur le plan strictement esthétique, davantage encore : l'emploi des couleurs, l'équilibre des nuances, avec cette géométrie d'ombre et de lumière, et ces belles diagonales, le câble d'une grue dont on ne voit que l'ombre... J'aime beaucoup ce tableau.

I.B - Parole IV, Lénine à Putilov (1929)
Le second, tout aussi conventionnel dans son sujet et moins original dans sa composition, me plaît aussi beaucoup.
Il fait revivre un événement qui s’est déroulé il y a un siècle, que la Fête du Travail vient de rappeler.
Son titre complet est Parole IV. Lénine lors d’un rassemblement des travailleurs de l’usine Poutilov en mai 1917. Lénine, donc, de retour d’exil, exhorte le peuple à renverser le gouvernement provisoire mis en place après l’abdication du tsar Nicolas II. Ce qui frappe ici, c’est la virtuosité du peintre dans le rendu des vêtements fatigués, des avant-bras maculés, de ces dizaines de postures et d’attitudes d’une grande vivacité – jusqu’à la manière particulière dont chacun des trois fumeurs tient sa cigarette… Il n'y a qu'une femme dans cette foule, et – de profil – un sosie de Lénine.
Où est Charlie ?
GV1

ICI

Peter Turnley - New York (2013) Une image et des mots. Un cliché du photographe américain Peter Turnley, et quelques vers d'Emma Lazaru...