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| Fred Herzog - Cafe, Main (1960) |
Le vide-grenier du dimanche. Deux clichés du photographe canadien Fred Herzog (1930-2019), déjà présenté en avril 2011 et qui vient de nous quitter. Son travail en couleur, longtemps tenu en marge, apparaît aujourd’hui comme l’un des plus justes témoignages de la vie urbaine nord-américaine d’après-guerre. Installé à Vancouver dès les années 1950, Herzog arpente inlassablement les rues, attentif aux détails ordinaires : vitrines défraîchies, enseignes publicitaires, façades fatiguées, passants absorbés dans leurs trajectoires quotidiennes. Rien de spectaculaire, mais une acuité constante à ce qui fait texture et rythme de la ville.
La couleur, chez lui, n’est pas décorative ; en tous cas c'est l'impression que j'en ai. Elle est plutôt matière, information, climat. Utilisant très tôt les diapositives Kodachrome – à une époque où la photographie d’auteur demeure largement dominée par le noir et blanc – Herzog enregistre les mutations lentes de l’espace urbain, sans nostalgie appuyée ni critique frontale. Ses images disent la banalité, la précarité parfois, mais aussi une forme de dignité tranquille des lieux et des gens. Si son œuvre est restée longtemps confidentielle, c’est en partie parce que la technologie ne permettait pas encore de tirer pleinement parti de ses archives couleur. Ce n’est que tardivement que ces images ont trouvé leur pleine visibilité. Aujourd’hui, elles apparaissent comme une mémoire précise et sensible de la ville moderne, et comme une leçon de regard : voir sans insister, cadrer sans souligner, laisser le monde venir à l’image.
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