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In girum imus nocte et consumimur igni
eiπ + 1 = 0
samedi 26 août 2023
dimanche 20 août 2023
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| Rudolf Koppitz - Carinthiac (1930) |
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe autrichien Rudolf Koppitz (1884-1936).
Il se forme à la photographie à partir de 1897 en travaillant comme retoucheur dans différents studios et ateliers, avant de s’installer à Vienne en 1911.
Il suit alors les cours de l’Académie des Beaux-Arts et est également influencé par la Sécession viennoise, un mouvement qui mêle esthétisme, modernité et recherche d’une synthèse entre les arts. Mêlant une grande rigueur technique à une recherche esthétique proche de la peinture, Koppitz s’inscrit dans la tradition pictorialiste. Ses sujets de prédilection sont les portraits, les scènes paysannes romantiques, les paysages enneigés et les vedute.
Mais c'est surtout à ses études du corps en mouvement, souvent inspirées par la danse, que Koppitz doit sa renommée.
Sa photographie la plus célèbre, Bewegungstudie (Étude de mouvement, 1925), montre une danseuse nue entourée de figures drapées de noir : une composition à la fois sculpturale et presque mystique, emblématique de son art du clair-obscur et de l’influence du Jugendstil (Art nouveau) sur son travail.
Si les positions politiques de Koppitz – mort deux ans avant l'Anschluss – restent discutées, son esthétique, profondément liée à l’idée de la Heimat – l’attachement à la terre, aux traditions et à un enracinement culturel –, sera par la suite récupérée par le national-socialisme.
Il convient toutefois de distinguer l’œuvre elle-même des usages idéologiques qui ont pu ensuite en être faits.
dimanche 13 août 2023
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Wilhelm Hammershøi - Repos (1905) |
La veillée du dimanche. J’ai récemment, dans la publication consacrée à George Tooker, employé l’adjectif « silencieuse » à propos de sa peinture.
C'est un mot que j’ai longtemps hésité à utiliser, parce qu'il me semblait appartenir à ce jargon parfois convenu de la critique d’art.
Comme d’autres expressions devenues familières –
Comme d’autres expressions devenues familières –
« couleurs vibrantes », « atmosphère onirique »,
« moment suspendu » –, « silencieux » peut en effet donner l’impression d’ajouter une profondeur immédiate à une œuvre sans toujours expliquer ce qu’il désigne ou ce qu'il recouvre. Il suffit parfois qu’un tableau soit dépouillé, mélancolique ou mystérieux pour que le terme apparaisse.
C’est un peu comme le vocabulaire des sommeliers : lorsqu’on nous parle de notes de sous-bois, de fruits confits ou de minéralité, on pourrait sourire si l'on n'est pas familier de cet univers ; pourtant, derrière ces mots parfois surprenants, il y a une volonté réelle de décrire une sensation difficile à traduire.
C’est un peu comme le vocabulaire des sommeliers : lorsqu’on nous parle de notes de sous-bois, de fruits confits ou de minéralité, on pourrait sourire si l'on n'est pas familier de cet univers ; pourtant, derrière ces mots parfois surprenants, il y a une volonté réelle de décrire une sensation difficile à traduire.
Alors le silence en peinture ne désigne évidemment pas l’absence de bruit ; il désigne plutôt ce qui échappe au récit, ce qui ne se livre pas immédiatement au regard. Une œuvre silencieuse n’est pas une œuvre muette : c’est une œuvre qui laisse un espace entre ce qu’elle montre et ce que nous pouvons y projeter. Dès le début du XXᵉ siècle, certains artistes et théoriciens ont insisté sur cette dimension intérieure de l’art. Dans Du spirituel dans l’art (1911), Kandinsky défendait l’idée que la peinture ne repose pas seulement sur ce qu’elle représente, mais aussi sur une nécessité invisible, une résonance intérieure qui ne passe pas nécessairement par le récit.
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| G.M. - Nature morte (1936) |
Chez Edward Hopper, le silence est celui de la solitude humaine ; chez Giorgio de Chirico, celui d’espaces énigmatiques où le temps semble s'être arrêté ; chez George Tooker, celui d’un monde contemporain où les individus paraissent parfois isolés au milieu des structures qu’ils ont eux-mêmes créées.
Je ne suis évidemment pas critique d’art ; simplement un amateur qui aime regarder des œuvres et essayer d’en parler avec ses propres mots. Lorsque je lis certains textes de spécialistes, je rencontre parfois un vocabulaire dont je ne maîtrise pas toujours les codes et qui me laisse perplexe. Mais cette distance est aussi ce qui m’oblige à interroger les mots que j’emploie moi-même.
Je crois finalement que ce qui me gênait dans l’adjectif « silencieux » n’était pas le mot lui-même, mais l’usage parfois paresseux qui pouvait en être fait. Comme d'autres termes de critique, il me semblait une formule creuse de jargon muséal juste destinée à donner une impression de profondeur. Mais lorsque cet adjectif désigne cette capacité qu’a une œuvre de se tenir à distance du bruit du monde pour faire apparaître une présence plus profonde, alors il retrouve toute sa justesse.
Le silence en peinture n’est donc pas une absence. Il est peut-être au contraire l’une des manières les plus subtiles qu’a l’art de nous faire percevoir ce qui, sans lui, resterait invisible.
Le silence en peinture n’est donc pas une absence. Il est peut-être au contraire l’une des manières les plus subtiles qu’a l’art de nous faire percevoir ce qui, sans lui, resterait invisible.
dimanche 6 août 2023
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| O.L. - Eastbound freight train, Tennessee |
La veillée du dimanche. Deux clichés du photographe américain Ogle Winston Link, déjà présenté ici en sept.2008, dont le travail remarquable témoigne des derniers jours des trains à vapeur dans l’Amérique des années 1950.
« I wanted to record history as it was happening.»
Les trains, sur leur « chemin compact de pierraille et de cendre », comme l'écrit Émile Verhaeren, puissantes métaphores, lieux de solitude et de romance, convoyeurs romanesques de vies qui regardent en rêvant défiler les paysages insaisissables d'un temps qui nous échappe...
Peut-être Winston Link les voyait-il avant tout comme de magnifiques machines, mais la composition de ses clichés, leur lumière et leur qualité technique exceptionnelle insufflent à chacune de ses images une profonde poésie.
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